Sermon sur la mort
2. Ce changement continuel dans les molécules est le principe d'une des plus belles découvertes de notre temps dans l'art de guérir, la régénération des os par la conservation du périoste.
o. Revue des Deux-Mondes, iei septembre î 804.
Cuvier, est plus essentielle à l'animai que la matière. Il y a dune quelque chose dans l'être Vivant qui domine, qui règle, qui coordonne^ qui contient^ coftime dans un cadre déterminé, tout ee mouvement <lrimolécules, quelque chose qui assujettit aux mêmes rapports $ à des combinaisons, toujours les mêmes, ee flot de matière qui s'en va et qui vient. Or cette force qui forme, qui entretient, qui répare les mailles, toujours les mêmes, de ee réseau à trauvi's lequel tout s'écoule, qui fait passer et qui enchaîne dans le même moule, toutes ces molécules qui vont et qui viennent, qui, au sein de ce tourbillon et à rencontré de toutes les influences extérieures, conserve cette forme immuable, c'est la vie ou, pour parler sans équivoque, c'est le principe vital.
Rien, d'ailleurs, ne met mieux en lumière IV\i>tence de ce principe, son action, son rôle dans le corps vivant que ce qui a lien lorsqu'il cesse d'agir, c'est-àdire à la mort. La mort, comme dit Isidore Saint-Hilaire, met la vie en évidence. Qu'est-ce que la mort laisse en son entier, et que nous ravit-elle? Où est la différence entre le cadavre récemment abandonné par la vie et l'animal vivant ? Rien n'est changé ni dans la matière elle-même, ni dans les circonstances extérieures, cependant la vie a disparu; il n'y a plus qu'un cadavre. La vie est donc autre chose que la matière et autre chose que ces organes, qui sont encore intacts et qui cependant ne fonctionnent plus ; elle est autre chose aussi que les circonstances extérieures, puisque ces circonstances n'ont pas changé, tandis qu'elle n'est plus. Non-seulement elle se distingue des circonstan-
ces extérieures et des lois générales qui y président, mais la mort, par une sorte d'analyse naturelle, nous montre quelle était la part, quelle était la fonction de la vie, comment elle avait le pouvoir, sinon d'y soustraire les corps vivants, au moins de les modifier h son profit , de les faire agir pour une certaine fin et dans une sphère déterminée. De là même un certain nombre de définitions de la vie uniquement fondées sur cette propriété de résister aux lois générales de la nature et de conserver l'organisme.
Quand, d'ailleurs, il serait vrai, ce qui ne paraît pas encore démontré, que tout se passe dans les organes en vertu des lois générales de la physique et de la chimie, comment faire rentrer dans une combinaison quelconque, purement physique et mécanique, la cause première elle-même qui a formé l'être vivant ? Les conditions extérieures de la vie peuvent bien être purement mécano-physiques, nous ne discutons pas sur ce point que nous abandonnons aux physiologistes, mais non la vie elle-même.
Dans les Nouveaux Essais, Leibniz, après avoir admis une âme végétative chez les animaux et même chez les plantes, ajoute : « cependant je ne laisse pas d'attribuer au mécanisme tout ce qui se fait dans les corps des plantes et des animaux, excepté leur première formation. Ainsi je demeure d'accord que le mouvement de la plante qu'on appelle sensitive vient du mécanisme, et je n'approuve point qu'on ait recours à l'âme, lorsqu'il s'agit d'expliquer le détail des phénomènes des plantes et des animaux 1. »
1, Nouveaux Essais, liv. IL clutp. ir, paragraphe
Il semble que notre plus grand physiologiste, M. Claude Bernard, se soit inspiré de cette doctrine de Leibniz. Nul ne soutient plus énérgiquement que lui le déterminisme des phénomènes de la vie, leur .assujettissement absolu aux lois de la physique et de la chimie. Dans l'investigation physiologique il proscrit^ comme contraire à la méthode scientifique, toute intervention de propriétés spéciales dérivant de la vie. La science vitale, dit-il, ne peut employer -d'autres méthodes et avoir d'autres bases que celles de la science minérale, il n'y a point de différence entre Jes principes des sciences physiologiques et ceux des sciences physico- chimiques \ Il va même jusqu'à dire : « la vie n'est au fond qu'un mécanisme ; elle ne s'entretient dans l'organisme que par l'activité fonctionnelle bien équilibrée de tous les éléments histologiques \ »
À prendre ce langage à la lettre on confondrait M. Claude Bernard avec les iatrochimistes. Mais si, de même que Leibniz, il rapporte tout au mécanisme dans l'être vivant, il en excepte, comme lui, non moins expressément, la première formation. Nul physiologiste n'est plus explicite que M. Claude Bernard, sur la nécessité cle faire intervenir ici quelque chose qui est au-dessus de la physique et de la chimie, audessus de la matière organisée elle-même. Il dit bien que la science physico-chimique des corps vivants a les mêmes bases et les mêmes principes que la physico-
1. Dxu progrès dans les sciences physiologiques. Revue des Deux- Monder l°r iioùl 1865.