RechercJte de la vérité, liv. II
OBJECTIONS CONTRE L/ ANIMISME
Tours, médecin de Bicêtre, est la source des neuf dixièmes peut-être des maladies mentales1. » Est-ce qu< tous ces faits ne supposent pas quelque chose de plus qu'une hérédité purement physiologique?
C'est surtout dans le grand et savant ouvnige du docteur Prosper Lucas sur l'hérédité naturelle, qu'on peul trouver la réfutation delà thèse trop exclusive de M. Lordat2. La question de l'hérédité morale y est envisagée sous toutes ses faces et démontrée d'une manière irrésistible, en même temps que contenue dans ses véritables limites. Aux preuves d'expérience, M. Prosper Lucas ajoute les preuves d'autorité tirées des institutions religieuses et politiques, des lois, des coutumes, des maximes proverbiales qui attestent la foi de l'humanité à cette hérédité morale, pour le bien comme pour le mal. 11 faudrait, d'ailleurs, supposer une indépendance absolue du physique et du moral pour ne pas conclure, du seul fait de l'hérédité physiologique, à l'hérédité morale, au moins en une certaine mesure,
1. La psychologie morbide, IIe partie, section n, 1 vol. in-8°. Paris,
2. Traité philosophique et physiologique de V hérédité noiurelle dans les états de sauté et de maladie du système nerveux, 2 vol. itl-8°. Paris, 1847. M. Prosper Lucas suit l'hérédité et la démontre, par les faits les plus curieux, dans quatre ordres de facultés où la physiologie , dit-il, fait intervenir la puissance nerveuse et où la philosophie fait intervenir l'âme , les perceptions des sens , les sentiments et les inclinations , l'intelligence, la force motrice. Tout en constatant, à tous ces points de vue, des ressemblances héréditaires, il ne nie nullement les différences sur lesquelles s'appuient les adversaires de l'hérédité ; mais il les explique par une autre loi, celle de l'innéité qu'il oppose à la loi de l'hérédité. 11 montre, d'ailleurs, que la liberté, le pouvoir de réagir, se concilie avec l'hérédité des qualités et des impulsions. 11 n'y a pas hérédité des actes, mais seulement des impulsions, lesquelles ne sont pas irrésistibles. A la différence de la bête, il y a chez l'homme un arrêt moral entre l'impulsion innée et l'action.
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tojit en laissant place pour l'élément individuel, pour la liberté et la personnalité. Donc nous ne voyons pas ici . non plus cette opposition absolue, sur laquelle ou prétend foncier la dualité des principes de l'être au sein d'un seul et même être.
À toutes ces oppositions M. Jaunies en ajoute une autre qui ne nous paraît pas mieux fondée. Selon lui, les phénomènes de lame se fortifient peu à peu et vont en se perfectionnant; les phénomènes vitaux, au. contraire, qui se montrent les premiers, sont tout d'abord complets, sans avoir besoin d'aucune éducation préalable. Il est incontestable que les phénomènes physiologiques sont les premiers dans l'ordre chronologique ; il est également certain qu'ils n'ont besoin d'aucune éducation ; mais est-il exact de dire qu'ils paraissent tout d'abord au complet ? Trouve-t-on dans l'embryon et le fœtus toutes les fonctions vitales 'qui sont dans l'homme fait ou même dans l'enfant? Il va la nutrition dans le fœtus, mais non la digestion; la génération ne vient qu'avec la puberté. Donc il y a aussi une certaine perfectibilité des phénomènes de la vie, même de la vie végétative \
La persistance de l'irritabilité et de certaines propriétés vitales après la mort, ou dans des parties séparées du corps et soustraites par conséquent, à
1. Consulter sur cette question le récent ouvrage de M. Ribot : L '-Hérédité) étude psychologique sur ses phénomènes ses lots , sek causes , ses conséquences , m-8°, Lad range, 1873. Dans cet ouvrage j plein d'idées et de faits, l'hérédité est ramenée à son principe et examinée à tous les points de vue et dans toutes ses conséquences. Je reprocherai seulement à l'auteur de ne. pas laisser une assez grande part à la spontanéité à la personnalité et à la liberté.
