‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 43 sur 189 · Argument du Phédon · texte numérisé non relu

Argument du Phédon

CHAI'ITIŒ V.

poser que Platon ait substantialisé quelque autre principe, pour en faire la cause des opérations de la vie1?

J. La plupart des interprètes anciens de Platon, Alcinoûs, Chaicidius, Porphyre, Iamblique, ont pensé, comme nous, que Platon avait divisé l'âme selon les puissances et non selon la substance. Plutarque, dans ses Placita philosophorum, dit que Platon a fait l'âme Tp/oyAgpaç, mais il ajoute que les stoïciens l'ont composée de huit parties, d'où il est clair qu'il n'attribue pas plus trois âmes à Platon que huit aux stoïciens, et qu'il fait [A?oç synonyme de puissance. 11 faut voir, sur ce sujet, la longue et savante dissertation de Saumaise dans ses notes sur Epictète : « De anima triplici apud Platonem, an senserit trinam ejus esse, non unam substantiam... » p. 154.

Aristote.— Les Stoïciens. — Épicure et Hivicrèce., Galien. — École cl VIe:vuiLclx'ie.

Aristote. — Plan du Traité de Vame. — Objections de quelques psychologues modernes. — L'âme principe de vie. — Définition de la vie. — L'âme forme substantielle. Ce qu'Aristote entend par entéléchie. — Union intime de l'âme et du corps. — Unité de l'être humain. — Diverses manifestations de la vie. — Enchaînement et progression de ses manifestations. — De la vie végétative qui est le propre des plantes. — De la vie sensitive qui est le propre de Fanimal. — De la locomotion. — Comment l'âme meut le corps. — De l'entendement qui est le propre de l'homme. — Division de l'entendement. — Aristote a-t-il séparé le vovç? — Les stoïciens.. — Rapport de leur psychologie et de leur philosophie de la nature. — Nulle diversité dans l'âme que celle des organes par lesquels elle agit. — L'âme exerce les fonctions intellectuelles et vitales. — Les trois âmes de Galien. — Ecole d'Alexandrie. — Plotin. — Identité de lâme et delà vie. — Ce que devient à la mort l'âme irraisonnable. — Proclus. — Caractère de l'animisme alexandrin. — Philopon et la pluralité des âmes.

Aristote, au commencement du Traité de Pâmé, indique, parmi les questions que doit comprendre l'histoire de l'âme, suivant l'expression dont il se sert, celle-là même que nous traitons ici, à savoir s'il y a plusieurs âmes ou seulement plusieurs parties d'une seule et même âme. Nous allons voir en quel sens il la résout.

Le Traité de l'âme d' Aristote, et les innombrables commentaires dont il a été l'objet pendant tout le

moyen âge, ne ressemblent guère aux essais sur l'entendement humain du dix-septième et dix-huitième siècle, ou à nos modernes traités de psychologie. Aristote ne se propose pas seulement d'étudier le moi humain, mais l'âme, qui est tout autrement vaste que le moi, ni l'âme humaine elle-même exclusivement, mais l'âme en général, en tant que principe de tous les êtres animés, depuis le dernier jusqu'au premier de tous. Aristote embrasse dans son plan l'ensemble des êtres organisés, depuis la plante, à laquelle il attribue aussi une sorte d'âme, jusqu'à l'animal, depuis l'animal jusqu'à l'homme. S'il dit qu'il fait l'histoire et non la science de l'âme, c'est pour signifier sans doute qu'il n'étudie pas une seule âme, mais toute cette série des âmes, dont il marque, avec tant d'exactitude et de profondeur, les diverses classes et les divers degrés, suivant le nombre des grandes manifestations de la vie qu'elles comprennent ou qu'elles excluent. Ce plan si vaste a été blâmé par quelques psychologues de nos jours, qui semblent vouloir faire la psychologie aussi étroite que possible, en la réduisant à l'âme humaine, et l'âme humaine elle-même à la conscience distincte et au moi. On accuse Aristote d'avoir agrandi outre mesure le champ de la psychologie, d'y avoir introduit la physiologie et l'histoire générale des êtres organisés, au détriment de l'étude de cette âme qui seule, dit-on, nous importe, qui seule nous est connue avec certitude1.

Sans doute, il y a une âme au-dessus de toutes les

1. Voir l'introduction de M. Barthélémy Saint-Hilnire à sa savante traduction du Traité de Vômc,

A1USTOTK

autres âmes, une âme qui nous importe plus que toutes les autres, qui seule nous est directement connue par la conscience. Aristote ne l'ignore pas ; aussi donne-t-il à 1 'âme humaine la principale place et le premier rang, et assurément ne l'étudie-t-il pas, quoi qu'on en ait dit, de la môme manière que l'âme de la plante et de l'animal. Mais il n'est pas sans intérêt et sans profit, pour la connaissance de l'âme humaine elle-même, do la considérer non-seulement dans ce qu'elle a de propre, mais dans ce qu'elle a de commun avec toutes les autres âmes? Nous sommes de l'avis de Bufïbn: a si les animaux n'existaient pas, la nature de l'homme serait encore plus incompréhensible. » Aristote rapproche et compare, mais il ne confond certainement pas les différentes sortes d'âmes échelonnées dans la série des êtres organisés. S'il a vu si bien les manifestations inférieures de l'âme, communes avec les plantes et les animaux, a-t-il donc pour cela méconnu ce qui fait son excellence et sa grandeur, à savoir l'intelligence, dont Bossuet ne le loue pas à tort d'avoir divinement parlé ?

Nous ne considérerons, dans le Traité de Vâme, que ce qui concerne l'animisme, laissant de côté les questions, les problèmes, les controverses qui ne se rapportent pas directement à notre sujet. Après avoir, dans le premier livre, exposé son plan et sa méthode, après avoir passé en revue les opinions des philosophes antérieurs sur la nature de l'âme, Aristote, dans le deuxième livre, aborde lui-même la question et entreprend de dire ce qu'est l'âme, après avoir dit ce qu'elle n'était pas. '

L'âme qu'il se propose de définir, ce n'est donc pas F âme humaine, mais l'âme en général, c'est-à-dire ce qu'il y a d'essentiel et de commun à toutes les âmes, sans exception. Ce caractère essentiel de toutes les âmes, c'est d'être, selon Aristote, des principes de vie dans les corps naturels vivants. Mais qu'est-ce que la vie et à quel signe reconnaît-on les êtres qui en sont doués? Ceux-là sont doués de vie, dit Aristote, qui se nourrissent, croissent et dépérissent par l'effet d'un principe interne1. Or c'est l'âme qui est ce principe interne, c'est l'âme qui est la cause de la vie; tout ce qui possède une âme est vivant. Tel est bien en effet, croyons-nous, le caractère commun et essentiel de toutes les âmes, sans exception, depuis l'âme de l'animal et de la plante elle-même, jusqu'à l'âme de l'homme.

Il s'agit de définir la nature de ce principe interne et ses rapports avec le corps. La plupart des philosophes antérieurs avaient fait de l'âme une qualité, une quantité, une harmonie, un nombre, et non une substance. Selon Aristote, l'âme est une substance. Mais, comme il y a trois sortes de substances, la matière, la forme, le composé, il s'agit de savoir de quelle sorte est la substance de l'âme. Parla matière, il entend ce qui en soi n'est pas déterminé, ce qui reçoit les contraires et ce qui n'est qu'en puissance. La forme est ce qui fait qu'un être est ce qu'il est et non pas un autre ; elle est son essence même, elle est en acte et non en puissance. C'est une réalité complète, achevée,

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