‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 36 sur 189 · Traité de physiologie, 2e édition, 3e vol., p · texte numérisé non relu

Traité de physiologie, 2e édition, 3e vol., p

« La puissance directrice et géométrique de la vie est ce qui étonne of ce qui confond l'esprit. » Laugel, p'rohlèm&ç de la Vie, p. 7i, 1 vol.. Germer Baillière.

inique, on voit se dessiner cette ligne, on peut être assuré qu'un verterbré naîtra de cet œuf1. Blumenbach a bien défini la vie, un effort qui informe, nisus formativus, ce qui est une traduction de Pevop^&v d'Hippocrate et des Grecs.

Ainsi la force vitale n'est pas seulement cause motrice, mais cause créatrice, directrice, formatrice ; ainsi doit-elle être nécessairement conçue comme antérieure, sinon chronologiquement, au moins logiquement, à toute ébauche d'organisation. Nous ne voulons pas dire que la vie existe quelque part dans fa nature indépendamment de tout rudiment d 'organisation ou de toute matière destinée à être organisée; nous ne„croyons pas qu'il y ait des principes de vie voltigeant, pour ainsi dire, dans le vide à l'état d'esprits purs, avant de s'accrocher à la première molécule du vêtement organique qu'ils doivent un jour se construire. Nous ne voyons pas plus la vie sans l'organisation, c'est-à-dire la cause sans l'effet, que l'organisation sans la vie, c'està-dire l'effet sans la cause2. Mais, malgré la simultanéité des éléments de ce composé, qui est le corps vivant, le rôle de cause, l'antériorité logique n'en appartiennent pas moins nécessairement à la vie. Pour être une cause toujours accompagnée de quelque effet, la vie ne cesse pas d'être une causé, et d'être la première, avant l'organisation qui est son œuvre.

Cette antériorité nécessaire de la vie a été déjà reconnue par les anciens. En effet, selon Aristote, les

1. C'est ce que M. Floureus appelle force morpho-plastique : M. Bouchut, promorphosc.

2. Voir les Principes de pathologie gêûérale de M. Chauffard, in-S

parties de l'âme, par où il entend ses puissances, préexistent aux parties du corps et l'âme tout entière préexiste au corps tout entier1. Leibniz* qui ne sépare pas les âmes ou principes de vie d'un commencement ou d'un reste d'organisation, a dit, d'une manière plus générale, dans le même sens : spiriiualia sunt natura prima materialibus* . D'autres, comme Barthez, d'après Lucrèce 3, et comme Galien 4, ont remarqué, ce qui revient au même, que l'action instinctive du principe vital pour la défense et la conservation de l'animal précède la formation des organes sans lesquels elle ne peut s'exercer. Donc les organes ne créent pas les fonctions, maïs au contraire les fonctions, comme on Ta dit, créent les organes.

Citons encore deux grands physiologistes de l' Allemagne, Muller et Burdacli. « L'harmonie entre les membres nécessaire pour conserver le tout , dit Muller, ne subsiste que par une force qui agit sur le tout sans dépendre d'aucune de ses parties et même leur préexiste, car elles ne sont créées qu'au moment où l'embryon se développe, et elles le sont par la force du germe... Ici le principe moteur est également le principe créateur, car c'est la force propre inhérente au germe qui, au moyen de la matière or-

1. Métaph», liv. VII, chap. m. La doctrine de Saint-Thomas est la même : « Opéra vitae non possunt esse a prinoipio extrinseco ; et ideo dicendumesl qnod anima prseexistit in embryone. » Summa theol., pars prima, quaest. 118, art. 2.

2. Epistola 2 ad Bierling, p. 618, édit. d'Erdmann. .'). « Cornua nata prius vitulo quam frontibus exstent.

« Illis iratus petit, atque infensus inurget. » 4* Utilité '1rs parties du corps, voir la traduction des œuvres de Gralien, par ch. Daremberg; totn. I, p. 144.

ganique , crée les organes nécessaires au tout. Cette force créatrice , intelligente, se manifeste suivant une loi rigoureuse, comme l'exige la nature de chaque animal ; elle existe déjà dans le germe avant que les futures parties soient distinctes ■ . »

Selon Burdach : « Nulle formation d'embryon ne peut être conçue sans le mouvement ; le mouvement est une activité et l'activité doit dépendre d'une cause intérieure. Par conséquent l'activité existe avant le corps qui naît, et la cause intérieure de l'activité ou la force, est la cause de sa naissance \ »

Non-seulement la vie crée et forme l'être organisé, d'après un type déterminé, mais elle le conserve, et même elle le répare en une certaine mesure, d'après ce même type. Les organiciens eux-mêmes, tout en niant l'intervention d'une nature médicatrice, sont obligés, témoin M. Vulpian, d'admettre une tendance à la restauration , de même qu'àl'acquisition de la forme typique, sauf à soutenir que cette tendance n'est pas l'effet d'une force unique et qu'elle est disséminée dans toutes les parties de l'organisme \

L'unité de la force vitale n'est-elle donc pas impérieusement requise par l'unité de son œuvre, si délicate et si complexe? N'est-elle pas inscrite, pour ainsi dire, dès l'origine, dans la cellule qui engendrera un être humain ? Pour tout coordonner, pour tout concerter à l'avance, conformément à ce plan unique dont les détails sont infinis, il faut un seul architecte, il

1. Manuel de physiologie, traduit par Jourdan, tom. I, p. 20.

2. Traité de physiologie, traduit par le même, tom. IV, p. 12a.

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