‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 54 sur 189 · Voir l'introduction de M. Bouillet, p. 96 et · texte numérisé non relu

Voir l'introduction de M. Bouillet, p. 96 et

5. Philon est cité comme partisan de deux âmes par un certain nombre d'auteurs de la fin du moyen âge, entre autres par Toletus, dans son commentaire sur le Traité de l'âme. Servius est de ceux qui ont

qui aient pris parti pour la pluralité des âmes dans l'homme. Plutarque, dans son traité sur la vertu morale, semble conclure de la contrariété des sentiments de l'homme l'existence de deux âmes de nature différente, argument que nous retrouverons dans les temps modernes. Jean Philopon, clans son commentaire peu exact du Traité de Vâme, convertit, de même que Simplicius, les diverses puissances attribuées par Aristote à une seule et même âme, en trois âmes, l'âme végétative, l'âme animale, l'âme raisonnable, chacune avec une substance particulière. Quant à l'unité de l'âme, nécessaire à l'unité de l'homme, elle résulte, suivant lui, de l'harmonie, de la sympathie constante de ces trois âmes et de la subordination à l'âme raisonnable des deux âmes inférieures, qui sont comme ses instruments ; c^xaBsia, voilà le lien merveilleux qui les ramène à l'unité. Ainsi, dit-il, on considère l'âme et le corps comme une unité, bien qu'ils ne soient pas un réellement, à cause de leur harmonie1. C'est sur l'autorité de Philopon que s'appuieront, au moyen âge, la plupart des partisans de la pluralité des âmes.

interprété les doctrines de Platon et d' Aristote dans le sens de la pluralité des âmes. Aussi, dans son commentaire du sixième livre de YÉnéide, il donne généreusement à Anchise quatre âmes dans le ciel et quatre ombres dans les enfers,

1. 'EjîjTTTsa ykù nrpovsfcfç <r»ç loytKïiç m aXoyoç, rîç <fs ètKoyov à

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Les Pères de l'Église.

Les Pères de l'Église. — Abus de leur autorité et fausse interprétation de leur doctrine par l'école de Montpellier. — Prétendus textes de saint Paul en faveur du duodynamisme. — Sentiment commun des Pères de l'Eglise favorable à l'unité de l'âme humaine. — Saint Grégoire de Nysse. — La nature humaine constituée par une âme unique et non par un assemblage de plusieurs âmes. — * Image de la génération des diverses énergies de l'âme. — Saint Basile. — Saint Chrysostome. — Symbole de saint Athanase — Saint Jean Damascène. — Pères de l'Eglise latine. — Tertullien. — Animisme de saint Augustin. — Argument de l'identité de l'âme et de la vie en faveur de l'immortalité. — Définition de l'âme. — La vivification premier degré de l'âme. — C'est la môme âme qui par sept degrés s'élève de la vie végétative jusqu'à la vision de Dieu. — Polémique de saint Augustin contre les deux âmes des Manichéens.

On a vu que la philosophie ancienne, sous la double influence de Platon et d'Aristote, s'est prononcée à peu près tout entière en faveur de l'identité de l'âme et de la vie.

Les noms et l'autorité des Pères de l'Église ont été si souvent, de même qu'Ilippoerate, invoqués en sens contraire, que nous croyons bien faire de nous arrêter, quelques instants, à rechercher quel a été leur vrai sentiment, sans cependant y attacher la même importance que les partisans de Stahl ou de Barthez.

Il s'agit tout simplement pour nous d'un point d'histoire à éclaircir. Au patronage d'Hippocrate l'école de Montpellier voudrait joindre celui des apôtres et des Pères de l'Église, pour faire sans doute du double dynamisme, non-seulement un dogme médical, mais un dogme théologique. Parcourez les ouvrages de M. Lordat et de ses disciples, à chaque page vous rencontrez, en faveur d'une âme purement vitale, ou d'une seconde âme inférieure à l'âme raisonnable, des citations de saint Paul, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, de saint Augustin. A les croire sur parole, ils auraient pour eux tous les apôtres, tous les Pères de l'Église, toute la théologie chrétienne, et l'animisme ne serait rien moins qu'une hérésie au premier chef. Détruisons leur illusion, rétablissons, comme il est facile, le véritable sens des doctrines et des traditions qu'ils font, si maladroitement pour eux, intervenir dans une discussion purement scientifique.

Commençons par saint Paul que les duodynamistes, anciens 1 et modernes, se plaisent à citer en leur faveur. Il faut bien de la bonne volonté pour voir deux âmes, avec M. Lordat, dans les passages où l'Apôtre oppose l'esprit et la chair, l'homme nouveau et le vieil homme, la loi de l'entendement et la loi des membres, comme si cette opposition n'existait pas au sein d'une seule et même âme sollicitée par des motifs divers. Nous ne pouvons donner un autre sens à ce fameux

1. Manès, qu'on nous pardonne ce rapprochement qui, de notre part, n'a rien de bien dangereux, invoquait aussi l'autorité de saint Paul en faveur de sa doctrine de deux âmes dans l'homme. (Voir Y Histoire des dogmes des Manichéens , par Beausobre, liv. VIT, chap. i.)

verset de l'épître aux Romains (vu, 23) : « Video aliam (( legem in membris meis repugnantcm legi mentis « meœ. » Nous ne pensons pas qu'il soit fait davantage allusion à la séparation du principe vital d'avec l'âme dans cet autre passage, où saint Paul dit de la parole divine : « Vivus est sermo Dei, et efficax, et pénétraa bilior omni gladio ancipiti, et pertingens usque ad (( divisionem animac et spiritus. » {Ep. ad Hebrœos, iv, 12). L'apôtre ne veut-il pas dire seulement que Ja parole divine pénètre jusqu'à ce fond de l'âme qui est la racine commune de la vie et de la pensée?

