‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 29 sur 189 · Cité par M. Lordat · texte numérisé non relu

Cité par M. Lordat

2. «Je ne crois pas, dit M. Malgaigne, que l'âme ait rien à faire avec les phénomènes de nutrition des végétaux ni de l'homme : l'âme immortelle passée de la philosophie dans la théologie est devenue un article de foi qui intéresse les médecins comme tous les autres sans doute, mais qui sera plus convenablement discuté à la Sorbonne qu'à l'Académie de médecine. » (Bulletin de V Académie de /u<jdem'ne. séance du 2'i juillet 1860.)

cine que parce qu 'elle compte encore un certain nombre de partisans au sein rte la philosophie spiritualiste.

Le vitalisme animiste, le seul vrai, suivant nous, distingue, comme le vitalisme dualiste, le principe vital d'avec les organes ; mais, au lieu d'un être séparé, il en fait une simple puissance de l'âme pensante. A part quelques timides réserves de M. (iibert contre l'exclusion absolue de toute intervention de l'âme dans ce que M. Trousseau avait appelé le pot-au-feu de l'économie, à part le psychatome et le mélange singulier d'animisme et d'organicisme de M. Piorry, il ne paraît pas que l'animisme compte beaucoup de partisans dans l'Académie de médecine.

Ce n'est pas d'ailleurs seulement l'animisme, c'est le mot d'âme, c'est l'âme elle-même, non moins l'âme pensante que l'âme vitale, qui, h ce qu'il nous a semblé, ne jouit pas d'une grande faveur dans cette Académie. Si de temps à autre il y est fait quelque allusion, c'est comme par acquit de conscience, et avec un certain nombre de précautions oratoires, pour atténuer et excuser cette infraction à de hautes convenances scientifiques et médicales et h ce qu'on est convenu d'appeler la méthode expérimentale. Mais aussitôt après, et d'un commun accord, tous se hâtent de la mettre plus ou moins honorablement à l'écart, de la reléguer dans le domaine de la théologie, sous prétexte que son essence est inconnue, qu'elle n'a rien à démêler avec la physiologie et la médecine, et qu'il n'y a plus rien h en dire, quand une fois on Ta nommée1.

1. On y définit, l'âaie par un soupire, dit spirituellement le docteur Fournie, dans sa PJn/siolof/ie du système cèr-èhro*4pmah

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Avec l'âme, la force vitale elle-même, surtout si on ne proteste que c'est un mot par lequel on n'entend absolument rien, est aussi en suspicion, devant une assemblée dont la majorité semble décidée à ne rien admettre au delà des propriétés inhérentes à la matière organisée. Que de ménagements M. Malgaigne n'a-t-il pas été obligé d'employer pour faire écouter jusqu'au bout son plaidoyer, si plein de sens et de verve, en faveur d'une force vitale distincte des organes ! Il l'amoindrit cependant, autant que possible, il la réduit à une abstraction, à la généralisation empirique d'un certain nombre de phénomènes, à une pure formule algébrique, il lui enlève même toute réalité substantielle, afin d'écarter tout soupçon d'ontologie et de retour h la scolastique.

C'est l'existence de cette force vitale que nous devons d'abord nous appliquer à démontrer. Nous allons donc, en commençant, appeler à notre aide, contre les organiciens, les vitalistes dualistes, et aussi les animistes, pour prouver l'unité du principe vital, sauf à combattre plus tard les premiers, quand viendra la question de savoir si cette force vitale est un principe indépendant ou une simple puissance de l'âme.

IJriixcipe clc la vie.

Nécessité d'un principe directeur unique pour l'explication des phénomènes de la vie. — Renouvellement continuel de la matière des êtres vivants. — Persistance de la forme. — Action du principe vital. — Distinction de la et de la matière mise en évidence par la mort. — Impuissance de la chimie et de la physique pour expliquer la première formation des êtres vivants. — Leibniz et M. Claude Bernard. — La vie cause créatrice, directrice, conservatrice. — Intervention de la vie nécessaire pour la formation du germe lui-même. — L'être tout entier déjà en puissance dans le germe ou la cellule primitive. — Antériorité de la vie comme cause sur l'organisation comme effet. — Impossibilité d'expliquer l'unité de la vie par l'agrégation ou même par le consensus harmonique d'une multitude d'êtres vivants. — Les expériences sur les polypes, les greffes animales, démontrent-elles la divisibilité de la vie? — ■ Existence d'un principe unique delà vie.— Ce principe est une force. — La vie est-elle une seconde âme ?

Nous n'avons pas reproché aux organiciens d'avoir doué la matière organisée de propriétés spéciales , mais de n'avoir pas vu qu'il fallait nécessairement recourir à* un principe directeur, à un principe unique, pour coordonner ces propriétés et pour expliquer l'organisation elle-même. Il nous semble que cette nécessité s'impose h quiconque, sans parti pris j'avance, considère l'être vivant dans toutes les phases

de son développement, et surtout à son origine et dans sa période de formation.

Un changement continuel s'opère dans la composition intérieure des corps organisés, non pas seulement de loin en loin, au passage d'une période dans une autre, mais à chaque jour, à chaque instant de l'existence. Les molécules qui les composent, suivant une forte expression de Bossuet, sont continuellement dans le commerce, comme si la nature en avait besoin pour d'autres formes et les demandait pour d'autres ouvrages1. Tous les physiologistes sont d'accord sur cette révolution continue dans la matière des corps organisés. C'est, disent-ils, un flux et reflux perpétuel des mêmes molécules, tour à tour restituées, reprises et encore restituées2, un échange non interrompu entre les matériaux étrangers et les parties éliminées. « La loi fondamentale de la vie , dit M. Claude Bernard, est l'échange de matière continuel entre le corps vivant et le milieu cosmique. De là résulte un véritable circulus ou tourbillon rénovateur du*torps dont la rapidité mesure l'intensité de la vie3. »

Cependant, au milieu de ce changement continuel, il y a quelque chose qui ne change pas, à sa\oir la forme même du corps vivant, qui demeure toujours la même, qui seule conserve le genre, l'espèce et même les traits caractéristiques de l'individu à travers les diverses périodes de son existence. La forme, a dit

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