‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 48 sur 189 · LES STOÏCIENS. I I I · texte numérisé non relu

LES STOÏCIENS. I I I

parce qu'il se rattache à l'idée panthéistique d'une force universelle, d'une âme unique animant la nature entière. Il a son origine dans une conception de la nature universelle plutôt que dans l'observation de la nature humaine 1. On sait que l'idée d'énergie, de tension ou de force en action, est le fondement de leur philosophie. Les stoïciens ramenaient tout dans l'univers à la force, mais à une force unique et matérielle, parce que, suivant eux, il n'y a point d'action, pas plus que de passion, sans un corps qui l'exerce ou qui la subisse. Cette force unique est le principe dirigeant, d'où tout sort et se développe dans la nature, cohésion, vie végétative, vie animale, et même l'intelligence et la volonté. Ce ne sont qu'états et degrés divers de cette même force, compris les uns dans les autres, et s'expliquant les uns par les autres, la cohésion par la vie végétative, la vie végétative par la vie animale et la vie animale par l'intelligence.

Leur psychologie est l'image en raccourci de cette philosophie de la nature. En voici un résumé, d'après les fragments du Traité de tome de Chrysippe, conservés par Galien, dans son Parallèle des dogmes de Platon et dHippocrate \ Tous les phénomènes psy- • biologiques, suivant Chrysippe, se ramènent à une force dominante, dont la nature est l'air ou le souffle et dont le siège est le cœur. Ce principe directeur se

1. Ces fragments sont analysés et discutés dans le Mémoire de M. Chauvet que nous avons déjà cité.

2. Nous avons consulté Yllistuire de la philosophie ancienne, de Hitter ; le mémoire de M. Uavaisson sur le Sto'insrne; le mémoire de M. Chauvet sur la Psychologie de Galien. Caen, 1861;

répand du centre aux extrémités, comme un courant vivifiant; il s'étend, semblable aux bras d'un polype, vers les organes des sens et le reste du corps. L'âme est une unité indistincte, .d'où sortent et où se perdent et se confondent toutes les facultés secondaires et les puissances les plus diverses.

C'est la même force qui, suivant les organes par lesquels elle agit, devient le souffle optique, le souffle acoustique, le souffle des organes de la génération, le souffle des organes de la voix, etc. Ainsi les stoïciens faisaient dériver toutes les fonctions des sens et de la vie de ce principe unique qui se répand dans tout le corps et se divise en huit parties ou facultés d'après les principaux organes par où il se manifeste? sans qu'aucune distinction pénètre dans son essence même. Selon Platon, l'âme est Tp^spyjç ; selon les stoïciens, elle est èxTajjispifjç; ce qui ne veut nullement dire qu'ils aient mis huit âmes dans l'homme.

Il ne semble pas qu'il faille attacher beaucoup d'importance à la distinction de deux âmes par les épicuriens et par Lucrèce leur interprète. En effet, ces deux âmes anima et animus, toutes deux composées d'atomes subtils, manquent d'une essence propre, ne différant l'une de l'autre que par le siège qu'elles occupent dans le corps et par le degré de subtilité des atomes. Al anima n'est que la partie de Yanimus qui ne résidant pas dans la tête, est répandue dans tout

1. Les stoïciens romains, tout en conservant l'unité de l'âme, traduisirent ^«pn par membra. « Tum de animo cœpit inquirere unde esset, ubi, quamdiu, in quot membra divisus. » Senec, Epis t. xc.

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