‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 27 sur 189 · VITALISME, M · texte numérisé non relu

VITALISME, M

seau a formulé le vitalisme organique : (( j<k crois qu'il n'y a chez l'animal vivant aucune manifestation qui ne suppose un substratum, c'est-à-dire un tissu ou un organe, je suis donc organicien... Je crois que la nature vivante a des manifestations qui lui sont propres , qui n'appartiennent qu'à elle, je suis donc vital istc1. »

La vie générale, dans cette doctrine, n'est pas une cause, mais un effet, une résultante de ces propriétés vitales de l'organisme. C'est là ce que professe hautement M. Rostan, un de jnos plus savants et plus distingués organiciens : « la vie, n'est que l'ensemble, la série des fonctions ; mais les fonctions sont sous la dépendance des organes, car elles ne peuvent précéder les organes, un effet ne précédant jamais sa cause. Les fonctions ne sont donc qu'une conséquence de la disposition organique. De même la vie ne peut précéder l'organisation et résulte de cette organisation... Cette conception de la vie n'accepte rien qui ne soit un effet de l'organisation ; elle ne saurait reconnaître l'existence de forces vitales qui fussent la cause, le principe de l'organisation. »

Mais si l'organisation explique la vie, si elle est la cause de la vie, quelle sera la cause de l'organisation? La difficulté n'est donc que reculée, comme le remarque M. Janet dans le remarquable mémoire qu'il a consacré à l'examen de la première édition de cet ouvrage 2.

1. Bulletin de l1 Académie de médecine, séance des 10 juillet 1860.

1. Ce mémoire a été lu à la Société médico-psychologique et y a donné lieu à de longues et intéressantes discussions. (Voir les Annales médico-psychologiques des mois de janvier, février et mars 1803.) Il a été publié par la Revue de l Instruction publique du 23 et 30 octobre 1862.

Salon M. Janet? doux hypothèses seulement se pré-? sentent aux organiciens pour sortir de cette difficulté ; ou bien reconnaissant que l'organisation ne peut s'expliquer par les seules forces de la mécanique, de la physique et de la chimie, ils admettront des forces spéciales, des forces vitales qui en seront la cause, au lieu d'en être l'effet ; ou bien ils seront obligés de ne voir dans l'organisation qu'un effet particulier des lois générales de la matière. Dans le premier cas, ils renoncent à IVrganicisme, pour revenir nu vitalisme duodynamique ou animiste qui ont tous deux pour caractère commun de faire de la vie une cause et non un effet. Adoptent-ils, au contraire, la seconde hypothèse, leur doctrine ne diffère plus de celle des purs mécaniciens ou des iatrochimistes qu'eux-mêmes reconnaissent inadmissible, et qui le paraîtra plus clairement encore, à mesure que nous avancerons dans cette discussion. Dès à présent nous pouvons porter sur l organicisme ce jugement sévère de M. Franck : C'est un matérialisme ou un vitalisme inconséquent ; c'est le matérialisme et le vitalisme combinés de telle façon qu'ils se contredisent1.

D'ailleurs, autant le vitalisme organique a de force, contre les purs mécaniciens ou les iatrochimistes, lorsqu'il soutient et qu'il démontre, que l'homme n'est pas tout simplement une cornue qui marche, autant il est faible, quand à son tour il est sommé par les autres écoles vitalistes de rendre compte, non-seulement des phénomènes vitaux, mais de l'unité de la vie.

1. Articles du Journal des Débats du 9 et du 13 novembre 1863.

VITAUSMK. 1

L'unité delà vie, la merveilleux (larpiquie de tpute« les fonctions vilains, voilà le grand égUQÎl prgafli* ciens vitalistcs qui disséminent, qui éparpillent, pour ainsi dire, leurs propriétés vitales dans les tissus, voila le grand écueil de tous ceux qui, sous un nom ou' sous un autre, ont admis un plus ou moins grand nombre de principes de vie séparés, comme Fr. Van Helmorit ou comme Bordeu, et ries physiologistes contemporains qui composent notre organisme de myriades d'êtres vivants plus ou moins indépendants les uns des autres. En accordant une sensibilité propre à chaque organe, il semble que Bordeu, ce grand adversaire du mécanisme de Boerhaave, n'ait fait que ressusciter sous un autre nom, comme le remarque M. Flourens, les arehées de Van Helmont. Avec ce* dynanisme multiple à l'infini, avec cette légion de petits êtres, d'éléments organiques ou d'organites, de cellules vivantes, comme on dit aujourd'hui, que devient l'unité de la vie? Quelle ne sera pas l'anarchie de toutes ces vies particulières, plus ou moins indépendantes les unes des autres? D'où vient leur harmonie, si elles ne sont pas placées sous l'empire d'un principe directeur? La singulière comparaison, que fait Bordeu lui-même, du corps vivant avec un essaim d'abeilles suspendues en grappe à une branche1, ne

1, « Pourrions-nous nous servir d'une comparaison qui, tonte grossière qu'elle est, peut avoir ses usages ? Nous comparons le corps vivant, pour bien sentir l'action particulière de chaque partie, à un essaim d'abeilles qui se ramassent en pelotons et qui se suspendent à un arbre en manière de grappe ; on n'a pas trouvé mauvais qu'un célèbre ancien ait dit d'un des viscères du bas- ventre, qu'il était animal in animait» Chaque partie est, pour ainsi dire, non pas, sans

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suffit-elle pas à montrer combien ce système est incompatible avec lïmité et l'individualité de l'homme? S'il est vrai, comme le disent certains physiologistes, que chaque vivant est un assemblage de vivants, il faut' expliquer comment cette diversité est en même temps unité, comment cette communauté est si admirablement une 1 .

En raison de l'unité de la vie, du consensus de toutes les parties, en raison de l'antériorité nécessaire de la cause qui forme les organes sur les organes eux-mêmes, il y a nécessité, comme nous le démontrerons plus amplement , de faire de la vie un principe unique, une cause et non un effet. C'est là le point commun où s'accordent les duodynamistes et les animistes, avec cette différence que, suivant les uns, ce principe unique a une existence à part de l'âme, tandis que, suivant les autres, il ne fait qu'un avec l'âme elle-même dont il est une simple puissance.

Dans les temps anciens et au moyen âge, un certain nombre de philosophes et de médecins ont placé, à côté de l'âme raisonnable, une âme végétative, soit qu'ils aient réalisé les métaphores de Platon, soit qu'ils aient transformé en substance la puissance nutritive attribuée à l'âme par Aristote.

doute, un animal, mais une espèce de machine à part qui concourt à sa façon à la vie générale du corps. » (Recherches anatomîques, an VIII, § 125.)

1. Voir une excellente démonstration de l'unité du principe de la vie, par M. Chauffard, dans son cours de pathologie générale, au chapitre intitulé : De la vie dans la doctrine du vîtalisme, in-8°;

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