‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 44 sur 189 · Livre II, chap. i · texte numérisé non relu

Livre II, chap. i

ÂRISTOTE. loi

qui n'est susceptible ni de plus ni de moins. Enfin le composé, c'est le corps naturel qui résulte de la combinaison de la forme et de la matière, c'est l'animal lui-même. À quel titre l'âme est-elle une substance, ou, en d'autres termes, de ces trois éléments quel est celui qui joue le rôle dame? Ce n'est pas le composé, car l'âme de l'homme n'est pas l'homme lui-même, elle n'est pas l'homme tout entier; ce n'est pas non plus la matière, qui est indéterminée, qui est la même chez tous. Évidemment, le corps est la matière, la forme est l'âme. C'est en qualité de forme que l'âme est substance; l'âme est donc une substance formelle.

Mais, de même qu'il y a plusieurs sortes de substances, il y a aussi plusieurs sortes de formes; faisons encore ici avec Aristote de nouvelles distinctions. L'âme n'est pas une forme pure, séparée de toute matière, comme Dieu ; ce n'est pas non plus la forme des œuvres de l'art, qui dépend du caprice de l'artiste, qui perpétuellement est menacée de dégradation par les causes naturelles. L'âme est la forme, non d'un corps artificiel, mais d'un corps naturel, non pas de tout corps naturel, d'un minéral, par exemple, mais d'un corps ayant la vie en puissance, d'un corps organisé, quelle que soit d'ailleurs la simplicité de ses organes. Mais en vain un corps a-t-il toutes ses parties disposées pour les fonctions vitales, en vain a-t-il des organes, ce n'est qu'un cadavre, tant que lui manque l'acte même de la vie, tant que l'âme n'est pas encore survenue ; l'âme une fois présente, et la vie avec elle, alors rien ne lui manque, alors seulement il a sa réalité suprême, sa perfection complète.

L'âme est donc la forme ou l'achèvement, la perfection, la réalisation complète d'un corps naturel organique, c'est-à-dire disposé pour recevoir la vie ou ayant la vie en puissance. C'est là ce qu'Âristote exprime par le mot célèbre d'entéléchie, que Leibniz donnera aussi à ses monades, pour marquer leur affinité avec la doctrine d'Àristote. On a maintenant toutes les explications nécessaires pour l'intelligence de cette célèbre définition de l'âme en général, définition dont les termes ont exercé la sagacité et la subtilité de tant de milliers de commentateurs. L'âme, selon Aristote, est l'entéléchie première d'un corps naturel organisé ayant la vie en puissance : tl 8y) tl xôtvbv i%\ 7uàsY)ç (fvxfâ

Pourquoi la première entéléchie? C'est qu'entéléchie peut signifier soit le principe même, soit seulement l'acte de la vie; or, Aristote veut marquer que c'est au premier sens, c'est-à-dire en tant que principe de la vie, que l'âme est entéléchie du corps.

L'idée d'achèvement est dans le mot d'entéléchie, mais aussi en même temps l'idée de tout ce qui concourt à cet achèvement, depuis le commencement jusqu'à la fin. Le mot forme, par où Aristote exprime, de la manière la plus générale, le rapport de l'âme avec le corps, pourrait aussi donner lieu à équivoque. Est-ce la forme extérieure et l'empreinte, ou ce qui donne cette forme et marque cette empreinte, ce qui esl informé, ou ce qui informe ? Il nous semble certain qu'Aristote l'entend au second sens, c'est-à-dire

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