‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 165 sur 189 · Bévue médicale, 31 août · texte numérisé non relu

Bévue médicale, 31 août

2. Delà nécessité du spiritualisme pour régénérer les sciences médicales, p. 70. Paris, 18j7.

avis, l'àme ûq déroge nullertieiit en présidant aux opérations des organes *.

Quand on considère combien sont admirables les fonctions du corps, comment toutes elles concourent également h ce grand but de la conservation et des développements de l'âme et de la vie de rhottiïhé, on se persuade aisément qu'il n'y a rien do vil, coiiïmè râ dit un ancien, dans la maison de Jupiter. Il suffit d'ailleurs, pour diminuer les répugnances et les dégoûts de M. Amédée Latour ou de M. Pidoux, de dissiper une équivoque, dans laquelle nos adversaires semblent se plaire, parla distinction des fonctions organiques elles-mêmes et de la cause qui les produit. C'est cette cause seule, est-il besoin de |<> dire encore une fois, que nous mettons dans l'âme et mm la nutrition, la sécrétion de la bile, la circulation du sang, etc., qui en sont les effets et ne se passent que dans les organes, en dehors de Fâme elle-même. Donc le médecin ani- Biiste, pas plus que le dûodyïiaïuiste ou l'organiden, n'applique sur l'âme des compresses ou des cataplasmes.

Qu'on veuille bien encore remarquer qu'en donnant à l'âme la puissance vivifiantë'qui, en elle-même, malgré les dédains affectés de nos adversai res, tiolis semble incontestablement une vertu et une perfection, quoique d'un ordre inférieur, nous ne luiôtons aucune de ses vertus ou de ses puissances supérieures. Tout en présidant au corps, tout en lui donnant la vie, lame

\. Ce u'esl pas déprécier -l'âme , dit le docteur Fournie , que de la montrer présidant aux actes les plus infimes de la vie. {Physiologie >in système cérébro-spinal, p« 41 S.)

L'ANIMISME ET L'A SPIRITUALITE. >GÎ

ne cesse pas d'être capable de contempler le bien cl d'admirer le beau. Quoi de plus naturel cjue cette-alliance, dans un même être, de fonctions d'uin ordre supérieur à des fonctions d'un ordre inférieur? Même en rejetant la puissance vitale en dehors de l'âme humaine, quelle illégalité, quelle différence de dignité ne demeure pas entre nos divers actes, nos diverses pensées, nos divers penchants! Les spiritualistes les plus enclins au mysticisme, en même temps qu'ils ad mettent une union intime de l'âme avec Dieu, ne peuvent pas entièrement l'affranchir d'une union beaucoup moins relevée avec le corps. Si l'âme n'est pas réellement dégradée par ces liens avec le corps, dont il est impossible à aucune doctrine de la délivrer, pourquoi le serait-elle davantage par l'alliance, non moins nécessaire, de l'énergie vitale avec la liberté et la raison ?

On nous reproche encore de compromettre la dignité de l'âme humaine en lui donnant une essence et des opérations communes avec les animaux, en multipliant sans limites les âmes immatérielles dans la nature tout entière. Notre dignité ne consiste-t-elle donc pas à posséder des perfections qui nou» élèvent infiniment au-dessus de tous les autres êtres de la nature, plutôt qu'à n'avoir rien de commun avec eux? Si l'on ne peut, sans contradiction, chercher à concevoir quelque nature mitoyenne entre l'esprit et la matière, entre le simple et le composé, il faut bien que toutes les âmes, sans exception, depuis la première jusqu'à la dernière, aient la même essence, qu elles soient, pour ainsi dire, de la même étoffe; il Tant bien aussi qu'étant toutes également unies à des

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corps, elles aient toutes un certain nombre d'opérations communes.