OBJECTION^ CONTÉE L AMMISMK.
l'empire de l'âpie, est une autre objection çlçjà ancienne contre l'animisme. Nous avons vu que Perrault la réfute assez mal. Aux partisans de StahJ qui smiicnaient contre lui que l'irritabilité est l'action môme dç l'âme, Haller répondait : « nous ne pouvons nous empêcher de sentir notre âme et d'être convaincus qu'elle reste en entier après la séparation d'un doigt, sans qu'aucune colonie en soit partie pour animer ce doigt, et pour y exciter des mouvements, à l'occasion des irritations. L'âme de ce doigt, qui n'est plus la mienne, et dont je ne sens plus les sensations, sera sûrement, dans l'opinion de M. Wliitt (un stahlieu), une portion d'âme entièrement séparée de celle qui m'anime \ » Il dit encore : « puisque l'irritabilité sub-^ ' siste après la mort, et qu'elle a lieu dans les parties séparées du corps et soustraites à l'empire de l'âme, il paraît qu'elle n'a rien de commun avec cette âme. » Or, pour Haller, l'irritabilité est à la fois le principe de la vie et la vie elle-même. Cuvier a aussi opposé cet argument à la doctrine de Stahl 2.
M. Jaunies reprend à son tour la même objection : (( le corps, dit-il, quand l'âme l'a abandonné, conserve quelque temps encore des traces de vie. Coulis Cité par-M* Flourens, De la vie et de F intelligence, IIe partie, p. 78.
2. « La contraction peut se faire indépendamment de toute sensation dans l'animal, et de toute volonté que cette sensation aurait produite. Or, cette proposition que Haller , le premier, sut mettre dans tout sou jour, et l'application naturelle qui s'en faisait aux mouvements involontaires, tels que ceux du cœur et des viscères, renversaient de fond en comble un système physiologique qui avait été longtemps eu honneur, celui de Stahl. » (Rapport à l'Académie des sciences, le 22 juillet 1822, sur un Mémoire de M. Flourens.;
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ment expliquer que la vie demeure quand l'âme n'est plus? Dira-t-on que c'est une dernière impulsion de lame qui se prolonge sous forme de rayonnement? Mais une force est présente partout où elle agit ; dès l'instant où l'âme a quitté le corps, elle a perdu tout pouvoir sur lui; l'action qui subsiste ne peut venir d'elle. L'âme, indivisible en soi et dans ses Bifets, ne peut laisser nulle part une portion d'elle-même. D'où viennent donc ces phénomènes, sinon de la force vitale, ce cette associée qui meurt après le départ de lame, et qui, fortement, intimement engagée dans la matière du corps, une h un moindre degré, doit disparaître la dernière et d'une manière progressive 1 . ))
Où M. Jaunies croit voir un argument en sa faveur, nous, au contraire, neus verrions plutôt une nouvelle objection contre la docrine de Montpellier* Les seuls phénomènes physiologiques qui aient été constatés chez les décapités se réduisent h des faits de contractilité des tissus musculaires ou d'excitabilité des nerfs. Ce ne sont que des propriétés vitales isolées qui persistent quelques instants encore, mais il n'y a point d'ensemble, point d'harmonie entre ces propriétés, point de centre commun auquel elles se rapportent. Admet-on des propriétés vitales éparses dans toutes les parties de l'organisme, ce qui, comme nous l'axons vu, se concilie parfaitement avec l'animisme, cette courte persistance nous semble pouvoir s'expliquer sans beaucoup de difficulté. IJ n'en est plus de même
i. De Vùme et du principe vital, p. 43.
OBJECTIONS CONTRE L'ANIMISME. 451 avec le principe vital, unique et séparé des duodynamistes. Ce principe vital est un, comme l'âme, quoiqu'à un moindre degré, ajoute M. Jaunies, sans doute par quelque pressentiment de l'objection qui se présente naturellement à l'esprit. Il aurait bien dfl d'abord nous expliquer ce que signifie ce moindre degré d'unité. Nous avouons, en effet, qu'il nous est difficile de comprendre comment une force peut être plus ou moins une; elle est une ou elle ne l'est pas, il n'y a pas de milieu. Si donc le principe vital subsiste, après que l'âme n'est plus, il doit continuer, étant un, à se manifester avec tous ses effets plus ou moins affaiblis, et non pas seulement avec quelques-uns entièrement isolés et scindés d'une manière absolue d'avec tous les autres. Ce que dit M. Jaunies de l'âme qui est une, nous l'appliquons au principe vital qui est un ; il n'existe ni par moitié, ni par quart, il est tout entier avec ses effets, ou il n'est pas. Or, il n'est pas, après que l'âme a disparu, puisqu'on même temps disparaît tout pouvoir directeur et central des opérations vitales. Ainsi la vie véritable ne se sépare pas de l'âme, ainsi la vie n'est pas dans le cadavre ou clans le membre coupé qui se contractent; elle n'est pas, en un mot, où 1 âme n'est pas.
