L ANIMISMK AU MOYEN ÂGE
Cassiodore, dans son Trait/' do, Vâme^ attribue a l'âmé les mêmes fonctions vitales que saint Augustin : tota est ergo anima in partibus suis, nec alibi minor, alibi major est ; sed alicubi intentius, alicubi remissius, ubique tamen vitali intentione porrigitur. Colligit corpus in unimi atque copulat; membra non sinit fluere, nec contabescere, quse vitali vigore custodit, alimenta compctentia ubique dispergit, congruentiam in eis modumque conservans.
Le langage un peu équivoque de Bôëee, dans son Traité des divisions, pouvait donner à penser qu'il avait distingué plusieurs âmes, et non pas diverses puissances d'une âme unique; mais Àbélard soutient qu'il faut l'interpréter dans le dernier sens et ne veut pas qu'on soupçonne Boëce de double ou de triple dynamisme \
Àbélard est donc un partisan de l'unité de la forme. Après avoir traité de la division selon les parties, il passe, dans sa Dialectique, k la division selon la forme, dont il donne pour exemple la division de Pâme en ses trois puissances : cum animam tribus potentiis partimur, potentia scilicet vegetandi, sentiendi, discernendi, quarum quidem in plantis unam tantum
Irouve à l'appendice du tome VIII de l'édition de saint Augustin par les Bénédictins, et à la fin du tome X de l'édition Migne.
1. « Sed nunc etiam verba quibus bujusmodi dlvisionem protulit inspiciamus : « Et animée, inquit, alia pars in virgultis, alia in anima- Hbus ; et ejiis quae est in animalibus, alia rationalis, alia sensibilis, el rursus hœc aliis divisionibus dissipantur. » Cum dixerit anima1 partem aliam esse in virgaltis, aliam in animalibus, partes non in speciebus anima?, sed in potentiis sunt accipienda\ (Dialectica? pars quinta, liber Divisionum et définitionum.) Ouvrages inédits d 'Abélard, édit. Cousin. Paris, 1836, in-4°. p. 472.
13(i CHAPITRE VIII.
exercet, quœ est \egetabilitas, secundum quam crescunt; in animalibus autem cluas, eamdera scilicet et sensibilitatem ; in homine vero très simul continet, id est, consilium cum superioribus, scilicet rationalitatem1. Parmi ces diverses puissances la puissance végétative seule est inhérente à l'essence même de l'âme, tandis que les deux autres ne sont inhérentes qu'à certaines sortes d'âmes, la sensibilité à l'âme de l'animal, la rationalité à l'âme de l'homme.
Héloïse, de même qu'Abélard, ne croit pas à l'existence de deux esprits dans l'homme. Pour l'interprétation de ce passage de l'Epître de saint Paul aux Thessaloniciens (1,'v, 23): « ipse autem Deus pacis sanctifîcet vos per omnia, ut integer spiritus vester, et anima et corpus sine querela in adventu Jesu Christi servetur, )) elle consulte Abélard : Qu'est-ce que l'esprit et qu'est-ce que l'âme? L'âme n'est-elle donc pas l'esprit, ou bien y a-t-il deux esprits dans l'homme2?
Abélard répond à Héloïse que l'Apôtre, par spiritus, a entendu la raison, par anima, la volonté, qui sont des facultés d'une seule et même âme, et nullement deux âmes différentes 3.
Pour Hugues de Saint-Victor, comme pour Abélard,
1. Non s pouvons encore mentionner ici Isidore de Séville qui dit de l'âme : « Pro efficientiis causarum diverse nomina sortita est anima. Nam et memoria mens est ; dum ergo vivificat corpus anima est, etc. (Originum liber, lib. XI, cap . i.)
2 . « Quid est spiritns et anima, tanquam anima non sit spiritus, aut duo spiritus sint in homine. » Opéra Pétri Abœlardi, édit. Cousin, 2 vol. in-4°, Problema Helo ssœ 28, t. I, p. 276.
3. Solutio Abaelardi. — Spiritum pro ratione, hoc est animi discrétion©, hoc loco ponit Apostolus, sicut et ibi : Spiritus ad versus carnem. Talc est ergo, Integer sit spiritus vester, hoc est ratio ita