De quantitate animœ^ cap. xiu
13) CHAPITRE VI f.
sensitive est commune à l'homme et à l'animal. Mais en montant un nouveau degré, nous arrivons à la vie intellectuelle, au raisonnement qui est le propre de l'homme.
Au-dessus de l'intelligence, saint Augustin admet encore quatre degrés, dont le dernier est la vision contemplative de Dieu et le pur amour \ Nous n'avons pas à l'accompagner jusqu'au terme de cette purification et de cette ascension de l'âme ; il importe seulement pour nous de remarquer, que ce ne sont pas des âmes successives, mai^ la même âme qui s'est ainsi élevée de la vie végétative jusqu'à la vision de Dieu, la même âme comprenant également en elle toutes ces puissances si diverses, si inégales en dignité, depuis celles qui sont communes à tous les hommes jusqu'à celles qui sont le privilège des saints \
1. Habei septem actionis gracias quibus vires suas et potentiam ostendit. (Ibid.) — Ces sept degrés ont été énumérésen vers latins au moyen âge :
Vis animai septem proprios sibi vindicat aclus : Vivilicat, sentit, varias amplectitiu artes, eU\
% Voici encore d'autres passages qui confirment, s'il était nécessaire, l'animisme de saint Augustin. Expliquant ce texte de la Genèse : Non feriamus eu m in animam,, il dit : « Hoc loco nomine animas vitam corporis animati significat, per efficientem id quod effîcitur. (Locutiones de Genesi in xxxvu, 22e édit. Gaume, t. IV.) Voici comment il interprète ces paroles du Psalmiste : Misit saturitatem in animam eorum : Non est jlla saturitas de qua dicitur : Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam, quoniam ipsi saturabuntur. Itaque hoc loco animam non secundum id quod rationalis est dixit, sed secundum id quod animans corpus animal facit. (Enarratio in psalmum cxv, édit. Gaume, t. IV.) Il dit ailleurs : Hoc corpus inspirata anima régit, eademque rationalis. De Trinitatc, liv. III, cap. II;
LES PÉRÈS DE L'ÊGMSfi. 1M
Les deu\ âmes des Manichéens, que saint Augustin a si virement combattus1, ne correspondent pas, il est vrai, exactement aux deux âmes, l'une purement vitale, l'autre purement intelligente des duodyimmistes. C'étaient deux âmes, toutes deux intelligentes, à un certain degré, l'une dérivant du bon, l'autre du mauvais principe ; l'une se servant de l'intelligence pour le bien, l'autre pour le mal. Mais par toute cette polémique, on voit mieux encore que saint Augustin n'admet en aucune sorte deux âmes dans l'homme, pas plus au sens de Barthez qu'au sens des Manichéens. D'ailleurs, un de ses principaux arguments contre les Manichéens, c'est que toute âme, étant vie, ne peut dériver que de Dieu, source de toute vie : anima omnis, cum vita quœdam sit, non nisi a Deo vitœ fonte esse potest2.
Enfin saint Augustin, comme le fera Stahl, attribue à l'âme seule les maladies du corps : ce una corporis facit morbidas perturbationes 3.
Ainsi il ne peut y avoir aucun doute sur le sentiment, des Pères de l'Église en général, et de saint Augustin
L De duabus animis contra Miïnichœos, lib. L, t. VIII de l'édition Migne.