‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 22 sur 189 · De ipso vi nature htsita, de Erdmann, p · texte numérisé non relu

De ipso vi nature htsita, de Erdmann, p

la cause. Le mouvement tout seul sans le moteur, ne se conçoit pas mieux qu'un effet sans cause. Mais le grand rôle que joue la notion de force dans le monde extérieur ne doit pas nous faire perdre de vue sa véritable origine. Quand nous faisons ainsi intervenir la force dans le monde extérieur, nous ne faisons, pour ainsi dire, que projeter au dehors ce que nous avons d'abord trouvé et senti au dedans denous-même, dans l'intimité de notre être pensant, sentant et voulant. Sans ce que la conscience nous révèle, les mots de cause et de force seraient pour nous des mots tout à fait vicies de sens. Ce n'est pas la mécanique ou la physique, mais la psychologie, comme l'a bien dit M. Damiron 1, qui est la science première delà force. La notion de la force étant donc identique avec la conscience même de notre existence, osons dire que, loin d'être obscure, confuse, mystérieuse, elle est précisément de toutes les choses du monde celle dont nous avons la connaissance la plus immédiate, la plus intime, la plus claire. Toutes les autres choses ne sont connues que par le dehors, et à la surface, celle-là seule nous est connue dans son intimité même. Voilà pourquoi Descartes a dit, avec tant de vérité et de profondeur : l'âme est plus claire que le corps.

Aussi le pouvoir de produire le mouvement par soi-même, motus ab intrinseco, comme disaient les scolast iques, d'après Àristote, est, aux yeux de tous, des ignorants comme des savants, le signe infaillible de l'existence d'une àme dans un être quelconque, quelle

1. Rapport à l'Académie des sciences morales et politiques sur le concours pour }a philosophie de Leihniz.

que soit sa forme et quelque distance qui le sépare de l'organisation des êtres supérieurs. Dans les arguments pleins de sens, malgré leur tour naïf et comique, que le Sganarelle de Molière oppose à son maître don Juan en faveur de l'existence d'une âme spirituelle, il n'a garde d'omettre la pensée, mais il insiste sur cette puissance de produire et diriger le mouvement : « Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici et que j'aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment et fait de mon corps ce qu'elle veut? Je veux frapper des mains, hausser les bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à gauche, à droite, en arrière, tourner, etc.? »

Pour ne pas se laisser tromper h ce signe et ne pas placer une âme où il n'y en n'a pas, il s'agit seulement de ne pas confondre le mouvement ab intrinseco avec celui qui est communiqué et qui a sa cause en dehors de l'être lui-même. Je vois rouler une boule sur le sable, je cherche le bras qui l'a lancée ; de la branche agitée je vais au vent qui souffle, du vent luimême à sa cause, et ainsi de suite. Je ne suis pas dupe du mouvement plus savant et plus compliqué d'un automate ou d'une montre. J'en découvre les ressorts, je remonte à la main habile qui les a construits et ajustés, h la force étrangère qui les a tendus. Mais l'enfant, qui ne sait pas encore faire cette distinction, croit fermement qu'il y a une petite bête dans la montre et que l'automate est un être vivant.

Au contraire, si j'aperçois sur le rivage de la mer un être, quelque informe qu'il soit, qui, en sens

opposé du vent ou de la vague, s'avance de luimême sur le sable, ou qui même, sans changer de place et fixé h un rocher, entr'ouvre sa coquille au soleil, palpite et respire, je sais, à n'en pas douter, que j'ai en face de moi un être aftimé, un être qui a une âme, parce que je ne puis pas ne pas lui attribuer un principe original de mouvement1.

Telle est la signification profondément vraie de ces anciennes définitions de l'âme qu'on attribue à Thalès et àPythagore, qu'on trouve dans Platon et dans Aristote. Thalès est le premier, selon Plutarque, qui ait défini l'âme : une nature sans cesse en mouvement et se mouvant d'elle-même, àswuvYjTiç ou auToy,tvY)Téç 2. Les pythagoriciens disaient que l'âme est un nombre qui se meut. Platon définit l'âme : une chose qui se meut elle-même, à6io eauxo xivouv, ou encore, ce qui est la même chose, un mouvement qui se meut luimême, y.ivfjsiç labiYjv */.ivct>|jivY]. En cessant de se mouvoir, dit-il dans le Phèdre, l'âme cesse d'exister, TCauXav s/ov yj.v^cjéwç, xaoXav lyei Çcoyjç. En outre de définitions plus savantes et plus complètes, Àristote définit aussi l'âme : un principe de mouvement, ap^o 'AiYqaéiùc.

De ces anciennes définitions on peut rapprocher celle de Leibniz. Qu'est-ce que l'âme, pour Leibniz? une monade, c'est-à-dire une force, une monade qu'il

\. Cicéron dit la même chose : Inanimum est enim omne quod pulsu agitatur externo, quod autem est animal, id motu cietur intemore et suo. Nam hœc est propria natura, animi atque vis. Tusc. bh. I, 23. 11 dit ailleurs : Sentit igitur animus se moveri ; quod non sentit, illud una sentit se vi sua, non aliéna moveri.

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