Je termine en répondant à une dernière objection assez inattendue. Comment expliquer la mort, au moins la mort naturelle, si l'animisme est le vrai, >i l'âme elle-même est la vie, si elle préside à tout, si elle veille à tout dans le corps? «La mort, s'écrie M. Lemoine, je ne dis pas la mort par accident, ni même la mort par maladie, mais la mort nécessaire,
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par impuissance de vivre plus loftgteçç^tô, plus qu'un siècle et quelques années, quel argument contre l'animisme1 ! » Sans doute, Stahl, qui fait agir l'àme avec raison, avec une haute prévoyance dans le gouvernement du corps, a pu être embarrassé d'expliquer sinon la mort, au moins la fréquence des maladies. Mais si l'œuvre de la vie est une œuvre instinctive, comme nous le pensons, et non une œuvre de raison et de prévoyance, il est tout simple que l'àme ne prévienne pas toutes les complications qui peuvent troubler son cours régulier, qu'elle ne soit pas en garde contre tous les périls du dedans et du dehors dont elle est menacée, par notre propre faute, ou par l'action générale des lois de la nature. Elle a la puissance vivifiante, mais elle ne l'a pas sans conditions et sans limites. Elle n'est sans doute capable que de l'assimilation d'une certaine quantité de molécules ; la répétition môme de cet acte d'assimilation peut l'épuiser et l'affaiblir. Donc l'animisme n'a nullement pour conséquence la santé inaltérable du corps ni l'immortalité sur cette terre, quand même nous saurions éviter la mort par accident; il ne se concilie (pic trop bien avec les maladies et même avec la mort.
Si, comme nous l'espérons, nous avons réussi à démontrer la vérité de l'animisme et à le défendre contre les principales objections de ses adversaires, il faut désormais faire enfin place à la vie dans nos traites de psychologie et même de morale. 11 importe de ne pas laisser subsister plus longtemps dans nos analv sus
\, l.r vitalisme et I animisme de Stahl, p. \B£k
OBJECTIONS G50NTRK L'ANIMISME.
psychologiques cette grave et compromettante lacune do la puissance vitale. C'est par elle que l'Aine d'abord se manifeste; c'est sur elle que sont pour ainsi direentéfes toutes les autres facultés d'un ordre supérieur qu elle doit déployer plus tard dans le cours de son évolution. Déjà la puissance vitale est à l'œuvre avec une industrie instinctive, non moins sûre que riïerveillteUSè, quand elles soïnhifeillent encore. L'âme, nous ràvofife vu, n'est pas sans s'apercevoir de ce grand el continuel traxail de la vie, soit qu'elle ait conscience de cette énergie motrice qui est son essence même et de l'action qu'elle exerce sur les organes, soit qu'elle ait la perception plus ou moins confuse des effets qu'elle y produit.
Non-seulement il faut replacer la vie dans l'âme et dans la conscience, mais il faut reconnaître, en outre de l'énergie vitale, un sens vital qui continuellement nous informe de l'état et du jeu des organes. Dans la théorie de la perception ce sens doit avoir place avant tous les sens extérieurs, non-seulement à cause de son importance, mais pâçce qu'il les précède tous, et que nul ne peut s'exercer sans le traverser en quelque sorte et passer par son intermédiaire.
La théorie de la sensibilité n'est pas moins incomplète s'il n'y est pas tenu compte de la vie. En effet, de toutes les sources d'où découlent en nous le plaisir et la douleur, c'est la puissance vitale qui est la première, la plus abondante, la plus continue dans l'homme et dans tous les êtres animés sans exception1. Il y a le
l. Voir notre ouvrage sur le Plaisir et lu douleur, chap. xxiv. in-iS. Germer Bailli ère.
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sentiment de la santé et du bien-être, il \ a plaisir quand elle s'exerce régulièrement; au moindre trouble, il y a malaise, il y a douleur.
