‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 41 sur 189 · re Tmcula/te · texte numérisé non relu

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bien une seule et même âme, avec des parties plus ou moins distinctes, avec des puissances plus ou moins profondément divisées, selon leur mode d'action et selon la région du corps où elles semblent plus particulièrement s'exercer ? Rien n'a plus troublé cette discussion que le langage métaphorique de Platon, que ce terme équivoque de parties de l'âme, \>âprh pépiât, que Platon emploie, cle même qu'Aristote.

Il semblera en effet que Platon a admis trois âmes, si l'on s'en tient aux allégories et aux mythes du Phèdre ou du Timée; mais ces trois âmes n'en font réellement qu'une seule, si on laisse les allégories et les images poétiques, pour les théories et les définitions scientifiques de la République, du Cratyle ou du Phédon.

Dans le Phèdre, Platon compare l'homme à un char dirigé par un cocher et attelé de deux coursiers, l'un bon, l'autre mauvais. Le cocher, c'est la raison ; le bon coursier, ce sont les nobles et généreuses passions ; le mauvais coursier, les passions basses et mauvaises. Est-ce donc autre chose qu'une ingénieuse et poétique allégorie ?

Dans le Timée, qui est en grande partie, comme le Phèdre, un dialogue poétique et mythique, Platon raconte ainsi l'œuvre des dieux chargés par le Dieu suprême de la formation des animaux mortels. Ayant reçu de ses mains le principe immortel de l'âme humaine, ils façonnèrent un corps mortel, qu'ils lui donnèrent comme un char pour les porter. Voilà une première âme, immortelle, divine, raisonnahle, tc XoyiŒTiy.ov. Dans ce char, ils placèrent aussi une autre espèce d'âme, une âme mortelle, siège du plaisir, de

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la douleur et des passions. Cette âme mortelle ellemême se divise en deux, Tune meilleure et venant parfois en aide à la raison, to Ou^ostoéç, l'autre mauvaise, toujours en lutte avec la raison, tb àXéyt&ïM y.a; £7ïi0up]Tr/(év. Le partage que fait ici Platon de l'âme mortelle est évidemment une division secondaire, qui n'est pas du même ordre que la division précédente en âme immortelle et en âme mortelle. À prendre h la lettre ce passage du Timée, c'est une dualité, et non une trinité d'âmes, qu'il faudrait attribuer à Platon,

Il distingue ces âmes , non-seulement par leur nature, mais par les sièges différents qu'il leur assigne dans le corps. Ils placèrent, dit-il, l'âme divine dans le cerveau et, de peur de la souiller par le contact, ils donnèrent pour demeure à l'âme mortelle une autre partie du corps séparée par le cou, comme par une sorte d'isthme, entre la poitrine et la tête. Afin de séparer aussi les deux parties del'âme mortelle, ils partagèrent l'intérieur du tronc par le diaphragme semblable à la cloison qui sépare l'habitation des hommes de celle des femmes. Plus près de la tête, entre le diaphragme et le cou, ils placèrent dans le cœur la partie virile et courageuse, l'âme mâle, comme l'appelle aussi Platon, afin que, soumise à la raison, et de concert avec elle, elle pût dompter les révoltes des passions inférieures, lorsque d'elles-mêmes elles ne veulent pas obéir aux ordres de la raison. Quant à l'autre partie de l'âme mortelle, l'âme femelle, qui demande les aliments, les breuvages et tout ce que rend nécessaire la nature du corps, ils l'ont logée dans le foie, entre le diaphragme

et le nombril, où elle est attachée comme une bête féroce , qu'il faut nourrir pour que la race mortelle puisse subsister. Les dieux l'ont donc reléguée à cette place, afin qu'éloignée, autant que possible, du siège du gouvernement, elle causât moins de trouble et laissât le maître délibérer en paix sur les intérêts communs.

Assurément si Ton ne tient nul compte de la forme poétique ou mythique, si l'on prend cette description à la lettre, voilà bien encore deux âmes, sinon trois, dans l'homme. Mais outre la part qu'il faut faire ici à la poésie et à l'allégorie, on trouve dans le Timée lui-même, des expressions qui indiquent, avec une suffisante clarté, que ces trois âmes ne sont, en réalité, pour Platon, que des formes ou des parties d'une seule et même âme. Ainsi il dira, Tp&x ^/r,; s'.oy] , et non pas tyvyjiïw, comme sïl s'agissait de plusieurs âmes. Il dit aussi : to éTutOu^mov vT^ Jjfutfffo to '/sts/ov «r4; tyuyrfi àvâpsîaç y.al Oujjlou , c'est-à-dire la partie de l'âme quiesti'è7n6jp)Tty.ov, la partie de l'âme qui participe du courage. Enfin ces trois sièges divers, le cerveau, le cœur, le foie ne sont-ils pas seulement les organes principaux, par où s'exerce chacune de ces trois grandes puissances de l'âme et non les demeures de trois âmes séparées?

