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De placitis philosophorum, lib. IV, cap. n

34 CHAPITRE Ih

nomme centrale ou maîtresse, pour Ja distinguer des

autres monades subordonnées1 qui constituent le corps.

Complétons le témoignage de la conscience sur cette force que nous sommes. Avec l'énergie motrice continue, propre et originale, nous saisissons en elle les caractères d'unité et d'identité qui font notre individualité, et qui sont le fondement de notre personnalité.

Nous ne pouvons, en effet, nous connaître sans connaître que nous sommes un ; il n'y a pas trace de duodynamisme dans la conscience qui n'existe qu'à la condition de l'unité. Aussi bien que la succession et la diversité des phénomènes, la conscience nous atteste l'unité et l'identité de leur sujet. Dans la continuité de l'effort nous sentons le même être et la même cause. Il ne s'agit nullement ici de quelque unité art h JicieNe, ni d'une force abstraite, comme celles que la mécanique soumet au calcul, ou bien d'une force vague et indéterminée, effet transcendant, émanation de la vie universelle, mais d'une vraie unité, simple, indivisible, d'une force réélit vivante, au plus haut degré de détermination et d'individualité.

C'est contre ce sentiment de notre unité et de notre individualité que viendront toujours échouer toutes les théories, anciennes ou modernes, qui prétendent expliquer notre être par des collections, des successions

1. Un physiologiste contemporain, qui se distingue par un certain nombre de vues originales, M. Durand de Gros, définit l'âme : « Un centre dynamique dans un assemblage de centres dynamiques organisés, dont elle est le lien commun et le chef, prima Mer pares, » Ontologie et psychologie physiologique, in-18, 1871, chez Germer Baillière. Le polyzoïsme de M. Durand de Gros ressemble beaucoup au monadisme de Leibniz.

on des groupes de phénomènes présents ou possibles. Telle est l'essence et telles sont les qualités premières, pour ainsi dire, de notre âme, aussi bien que de toutes les aines de la nature, de l'âme incommimi ou in f/eucre, selon le langage de la scolastiquc ; telle est cette aine dont parle Lafontaine :

Pareille en tous tant que nous sommes^

Sages, fous, enfants, idiots,

Ilotes de l'univers sous le nom d'animaux*

Pour nous, comme pour Aristote et Leibniz, VàxRfy dans sa définition la plus générale, s'appliquant à toutes les âmes de la nature, est un principe original d'activité et de mouvement, une force qui se meut elle-même, vis sui motrix, et aussi, comme nous le verrons, un principe d'organisation et de vie.

Mais si nous avons l'intention de considérer particulièrement ici une puissance inférieure de l'âme humaine, la puissance vitale et organisatrice, et si nous appelons l'attention sur ce qu'elle a de commun avec les âmes des animaux, et toutes les autres âmes de la nature, nous ne perdons pas, néanmoins, de vue les puissances supérieures, le sentiment, la raison, la liberté, qui lui assurent, malgré cette communauté d'essence ou de nature, une prééminence infinie sur tous les autres êtres qui nous sont connus l. Pour trouver la nature de Pâme nous avons

i. L5âme humaine se distingue de celle des animaux, dit un philosophe spiritualité, M. Garnier, non pas en ce qu'elle est simple et immatérielle, mais en ce qu'elle possède des facultés qui manquent à l'autre et qu'elle jouit à un plus haut degré des facultés qui leur sont communes. » Traité des facultés de Vôme% 2e édit., IIIe volume.

recherché ce qui est également dans toutes ses manifestations, en faisant provisoirement abstraction de ces manifestations elles-mêmes. Mais nous ne pouvons avoir conscience de notre activité essentielle, de notre unité et identité, sans nous savoir aussi, au même temps, doués d'intelligence et de liberté. Lame est sans doute, dans le fond même de son être, une force soi mouvante ; mais de plus c'est une force consciente, vis sut conscia, intelligente et libre. Voilà les attributs éminents qu'elle possède en propre, sinon toujours en acte au moins en puissance, et qui, même quand elle ne les a pas encore, ou quand elle les a momentanément perdus, lui assurent la prééminence sur toutes les autres âmes échelonnées audessous d'elle dans la nature \

Force se mouvant elle-même, unité, identité, conscience et intelligence, activité maîtresse d'elle-même ou liberté, voilà donc les éléments, nullement obscurs, qui entrent dans la notion de l'essence et des attributs particuliers de l'âme humaine; voilà en quoi consiste notre existence spirituelle. Veut-on y ajouter quelque chose, veut-on chercher à pénétrer au delà, on sort de la réalité, on met vainement l'imagination à la torture pour n'enfanter que des chimères ; on va sur les traces de François Van Helmont qui croyait voir son âme devant lui sous la forme d'un point lumineux; on risque enfin, pour tout dire, de tomber du spiritualisme dans le spiritisme.

1. « Entre les l'onctlonsde l'âme, dit Montaigne, il en est de basses; qui ne la voit encore que par là, n'achève pas de la connaître. » Essais} Ier liv., cliap. l.

