Séance du 30 janvier
i<> CHAPITRE III.
phygjpjogie, l'âme est tout pour lui ; dans la thérapeutique, elle n'est rien, il n'y a que les organes. Parce que le médecin ne peut atteindre l'âme direetrment, mais seulement par la médiation des organes, M. Piorry veut que la thérapeutique ne songe qu'à modifier la structure ou les organes, et qu'elle laisse entièrement de côté l'action de l'âme et de la vie. Ainsi il allie plus ou moins bien ensemble l'organicisme et l'animisme ; aussi se vante-t-il d'être l'auteur d'une nouvelle sorte d'animisme que, par opposition à celui de Stahl, il appelle animisme organicien1.
M. Rostan, quoique organicien très -décidé, est obligé, lui aussi, comme l'a démontré M. Mnlgaigno par de nombreuses citations de son ouvrage sur l'organicisme, d'admettre une cause occulte, inconnue des lésions organiques, c'est-à-dire quelque chose qui est distinct des organes, et qui leur est supérieur *.
Ainsi les plus intrépides organiciens de l'Académie de médecine, et M. Rouillaud lui-même, étaient loin d'être aussi avancés que Descartes, c'est-àdire de professer résolument que tout se passe en vertu d'un pur mécanisme dans le corps humain. Les uns ont accordé plus, les autres moins, à la physique et à la chimie, mais nul n'a osé soutenir que les lois, les actes et les produits de l'économie vivante ne différaient en rien de ceux de la nature morte. Aussi le principe vitaliste, défendu avec beaucoup de force et
1. Voiries deux discours de M. Piorry, dans la séance du 10 juillet et dans celle du 14 août 1860.
2. M. le professeur Rostan a publié, en 1846, ce volume où son! résumées des leçons faites à la Salpêtrière et à l' Hôtel-Dieu qui ont eu une influence considérable sur l'École de médecine de Paris.
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(Tisprii par M. Malgaigne, est-i] sorti, on peut le dire, victorieux de cette mémorable discussion. C'est Uonc le vitalisme en général, par où nous entendons Loi îles les doctrines, quelques différences qu'elles présentent, où interviennent, pour l'explication des phénomènes physiologiques, dos forces et des propriétés spéciales, qui domino, non pas seulement h Montpellier, mais mémo à l'Académie de médecine et dans l'école de Paris 3 malgré leurs tendances nrganiciennes. Ajoutons qu'aujourd'hui on France les physiologistes les plus renommés sont tous vitalistes au sens large que nous venons de dire.
Mais bien des diversités, et même des oppositions profondes, subsistent entre eux, malgré l'accord sur ce point essentiel de l'insuffisance des lois de la nature morte pour expliquer tous les phénomènes de la nature vivante. Sous cette dénomination commune de vitalisme sont donc compris des systèmes très-différents. A ne tenir compte que des traits les plus saillants, on peut les ranger en trois grandes classes que nous appellerons, le vitalisme organique, le vitalisme dualiste ou duoclynamisme et le vitalisme animiste.
Nous préférons l'expression de vitalisme organique à celle d'organicisme qui nous a semblé employée en deux sens différents, tantôt pour signifier un pur mé-
1 , Citons parmi les plus célèbres, MM. Flourens, Claude Bernard, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Lélut. Pour rencontrer la négation absolue de la vie, c'est en Allemagne surtout qu'il faut aller. Ainsi, M. Lehmann, dans son Traité de chimie physiologique animale, et d'autres physiologistes allemands, cités par Buclmer, ont prétendu ramener toute la physiologie a la chimie et à la physique. (Voir le chapitre sur la force vitale de son ouvrage : De la matièreei d* la force.)
canisme ou matérialisme physiologique 5 tantôt des propriétés vitales inhérentes aux organes. Le vitalisme organique représente, pour ainsi dire, le plus bas ou le moindre degré du vitalisme. Les organiciens vitalistes n'admettent que la matière dans le corps vivant, mais une matière douée de propriétés spéciales. Obligés de reconnaître que tout, dans le corps animé, ne se passe pas en vertu des mêmes lois que dans la matière inanimée , qu'il y a des manifestations de la vie dont la physique et la chimie ne peuvent rendre compte, ils admettent certaines propriétés vitales inhérentes aux diverses parties de la matière organisée, propriétés qui changent suivant la nature des tissus ou des organes qu'elles ont pour substratum. La vie générale de l'être tout entier est la résultante de l'action combinée de ces diverses propriétés. Ils ne sont, d'ailleurs, nullement d'accord entre eux sur le nombre et la nature de ces propriétés, depuis Broussais qui n'en admet qu'une, l'irritabilité, jusqu'à M. Robin qui en admet cinq1, M. Gerdy qui en compte dix-huit. Le vitalisme organique a été la doctrine de Bichat et de Broussais 2 ; c'est encore celle qui semble dominer aujourd'hui dans l'Académie et clans la Faculté de médecine de Paris. Voici comment M. Trous-
1. Nutrition, accroissement, reproduction, contraction^ innervation.
2. « On demande trop, dit Broussais à l'anatomie pathologique. L'observation de la vie vient avant elle... Eh quoi ! il n'y aurait d'autres maladies que celles qui dépendent de la détérioration des organes, et les phénomènes qui préparent ces détériorations ne seraient que des ombres fugitives ! Singulière doctrine que de ne vouloir reconnaître les maladies que parvenues au degré où on les trouve dans les cadavres ! Non, non,, la vraie maladie est dans l'action morbide quia produit cette altération. »