Qu'importe pour notre dignité que tout le reste soit commun entre l'homme et l'animal, si nous gardons le privilège de la raison et de la liberté ? C'est là en quoi notre dignité consiste, c'est de la, pour parler comme Pascal, qu'il nous faut relever. A quelque moment de son développement que vous preniez l'âme humaine, non pas seulement à son plus haut degré, dans l'homme fait, mais dans l'enfant, mais I dans l'embryon lui-même, elle garde sa supériorité et son excellence, par rapport à toutes les autres âmes de la nature, parce que si elle ne possède pas encore en acte, elle possède déjà en puissance, ces incompa- I rables perfections. Ainsi l'âme humaine, quoiqu'elle ne soit pas la seule âme existante dans la nature, quoiqu'elle ait des opérations communes avec l'âme des brutes, quoiqu'elle allie, aux fonctions supérieures delà pensée, les fonctions inférieures de la vie, ne déroge nullement à sa noblesse et garde sa prééminence.

Voyons, d'ailleurs, si, avec leurs deux âmes, nos adversaires sauvegardent mieux que nous la dignité de l'âme humaine, mise en parallèle avec l'âme des brutes. Ils admettent deux formes dans l'homme, en admettent-ils également deux, ou bien une seule dans les animaux? Sils n'accordent à l'animal rien de plus que le principe vital purement instinctif et aveugle, en réservant à l'homme exclusivement une âme qui pense, comment nous rendront-ils compte delà sensibilité et de ce commencement d'intelligence qui si manifestent dans certains animaux?

L'ANIMISME ÈT LA SPIRITUALITÉ. fcG9

N'y a-t-il pas, en effet, quelque chose de plus dans les animaux supérieurs que les fonctions purement vitales et organiques? M. Lordat est obligé lui-même d'en convenir, quoique ce soit un grand embarras pour sa doctrine : « quelques faits, dit-il, nous induisent à reconnaître chez certains animaux un sens intime capable de plusieurs fonctions mentales \ »^ S'il en est ainsi, il faudra, ou donner à l'animal un principe vital autre que celui de l'homme, et comprenant un plus grand nombre d'attributs, ou il faudra, à côté du principe vital, placer en lui un principe spécial pour le sentiment et la connaissance, un diminutif, en quelque sorte, dame pensante, c'est-àdire lui donner un double dynamisme, à l'image de celui qu'on attribue à l'homme.

Embrasse-t-on le premier parti, on renverse tous les fondements du système, on change la définition du principe vital, on met dans l'animal cette nature, à la fois consciente et inconsciente, qu'on nous présente dans l'homme comme une impossibilité, comme une contradiction. Que si, pour échapper à cet inconvénient, on donne à l'animal, avec le principe vital, une âme qui sent et qui pense en une certaine mesure, une âme n'ayant pas d'autre fonction que le sentiment et la pensée, à combien plus juste titre, ne s'expose-t-on pas au reproche, qu'on nous adresse, de douer l'animal d'une âme plus ou moins semblable à celle de l'homme ?

Cependant, au nom des intérêts sacrés du spiritua-

1. Ébauche d'un Traité complet de Physiologie humaine, p. 49* Paris, 1841.

lisme, quelques défenseurs du duodyiiamisme nous ont adjuré de cesser cette guerre intestine, et de nous rallier à eux contre tant d'ennemis redoutables qui en ont juré la ruine. Ils voudraient bien nous persuader que cette entité imaginaire, pour laquelle ils se passionnent, est comme le premier retranchement du spiritualisme, une sorte d'ouvrage avancé qu'on ne peut laisser forcer par l'ennemi, sans mettre en péril le corps même de la place. Nous croyons, au contraire, que cet ouvrage avancé, pour continuer la métaphore, pèche contre toutes les règles, qu'il offre une position avantageuse à l'ennemi, plutôt qu'il n'est propre à repousser ses attaques. Une âme séparée de la puissance vivifiante, une âme incapable d'animer le corps, une âme identifiée avec le moi qui vient sur le tard, qui a des défaillances et des éclipses, une âme sans autre essence et attribut que la pensée, en un mot, une âme abstraite, n'oppose au matérialisme qu'une bien faible résistance. Avec cette âme abstraite et mutilée, les spiritualistes donnent aux matérialistes l'avantage de se poser en face d'eux comme les défenseurs de deux grandes vérités, d'abord de l'unité de l'homme, puis de la nécessité d'un substratum pour la pensée, quoiqu'ils aient le tort de placer ce substratum et cette unité dans la masse nerveuse ou dans une partie quelconque de l'organisme *.