Quelques changements aussi sont à introduire dans la morale, au moins dans la morale individuelle. L'âme n'a pas, comme on le dit ordinairement, avec une grande inexactitude de langage, des devoirs envers le corps. Comment serait-elle obligée envers le corps, qui n'est qu'une chose matérielle, qu'un assemblagede mo'écules? Cen'est qu'envers elle-même, ou envers les autres âmes semblables à elle, qu'elle a véritablement des devoirs. En vertu de sa liberté, elle a des devoirs envers toutes les diverses puissances dont elle est douée ; elle en a donc aussi envers la puissance vitale, comme envers la sensibilité ou l'intelligence. Son devoir est de maintenir, de développer en elle cette puissance vitale qui préside au corps et le conserve en bon état et surtout de ne rien faire qui lui porte préjudice, qui la détruise ou même qui l'affaiblisse. Ainsi les devoirs envers le corps deviennent, avec l'animisme, des devoirs envers l'âme,, c'est-à-dire de véritables devoirs; ainsi, le respect pour le corps ne diffère pas du respect pour l'âme elle-même. 11 semble donc que l'animisme ait pour effet de donner à ces devoirs un fondement plus solide.
Tels sont , rapidement indiqués , les principaux changements qui doivent suivre, dans un cours de psychologie et de morale, de la restitution de la puissance vitale à l'âme pensante.
X/aii i nii^ino ot la spirit ua ï il ô.
L'animisme confond-il l'âme et le corps, la psychologie et la physiologie? — Sur quoi se fonde la distinction de la psychologie et de la physiologie. — Scrupules des adversaires de l'animisme au sujet de la dignité de l'âme humaine. — La possession de la puissance vitale dégrade-t-elle l'âme raisonnable ? — De l'âme des brutes d'après le duodyuamisme. — Le spiritualisme mis en péril par le retranchement de la puissance vitale. — • Avantages des matérialistes contre une âme purement pensante. — Métaphores inexactes sur le rôle de F âme dans le corps. — L'animisme est-il contraire à l'immortalité? — En quel sens l'âme est forme du corps. — L'âme ne peut-elle, sans cesser d'exister, cesser d'accomplir les opérations vitales ? — Embarras des duodynamistes au sujet des destinées du principe vital. — Accusation de panthéisme. — Y at— il quelque relation entre l'identité de l'âme et de la vie et l'identité de toutes choses? — Conclusion.
Après avoir remis l'âme en légitime possession de la puissance vitale, après avoir répondu aux principales objections contre l'unité du principe constitutif de l'homme, il nous reste à montrer que l'animisme ne compromet en aucune façon ni la spiritualité, ni la dignité de l'âme humaine, ni les preuves ordinaires de son immortalité.
Est-il vrai, comme nous le reprochent quelques-uns $6 tios adversaires, qu'en identifiant lame et la vie
4<;:> l'HAPITHK XXV.
nous confondions la psychologie avec la physiologie, et nous mettions en péril la distinction de l'âme et du corps? Est-il vrai que nous profanions la dignité de l'âme raisonnable, que nous lui enlevions l'immortalité, et enfin que l'animisme nous mène fatalement au panthéisme? Voyons si ces accusations ont quelque Fondement et tâchons de rassurer, même les plus scrupuleux et les plus défiants, sur les conséquences comme sur le principe de notre doctrine,
C'est par crainte du matérialisme, que quelques psychologues se refusent à donner aux fonctions vitales le même principe qu'aux facultés intellectuelles. A les croire, on ne peut étendre l'empire de l'âme sur le corps tout entier, sans donner la main aux partisans du matérialisme. Tel est, par exemple, le sentiment de M. Barthélémy Saint-Hilaire qui accuse Aristote d'avoir confondu l'âme avec le corps, en attribuant à l'âme la faculté de la nutrition \ Cette accusation s'étend k tous les philosophes animistes qui attribuent à l ame les mêmes fonctions vitales qu Aristote n méprend sous le nom de nutrition. Nous concevrions qu'elle vînt d'un cartésien, qui ne voit dans la vie qu'un mécanisme matériel, ou d'un organicien qui fait la vie inhérente à la matière, mais non de la part de M. Barthélémy Saint-Hilaire, qui, d'accord avec l'Ecole de Montpellier, soutient l'immatérialité du principe de la vie. Il peut donc bien , à son point de vue, nous reprocher d'avoir confondu un principe im-
1. Voir la préface de la traduction du Traité de Càme. M. Waddington fait le même reproche à Aristote dans sa Psychologie ctAristotèi
L'ANIMISME K'V Là SlMIilTI ALTI K. m
Matériel, l'ftriie raisonnable, avec un autrfc principe iiii'matérièl , la vie, mais non pas l'âme avec le corps. Plùsd'iiné fois, d'ailleurs, il nous a semblé qu'Àristôté avait besoin d'être défendu contre les interprétations trop peu favorables de son savant commenta leur.
