‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 24 sur 189 · VITALISME. H · texte numérisé non relu

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vitalîsme en transformant la chaleur en mouvement. Mais de toutes ces explications physiques ou cMimiques de certains phénomènes physiologiques, de cette production artificielle de quelques éléments organiques, il y a loin encore à la production physique et chimique de la vie et de l'organisation elle-même. La chimie a pu combiner quelques-uns des matériaux que la vie anime et met enjeu, quelques principes immédiats entrant dans la composition d'une plante ou d'un animal, c'est-à-dire des substances organiques ; mais elle n'a pas produit des substances organisées, suivant une différence essentielle que M. Berthelot luimême a reconnue. Ces composés, sortis des mains du chimiste, quoique semblables matériellement à certains produits de la vie, manqueront toujours des qualités des corps vivants, de la faculté de se développer, de se reproduire, de tout ce qui n'appartient qu'à ce qui vit réellement. Aussi peut-on dire avec Kant, qu'il n'est pas à craindre que jamais survienne quelque nouveau Newton qui explique la formation d'un brin d'herbe par les seules lois de la mécanique. En dépit de toutes les découvertes et de tous les progrès imaginables, la synthèse chimique n'arrivera sans doute jamais à fabriquer une seule cellule vraiment vivante. Faut-il compter, pour opérer ce prodige, sur la loi d'évolution? Quoi que dise M. Herbert Spencer, on n'a pu voir jusqu'à présent des évolutions que dans le sein même du monde organique, et non du inonde inorganique au monde organique.

Aussi les physiologistes les plus disposés à exagérer la part de la chimie dans les phénomènes de la

vie n'osent-ils pas prétendre aujourd'hui qu'elle suffise à rendre compte de l'être vivant tout entier. Tous à peu près, sauf de rares exceptions, du moins en France, admettent à tout le moins des propriétés vitales, tous reconnaissent l'impuissance des combinaisons opérées dans le creuset pour expliquer à elles seules la formation et l'origine même de l'organisme.

On a pu le voir par la longue et vive discussion, d'un intérêt h la fois médical et " philosophique, provoquée, il y a quelques années, à l'Académie de médecine, à propos de cette question : le perchlorure de fer exerce-t-il sur le sang une action vitale ou une action purement chimique2? Passons en revue les

1. Depuis notre première édition, les doctrines vitalistes, loin de perdre du terrain, semblent en avoir gagné. Dans son rapport sur les progrès des sciences philosophiques, M. Ravaisson a constaté ce progrès des doctrines vitalistes : « Les théories qui prétendent expliquer les actions vitales par les organes, semblent ébranlées à leur base ou commencent à tomber d'accord, plus, ce semble, que par le passé, que c'est précisément l'action vitale qui fait l'organe, que vivre, selon l'expression de M. Claude Bernard, c'est créer et créer quoi ? justement l'organisme. » P. 447. Je n'ai pas besoin d'ajouter, dit Huxley, à quelle distance énorme est la chimie de ce but. (Origin of specîes.) Personne, dit le docteur Fournié, si ce n'est peut-être quelques chimiâtres attardés, ne nie les propriétés vitales, car chacun sent, s'il ne sait par raison, que la matière vivante se distingue de l'autre par des caractères essentiels. (Physiologie du système cérébro-spinal, p. 728, — 1873.)

2. Bulletin de l'Académie de médecine 1860, tome XXV. Une remarquable discussion, sur ce même sujet de la force vitale, a eu lieu plus récemment à l'Académie de Bruxelles. M. Poelman, professeur de physiologie à l'Université de Gand, ayant fait une profession de foi vilaliste, a été combattu par M. Gluge, professeur de physiologie à l'Université libre de Bruxelles. M. Gluge soutenait que personne jusqu'à présent n'a pu démontrer l'existence de la force vitale d'une manière scientifique. M. D'Omalius d Halloy a repris la question devant l'Académie de Bruxelles et a soutenu avec beaucoup de force et d'autorité la doctrine de l'animisme. (Voir la. Rea/e scientifique de G. Baillière, du 15 juillet cl du 9 septembre 1871.)

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opinions des principaux membres de l'Académie qui ont pris part à cette mémorable discussion. Nu] assurément n'a moins de penchant pour le vitalismc que M. Poggiale, qui a déclaré brutalement qu'il ne pouvait pas comprendre qu'un homme intelligent pût être encore vitaliste dans l'état actuel de la science. Nul n'est plus disposé que lui à faire une grande part, dans la physiologie, à la physique et à la chimie. Cependant M. Poggiale lui-même n'a pas osé avancer que la chimie seule suffise à rendre compte de tous les mystères de la vie. Voici en effet comment, dans un second discours, il a cherché à atténuer ce que d'abord il avait dit de trop absolu : ce devons-nous conclure que tous les phénomènes des corps vivants peuvent être expliqués par les forces physiques? Ce serait une erreur aussi grave que celle que nous reprochons aux vitalistes, et aucun physicien sérieux n'a jamais annoncé semblable prétention. Il y a autre chose dont il faut tenir compte, bien "que nous en ignorions la nature ; il y a l'ensemble, des fonctions, il y a l'action nerveuse dans les animaux supérieurs, il y a des actions plus obscures dans les animaux inférieurs et dans les plantes. Si nous pouvons expliquer par les lois de la physique et de la chimie la plupart des phénomènes vivants, nous n'avons pas la prétention de les expliquer tous. Il en est que l'on doit appeler vitaux, etc.1 »

1. Il a dit encore, dans le cours de là même discussion : a L'Académie s;iH que je tiens compte de la vie dans l'ensemble des fonctions physiologiques et que je ne compare pas l'homme à un corps brut. Voudrait-on me classer parmi les vitalistes parce que j'admets la sensibilité, ln motilîté, la vie ? Si l'on devient vifalisfe à si bon

M. Bouillaud semblait devoir être plus hardi que M. Poggiale. Il affirme, en effet, que les sciences physico-chimiques sont les sciences constitutives de la médecine et non des sciences accessoires ; il déclare solennellement qu'il n'admet dans l'homme, comme Descartes, que deux ordres de phénomènes, les uns psychologiques qui se rapportent à l'âme pensante, les autres purement mécaniques, physiques et chimiques. Il ajoute que l'organisme humain n'est qu'une machine plus perfectionnée que celles de la main deg hommes, mais qu'il n'en diffère pas essentiellement. Toutefois, lui aussi, il proteste qu'il est vitaliste, vitaliste modéré, il est vrai : « n'allez pas, faut-il vous le répéter encore une fois, n'allez pas nous accuser, en dépit de nos déclarations si formelles, de méconnaître la vie, de faire abstraction de la vie... C'est par la féconde et sainte alliance de cet organicisme, avec le vrai dynamisme ou le vrai vitalisme, que l'école de Paris imprimant à toutes ses recherches le caractère et, en quelque sorte, le sceau de l'exactitude, est parvenue à ralMer la médecine aux véritables sciences1. » Sans doute, ce vitalisme modéré, ce vrai vitalisme de M. Bouillaud, cette alliance de l'organicismeavec le dynamisme n'est pas quelque chose de bien clair et cache peut-être 'plus d'une équivoque,

compte, je ne demande pas mieux. » Évidemment, malgré la chimiâtrieqni lui a été durement reprochée par M. Trousseau, M. Poggiale est beaucoup plus près du vitalisme qu'il n'a l'air de le croire. Ainsi, lui-même,, il nous prouve, par son propre exemple, qu'il peut à la rigueur arriver qu'un homme intelligent soit vitaliste. (Séance du 31 juillet 1860, p. 977.)

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