Quel est, en effet, le grand argument de Broussais en faveur de la substitution de la matière nerveuse à

i. Leibniz dit quelque part «qu'une séparation absolue de l'àme et du corps peut être fatale au spiritualisme et « conduire au matérialisme les esprits mal touchés. »

L' ANIMISME KT LA SPIRITUALITÉ. Hl

uneàme spirituelle? Le moi, dit-il, fait souvent défaut à l'homme, mais jamais la nature nerveuse. Où es1 I*' moi dans l'enfant, avant un certain âge? que devient-il dans l'homme fait pendant les défaillances de la conscience ? L'enfant, chez lequel il n'est pas encore, l'homme, chez lequel il s'évanouit momentanément, ne sont-ils donc pas encore, ou bien ne sont-ils plus des êtres humains1? L'objection est fort embarrassante pour ceux qui font de la vie et de la pensée deux êtres différents, mais non pas pour ceux qui, comme nous, les identifient au sein d'une seule et même force. Ce quelque chose qui persiste à travers tous les états de l'homme, ce quelque chose qui est, quand la conscience de soi n'est pas encore, qui dure, quand elle n'est plus, ce quelque chose qui nous constitue et nous maintient, malgré tous les changements et au sein de toutes les défaillances, à l'état d'être humain, ce n'est pas la matière nerveuse, mais cette force unique qui anime le corps et qui, si elle ne possède pas toujours en acte, possède toujours en puissance l'intelligence et la volonté.

L'ironie de Broussais n'est elle-même qu'un écho affaibli de celle de Voltaire. C'est l'âme purement pensante, oisive et prisonnière dans le corps, telle que la faisaient les cartésiens, telle que l'imaginent encore ceux qui l'identifient avec le moi, contre laquelle Voltaire exerce si impitoyablement son intarissable verve. Avec quelles vives et efnbarrassantes questions

i; Mémoire sur le Sentiment (te IHndi&iduâlîtè, le Sentiment person* >tel et le moi considérés dons ï homme et dans les (l'/iinuiuoù.

il les presse, il les harcèle, pour ainsi dire! «Quand cette âme survient-elle dans le corps, que devient-elle pendant l'épilepsie, la léthargie? quand a-t-elle été créée? Est-ce au moment de votre conception, ou pendant que vous êtes embryon, ou quand vous naissez, ou quand vous commencez à sentir? Tous ces partis sont également ridicules1. » Oui, sans doute, tous ces partis, comme dit Voltaire, sont également ridicules ; mais, en identifiant lame et la vie, on les évite également les uns et les autres.

Quoi, dit-il encore, je serais la boîte dans laquelle serait un être qui ne tient point de place, moi étendu je serais l'étui d'un être non étendu2! Ceci encore ne s'adresse pas à nous; loin que nous mettions l'âme dans le corps comme dans un étui, c'est plutôt le corps que nous mettons dans l'âme. En réalité, c'est l'âme qui contient le corps et non pas le corps qui contient l'âme. Plotin a bien dit : « s'il était possible d'apercevoir et de sentir l'âme , elle apparaîtrait comme un immense filet qui enveloppe le corps de toutes parts. C'est elle qui arrête les molécules dans leur fuite et les enchaîne dans les liens de la vie... Ce qui s'écoule est contenu dans ce qui ne s'écoule pas3. »

N'est-ce pas l'âme, en effet, qui, par son énergie propre, enlace, comme nous l'avons déjà dit, toutes les molécules dans l'invisible réseau d'une forme invariable, et qui les soustrait à l'action des lois générales de ïa nature morte ?

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