Dans le quatrième livre de là République, ou Platon expose une théorie plus scientifique des facultés de l'âme, on voit mieux encore qu'il ne s'agit pas de plusieurs âmes, mais de plusieurs puissances, quelque profonde distinction qu'il établisse entre elles, d'après cette règle : qu'une même chose, en

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tant qu'elle est la même , et par rapport au même, ne peut en même temps faire ou souffrir des choses contraires 1. Ainsi la même main du même sagittaire ne peut en même temps pousser l'arc et le ramener à lui. Il en est qui éprouvent une soif ardente, et qui cependant se retiennent de boire ; de là d'abord la distinction du principe raisonnable, ou XoYtsTtxév, et du principe de la passion aveugle et corporelle, àXâ-ftfftov y.a\ è-'.0'j|j.Y)Tiy.6v. Voilà donc déjà, dit Platon, deux formes distinctes dans Tâme, 060 IiSyj Iv

"fi ^uX?îvce 9uî ne veu^ Pas ^re deux âmes 2.

Puis, poursuivant son analyse, d'après ce même critérium de la lutte et de l'opposition entre les diverses parties de l'âme, il distingue encore un troisième principe, le Ou^oç, principe du courage et des généreuses passions, auxiliaire de la raison aux prises avec les passions corporelles et luttant aussi directement contre elles. Que si le 6u^oç diffère de rèwO'j^w-ov, d'un autre côté, il ne diffère pas moins de la raison. En effet, on ne voit pas qu'il soit en proportion avec elle ; la force4 du Gj^oç est grande, tandis que la raison est faible dans les enfants et dans les jeunes gens. Mais les expressions répétées dYfôr, wrffîq marquent que ce défaut de proportion, ou même cette contrariété, signifient dans la pensée de Platon, des puissances diverses qui appartiennent au même être, comme au même homme les deux mains du sagittaire, et non des âmes, des êtres séparés.

1. AmXOV OTt TO.VT0V TCtVtLVTldL TTO/S/y % HT Ci. C^^l V -, K 2 / ^ V Tôt "y î T:tùlOV TpOJ TûtV70V, OVK lûsKÎlTSl AJUCt.

S'il reste encore quelque doutes, nous croyons qu'on peut les dissiper à l'aide d autres dialogues. Il est difficile de se prononcer plus nettement en faveur de l'unité del'âme que Platon, dans ce passage du Théétète, souvent opposé par les commentateurs anciens aux partisans delà pluralité des âmes: «Ce serait, dit-il, une chose étrange qu'on pût loger en nous, comme clans des chevaux de bois, plusieurs principes de sentiment, sans qu'ils se ramenassent à une forme ou à une âme unique i. n

Non moins décisif nous semble cet argument célèbre de l'identité de l'âme et de la vie que donne Socrate dans le Phédon, en faveur de l'immortalité. * a Qui fait, dit Socrate, que le corps est vivant ? — (l'est l'âme répond Cébès. — Et en est- il toujours ainsi ? — Comment en serait-il autrement ? — L'âme apporte donc avec elle la vie partout où elle entre ? — Cela est certain. \

Les définitions du Cratyle viennent à l'appui de la doctrine du Phédon. a Je pense, dit Platon, que ceux qui ont donné à l'âme le nom detyr/jq ont par là voulu signifier quelque chose qui, lorsqu'il est présent, est cause de la vie du corps, lui donne le souffle et

TrivTafc TâttÏTet (ruvreîvet. Ce texte est cité par Saumaise comme preuve décisive en faveur de l'existence d'une âme unique dans Platon. Il ajoute : « Pkto non minus quam Aristotelus unitatem animse adstruit, cum in Thseeteto omnes animae sensus sive fvv&fAtiç sub imam formam et essentiam reduci ait oportere quae ^vx* vocatur, sive quoeumque alio nomine sit appellanda. «Notas in Epictetum, in-4. Lugd. Batav.

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