Bévue des Deux-Mondes, 1er août d
2. Voir la juste critique qu'a faite M. Chauffard de ces expressions abstraites de loi on d'idée directrice. L'idée ne subsiste pas par ellemême ; il faut un substratum, un principe substantiel qui la supporte. Pas plus que l'idée, la loi n'a une existence propre, virtuelle, indépendante (article du ÇorrespQridant du 10 octobre 1868). Citons aussi mi article de M. Sales Girons, cet habile et infatigable défenseur de l'animisme. <l;ms la fievue médicale du \:\ octobre 18<>8.
Gï CHAPITRE IV.
toute recherche expérimentale et qu'il n'est pas de pince, aux mains du pins habile physiologiste, qui jamais puisse la saisir, mais nous n'accordons nullement que le psychologue, que le philosophe, ou même le physiologiste, ne puissent légitimement, à l'aide de l'induction, raisonner sur sa nature et ses attributs. Insistons donc sur l'existence, sur l'unité, sur le rôle de cette force vitale sans laquelle il est impossible, selon M. Claude Bernard, comme selon Leibniz, d'expliquer la première formation des êtres organisés.
A ne considérer l'être organisé que dans son complet développement, peut-être la vie pourrait-elle paraître comme la résultante de l'organisation, comme un effet et non comme une cause. Mais si on suit cet être dans ses diverses évolutions, si on remonte jusqu'à son origine, on est contraint, par l'évidence des faits et par la force du raisonnement, à penser d'une autre façon.
La raison en effet se refuse absolument à concevoir la formation des organes sans une cause formatrice qui déjà existe, qui déjà est à l'œuvre, quand ils n'existent pas encore. Cette première impulsion, cette première chiquenaude dont, suivant l'expression de Pascal, les cartésiens ne pouvaient se passer pour expliquer le monde, il faut non moins nécessairement y recourir pour l'explication de la formation de l'être organisé. Certains physiologistes ont cru échapper à cette nécessité en faisant tout dériver du germe, sans rien admettre au delà de ce germe lui-même. Si la vie précède les organes, elle ne précède pas, suivant eux, cette petite masse plastique, qui est le point de départ
de L'organisation et qui est tellement constituée, qu'elle jouit de la propriété de subir, sous certaines influences, les transformations d'où naîtra le fœtus, sans qu'il faille faire intervenir un ouvrier caché dans ce petit amas de matière. Ceux-là même, disentils, qui font de la vie une cause, non une résultante, sont obligés d'accorder que, dans l'être qui a accompli son développement ] ce principe ne peut rien sans 1 organisation, pourquoi en serait-il différemment dans le germe 1 ?
M. Lélut a dit ingénieusement dans le même sens : l'hôte n'a coutume de venir que quand la maison est faite 2. Cela est vrai sans doute de i'hôte, mais non de l'architecte. Or la vie, telle qu'il faut la concevoir, d'après tout ce qui précède, n'est pas l'hôte qui vient dans la maison, quand elle est déjà toute faite, 'mais l'architecte qui bâtit la maison.
Non moins que les organes développés, le germe requiert une cause. Si tout vient du germe, d'où vient ce germe lui-même, si merveilleusement doué, ce germe qui contient, non pas en miniature, comme on l'a cru '% mais en puissance, tous les organes futurs de l'animal qu'il doit engendrer par ses évolutions
'1. Bérardj Cours de physiologie, 1. 1, p. 15.