On invoque encore contre l'animisme cet autre passage : a Ut integer spiritus vester, et anima, et corpus. . . servetur. » {Ep. ad Thessalonice?ises, v, 23.) Mais si saint Paul distingue anima et spiritus, rien ne prouve qu'il les sépare. Ce qu'il entend par spiritus est la partie la plus élevée de l'âme, mais non une âme à part. Telle est l'interprétation qu'en donnent saint Grégoire de Nysse, saint Augustin 1 et Estius, un des commentateurs les plus autorisés de saint Paul2. Selon Estius, anima et spiritus ne sont que des points de vue divers sous lesquels on peut considérer l'âme.

Non-seulement il faut que le duodynamisme re- .

1. De anima et ejns origine, lib. IV, cap. xxn, t. XII de l'édition M igné.

2. Est autem eadera res anima, a quo dicitur corpus animale, et spiritus, a quo dicitur spirituale. Sed in anima, secundum morem Scripturae, solet intelligi vita vegetabilis, in spiritu nuda vis operaliva ; ut videlicet anima accipiat appellationem spiritus, quatenus per se et sine externo subsidio, conservât, movet ac régit corpus vivens. (Comme?itariï,cap.xv, Epistolse primœ ad Corinthios.) — Notons que M. Lordat fait aussi d'Estius, comme de saint Paul, un double dynamiste.

nonce à P autorité de saint Paul, mais qu'il se résigne à reconnaître pour des adversaires tous les principaux Pères de l'Église grecque et de l'Église latine, sauf de rares exceptions1. Soit qu'ils commentent le passage de la Genèse sur la création de l'homme, soit qu'ils aient en vue le dogme de la résurrection, soit qu'ils combattent les Manichéens, ils s'accordent, d'après Suarès, dans cette doctrine, que l'âme raisonnable est la forme du corps et qu'elle la vivifie2. Nous sommes d'ailleurs en mesure de prouver par des textes la vérité de ce témoignage.

(( Le grand saint Grégoire de Nysse, nous dit M. Lordat, le Père des Pères, a enseigné une anthropologie

1. Nous citerons, parmi ces exceptions, saint Clément d'Alexandrie, qui, dans les Stromates, liv. VI, chap. xvi, met au nombre des parties essentielles de l'homme, non-seulement son corps, mais aussi son âme charnelle (ç-a^tatT**» 4/UX^» wevp** xo^ov, o-^Kinh) qu'il oppose, à ce qu'il semble, comme une autre substance, à l'âme raisonnable (xoyiK» ^vx»-, vovç). Nous ne sommes cependant nullement assuré que saint Clément d'Alexandrie en fasse réellement des âmes diverses. Origène aussi, dans ses Principes, semble considérer comme un être à part une âme sensible et. corporelle qui sert d'intermédiaire entre ce qui, dans l'homme, est appelé l'esprit de Dieu (irviv/ma.) et le corps. La raison ou l'esprit, l'âme corporelle et la chair, tels sont, suivant Origène, les trois éléments essentiels dont l'homme est composé. On peut encore citer Tatien, qui met dans l'homme deux esprits, dont l'un s'appelle âme, et l'autre, plus excellent que l'âme, qui est à l'image de Dieu. (Orat. contra gent.) La doctrine de *a pluralité des âmes se trouve chez les Manichéens, les Basilidiens et en général chez tous les Gnostiques. Basilide admettait autant d'âmes qu'il y a de formes et d'espèces de passions.

2. Hœc est communis sententia Patrum quam potius ut notam supponunt, quam illam specialiter disputant aut confirmant. Nam imprimis exponentes hominis creationem et verba illa : Inspiravit in faciem ejus spiracnlum vitae, et factus est homo in animant viventem, dicunt rationalem animam viviticare corpus humanum, inique tanquam veram ejus formam, qua ingrediente, vivificatur, recedente, moritur, redeunte, resurgit. (Tractatns de anima, lib. L cap. xn, in vol. III édil. Vend., 1740, en 23 vol. in-fol.)

semblable à la nôtre '. )) Nous niions droit, pour en chercher la preuve, au chapitre indiqué du Traité de la formation de l'homme 2, et nous y trouvons tout le contraire. Selon saint Grégoire de Nysse, il y a trois grandes divisions à établir dans la puissance vitale, ÇomxYî oùva^tç : 1° la vie nutritive, mais dépourvue de sentiment; 2° la vie à la fois sensitive et nutritive; 3° la vie raisonnable qui est parfaite, .c'est-à-dire, qui comprend, en même temps que la raison, la nutrition et le sentiment. Mais que personne en raison de cela, ajoute saint Grégoire de Nysse, n'aille supposer que dans le composé humain il entre trois âmes, circonscrites dans des limites déterminées, en sorte que la nature humaine serait un assemblage de plusieurs âmes. L'âme vraie et parfaite est aussi une par sa nature \ Il est impossible, à ce qu'il nous semble, de se prononcer d'une manière plus explicite en faveur d'une âme unique. C'est la doctrine que saint Grégoire soutient, non-seulement dans le Traité de la formation de V homme, mais dans le Dialogue sur Pâme et la résurrection, où il attaque, chez Platon et chez Origène, la doctrine contraire de la pluralité des âmes et où il interprète saint Paul comme nous venons de le faire. Anima, spiritus et corpus, selon saint Grégoire de Nysse, ne signifient pas, dans saint

1. Réponses aux objections contre la dualité du dynamisme humain , p. 37.

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