Il est impossible, disent d'autres adversaires de l'animisme, de donner à l'âme des facultés inférieures, de la faire cause d'effets matériels, sans lui donner des attributs et une nature semblable h ces effets1. S'il est vrai que i'âni'e ne peut, sans se matérialiser, produire des effets matériels, il faudrait, pour conserver sa spiritualité, lui ôter, d'une manière absolue, toute action sur le corps, non-seulement l'action vitale, mais les opérations des sens et Faction du mouvement volontaire. Le mouvement de mon bras n'est-il pas un effet matériel tout aussi bien que la circulation du sang ou la nutrition? Pourquoi l'âme, en agissant sur les organes de la nutrition, se confondrait-elle avec le corps, si elle ne se confond pas avec lui, en agissant sur les organes du mouvement volontaire, en voyant ou touchant un corps?
Suivant Maine de Biran et Jouffroy, nous confondrions, sinon l'âme avec le corps, au moins la physiologie et la psychologie2. Pas plus qu'on ne transporte l'étude des organes du mouvement dans la psychologie, en reconnaissant à la volonté la puissance de niou-
i; M. Jaunies , întrqductim à la philosophie fhèâ/kaCe, (Revue du Montpellier médical. Juillet 1860.)
2. Selon M. Lemoine aussi, l'animisme serait la confusion et l'identification des phénomènes vitaux ef des actes intellectuels. (Mémoire:» sur Stahl, Paris, 1858.;
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voir le corps, pas plus, à ce qu'il nous semblé, on y transporte l'étude des fonctions vitales, en pinçant leur principe dans l'âme elle-même. Il est vrai que nous avons attribué à l'âme une certaine perception des principales parties de l'organisme, avec la conscience de l'énergie vitale, mais nous n'avons pas dit qu'il fallût s'en rapporter à la conscience et au sens vital pour faire un cours d'anatomie et de physiologie ; nous n'avons pas non plus donné le conseil au ph\ biologiste de rejeter la loupe et le microscope, pour se replier sur lui-même et descendre dans les profondeurs de la conscience. La psychologie fournit, il est vrai, à la physiologie l'idée de la vie, mais l'étude des organes et de leurs fonctions demeure du domaine de l'observation externe. La dualité des procédés par lesquels nous atteignons ces deux ordres de phénomènes, et non pas la dualité des deux principes de la Aie et de la pensée, voilà, d'après l'aveu même de M. Jouffroy, le vrai et inébranlable fondement de la légitimité de la distinction de la physiologie et de la psychologie. Donc l'animisme ne renverse pas plus les barrières entre ces deux sciences qu'il ne confond l'âme avec le corps.
Cependant, parmi nos adversaires, il est assez de mode de condamner l'animisme, au nom de la dignité méconnue et compromise de l'âme humaine. Quoi ! s'écrient de concert un certain nombre de philosophes spiritualistes, de médecins duodynamistes ou même organiciens, la digestion, la sécrétion de la bile, les fonctions les plus viles appartiendraient au même principe que les plus hautes opérations de la pensée!
U ANIMISME ET LA KPJHITITALtTÉ. '.<;:;
M. Ba?thélorny Snint -Hilaire ne pardonne pas à Aristote d'avoir attribué à une même cuise la diges-? pon et la pensée. Le principe immatériel <if libre, a dit M. Trousseau à l'Académie de médecine, ne se chargeras du pot-au-feu de L'économie animale. Je ne eomprends pas, dit M. Amédée Latour, qu'où puisse mettre un cataplasme sur l'âme ; mou spiritualisme se révolte à l'idée que mon âme puisse être influencée par des kémorrhoïdes au rectum, ou bien par une rétention d'urine L. M, Pidoux s'indigne, comme M. Amédée Latour, à l'idée d'une âme chargée des fonctions de la vie : « Une urne qui sécrète l'urine vous paraît-elle moins dégoûtante qu'un cerveau qui sécrète la pensée 2 ? »
Ainsi les adversaires de 1 animisme croient tous devoir prendre des airs de pudeur offensée^ et se voiler la face comme devant un scandale et une profanation.
11 nous semble qu'ils raisonnent comme ces philosophes anciens qui, sous le môme prétexte d'indignité, enlevaient à Dieu le gouvernement des choses de ce bas monde. C'est aussi en effet en vertu de la maxime, qu'il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas voir que voir, sur laquelle se fondait Aristote pour mettre la Providence en dehors du monde sublunaire, qu'ils dépouillent l'âme dis fonctions vitales. Or, de même que Dieu ne déroge pas en s'occupant, suivant les lois générales, des choses de ce monde, de même, à notre'