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Paul, trois substances différentes, mais trois degrés de vie que Dieu a mis dans l'homme. Enfin, comme Àristote, il place parmi les facultés de l'âme, avec l'intelligence et la sensibilité, la faculté nutritive.
Voici, d'ailleurs, l'image ingénieuse par laquelle il rend sensible sa pensée sur l'ordre et la génération de ces diverses énergies. L'énergie nutritive, antérieure h toutes les autres, est comme la racine de la plante cachée dans le sein de la terre, qui, malgré sa faiblesse, suffît à nourrir la plante tout entière. La plante se met à croître et montre sa tige au soleil, alors aussi commence à se montrer, comme une fleur, la grâce de la sensibilité. La plante atteint enfin une grandeur convenable ; l'énergie intellectuelle brille alors, comme un fruit proportionné au développement du corps, dont les organes vont lui servir d'instrument et marquer ses progrès1. Ainsi, comme une plante, qui se développe depuis la racine jusqu'au fruit, l'âme se développe depuis l'énergie vitale jusqu'à la raison.
Selon saint Basile, comme selon saint Grégoire de Nysse, vie et intelligence ne sont que la double puissance d'une seule et même âme. Il suffit, pour s'en assurer, de lire le chapitre n des Constitutions monastiques intitulé : « Comment il faut modérer les pensées de l'âme, et que le corps n'est pas un mal, comme quelques-uns l'ont conjecturé. » Wuyjj et voue, lie sont pas, dit-il, comme quelque chose d'autre dans un autre, mais une seule et même chose, la puis-
1. Uip\ KATTQKevn^kvQ puirov , 29. Consulter la thèse de M. l'abbé Bouëdron, Sur les doctrines psychologiques de saint Grégoire de Nysse, Nantes, 1861.
sauce raisonnable étant naturelle h ruine, <l<jyfh et non pas adventice. L'âme fait jaillir, pour ainsi dire de son fond, à un moment donné, cette puissance raisonnable qui a été, dès l'origine, déposée en elle par la sainte Trinité dont elle est l'ouvrage.
Avec la puissance raisonnable, qui sort de son essence même, l'âme comprend la puissance vitale :
xffe ajTr^ Orapyouar;;, ty;v [xév Ttva tcu aco^aTo; Ç<otwÏ)V, fjv Se xal XoYtaTiy.Y]Y) ovo^aÇo^ev. Il ajoute que la puissance vitale pénétrant le corps intimement, l'âme, en vertu de cette union, le régit naturellement, sans l'intelligence et la réflexion. De même, dit-il, qu'il n'est pas possible que le soleil n'éclaire pas tout ce que frappent ses rayons, de même il est impossible que l'âme ne vivifie pas le corps auquel elle est jointe l. Saint Chrysostome, dans son commentaire sur la création de l'homme, dit que la puissance vitale est l'essence de l'âme : IIpbTspov ài:o tou yobç to c&^a cr^oupYstTat %d\
Citons, dans la traduction latine, un passage du symbole d'Athanase, dont l'importance est grande au point de vue théologique : « Fides autem catholica « hœc est... Perfectus homo ex anima rationali et hu- (( mana carne subsistens... Sicut anima rationalis et (( caro unus est homo ; ita Deus et homo unus est
1. Voir le tome III des Œuvres de saint Basile. Paris, 1637, .'1 vol. in-folio.
2, Mom. xiii in Genesim. Édit. Gaume, vol. III, p. 121. Paris. 18;]:;.
(( Christus. » Il n'y a donc pas autre chose clans l'homme que l'âme raisonnable et le corps \
A ces Pères de l'Eglise grecque nous ajouterons saint Jean Damascène, en remontant jusqu'au huitième siècle, pour témoigner de la continuité de la même tradition et de la même doctrine. Saint Jean Damascène se prononce d'une manière non moins explicite en faveur de l'animisme. L'âme, anima, n'a point, dit-il, d'intelligence qui soit autre qu'elle-même, et l'intelligence n'en est que la partie la plus pure : « Jam vero anima (( est viva, simplex ac corpore vacans substantia, cor- « poreorum oculorum sensum suapte natur^ fugiens, (( immortalis, rationalis et intelligentiac particeps, « figurse expers, organico corpore utens, eique vitam, a incrementum, sensum et gignendi vim tribuens, (( non aliam sejunctam a se mentem habens ; mens (( quippe nihil aliud est quain purissima ipsius pars ; <( quod enim oculus in corpore, hoc mens est in (( anima 2. »
Comme les Pères de l'Eglise grecque, les Pères de l'Église latine se sont en général prononcés en faveur d une âme, principe unique de la vie et de la pensée. Lactance, il est vrai, déclare inextricable la question de savoir si l'âme et l'esprit, anima et animas, sont une seule et même chose : ce Sequitur alia, et ipsa (( inextricabilis quaostio, idemne sit anima, et ani- « mus; an vero aliud sit illud quo vivimus, aliud
1. Ce passage est eité par Suarès, Tractatus de anima, lit». I, cap. xii. Le P. Ventura n'a pas manqué de l'opposer à M. Lord al pour prouver que le duodynnmisme e^l une hérésie.