Il importait d'établir, dès le commencement, que la conscience que nous avons de âous-m'ême est la conscience d'un effort continu, permanent, s'exerçant sur les organes, et que lame est une énergie motrice, une force incorporée dans un organisme. Toute notre argumentation en faveur de l'animisme aura pour fondement principal cette notion de la nature de l'âme. L'âme étant une pure pensée, comment lui donner la puissance vitale et organisatrice? L'âme étant une force, comment au contraire ne pas la lui attribuer1?

Déjà donc on entrevoit l'avantage que nous donne cette détermination de la nature de l'âme pour lui rendre la puissance vitale et l'empire sur le corps tout entier; déjà ne pouvons-nous pas dire avec Roussel : <( Pourquoi mettre entre l'âme et le corps un autre principe, quand elle a tout ce qu'il faut pour en remplir les fonctions 2 ? »

1. Maine de Biran signale à ce même point de vue les conséquences qui découlent dételle ou telle définition de la nature de l'âme : « L'âme étant définie une substance pensante, il suit de cette essence nominale qu'elle ne peut être sans pensée ou sans perception interne de soi... En supposant que l'âme soit une. force essentiellement agissante ou qu'elle soit, une force virtuelle se portant d'elle-même à l'action ou y étant déterminée d'une manière quelconque, cette force peut être telle et agir ou produire certains effets déterminés sans savoir qu'elle est ou qu'elle agit. Une telle conception, loin d'être absurde ou contra • dictoire, est plutôt conforme à la manière dont l'esprit humain conçoit toutes les forces de la nature auxquelles il rapporte des phénomènes. » Essais d'anthropologie, IIIe volume des œuvres inédites, p. 383. .

2. Essai sur la sensibilité à la suite du Système physique et moral de la femme.

Vit aii sine<

Qu'est-ce que la vie ? — Des divers systèmes qui nient l'existence de forces- ou propriétés spéciales pour la vie. — Peuvent-ils se prévaloir des résultats de la méthode synthétique dans la chimie organique ? — Prédominance des doctrines vitalistes. — Discussions de l'Académie de médecine. — Professions de foi vitalistes des plus zélés organieiens. — Différentes sortes de vitalisme. — Le vitalisme organique. — Partisans du vitalisme organique. — La vie résultante de l'organisation. — Inconséquence et contradiction. — Comment expliquer l'harmonie et l'unité avec des propriétés vitales disséminées dans tout l'organisme ? — Vitalisme duodynamiste. — La vie est une cause et non un effet. — Partisans du vitalisme duo-' dynamiste parmi les médecins et les philosophes. — Vitalisme animiste. — Défaveur delà doctrine de l'unité de la force vitale, délaveur de l'animisme dans l'école de Paris.

Voilà ce qu'est l'âme, voyons maintenant ce qu'est la vie, afin de savoir si elles doivent être séparées, ou bien si elles doivent être réunies en un seul et même principe* Nous avons d'abord à montrer qu'il y a bien réellement quelque chose en nous qui est la vie, sinon nous discuterions dans le vide et notre recherche manquerait par le fondement. Supposez en effet que la vie ne soit qu'un simple mécanisme, ou même seulement un mode de l'organisation, nous n'aurions pas h nous enquérir Û elle est une puissance de l'âme ou bien un principe séparé. Il faut donc, avant tout, prouver que, dans

l'homme, et même dans tous les êtres organisés, il y a une force spéciale, une force qui n'existe pas dans les êtres inorganiques, une sorte de monade centrale sans laquelle il est impossible de rendre compte des phénomènes de l'organisation et de la vie.

On sait comment Descartes, soumettant les êtres organisés aux mêmes lois que les corps bruts, avait fait de la physiologie une branche de la mécanique. À Descartes se rattachent plus ou moins directement les diverses écoles de médecine qui ont prétendu expliquer l'organisation et la vie sans faire intervenir aucune force ou propriété spéciale aux corps vivants. Selon que ces diverses écoles ont incliné davantage à expliquer les fonctions de la vie, par les lois de la mécanique, par des affinités chimiques, ou par des agents physiques, elles ont reçu les noms cl'iatromécanisme, d'iatrochimisme ou de physicochimisme. Malgré ces diversités, les unes et les autres ont pour caractère commun de nier radicalement l'objet même qui est en discussion entre les diverses écoles vitalistes, à savoir l'existence de propriétés ou de forces vitales.

Elles ont paru d'abord pouvoir tirer quelque avantage de certains résultats de la méthode de recomposition ou de synthèse appliquée à la chimie organique. Ainsi Lavoisier a ramené la respiration au phénomène chimique de la combustion ; Wœhler, en 1828, a produit artificiellement l'urée, une substance organique. Wœhler a été récemment dépassé par M. Bertbelot, qui a réussi à produire dans son laboratoire des sucres, des alcools, des éthers, des graisses, etc. La physique a semblé aussi venir en aide aux adversaires du

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