Çhifpst. 70, art
l'animismj: ai; MOYEN AGE. U3
unie au corps, non pour son mal et pour son chàliment, mais pour son bien1.
Selon saint Thomas, la doctrine qui fait de l'âme la forme du corps, non-seulement n'a pas d'inconvénients, mais offre les plus grands avantages, comparée à la doctrine platonicienne, d'après laquelle l'âme n'est que le moteur, et non la forme du corps. D'abord il est inutile d'imaginer, comme dans l'hypothèse de Platon, des intermédiaires, substantiels ou accidentels, entre l'âme et le corps ; l'âme et le corps deviennent inséparables l'un de l'autre et n'existent que par leur union nécessaire. Entre l'âme et le corps il n'est pas plus besoin d'intermédiaire, qu'entre la cire et la figure. Si on les disjoint pour introduire entre eux un moyen terme, quel qu'il soit, l'être humain devient impossible. Comment pourrait-il y avoir plusieurs âmes différentes en essence dans le corps de l'homme? L'âme est une, et non multiple; c'est un point qui, aux yeux de saint Thomas, est de la plus grande importance et sur lequel il insiste partout avec une
L « Sic crgo patet quod propter melius animée est ut ea corporë luiiatur^ » et ailleurs : u Est igitur contra naturam anima? sine corpore esse. » (Contra. Gentil., lib. IV, caput vin.) L'école dominicaine, en général, a considéré de la même manière l'union de l'âme avec le corps- Bernard de Trilia, cité par M. Hauréau, np veut pas qu'on dise que l'âme, pour connaître la vérité, est obligée de se dégager des ténèbres du corps : Quia ex hac opinione sequitur quod unio animée ad corpus non sit naturalis : nam quod est naturale alicui non impedit propriam operationem vel perfectionem : intelligere autem est propria operatio et perfectio anima? rationalis. Si igitur unio corporis impedit naturalem notitiam animae, non erit naturale animae corpori uniri> sed contra naturam, et ita homo qui constituitur ex unione anima? ad corpus non erit aliqnid naturale; quod est absurdum. ,
grande force d'observation, de logique et de bon sens1.
C'est en considérant l'âme simplement comme le premier moteur du corps que Platon, selon saint Thomas, a été conduit à la doctrine de plusieurs âmes.
On peut concevoir plusieurs moteurs agissant sur un même mobile, mais non plusieurs formes substantielles dans un même être. La forme étant ce qui constitue l'unité d'un être, l'homme cesserait d'être un, s'il était en puissance de plusieurs formes. Supposez qu'il tienne la vie d'une âme végétative, l'animalité d'une âme sensitive, l'humanité d'une âme raisonnable, il ne serait plus un, mais triple. En effet, dit saint Thomas, d'après Aristote, en quoi ces âmes seront-elles contenues, comment seront-elles ramenées à l'unité? Dira-t-on que c'est par L'unité du corps? Mais c'est plutôt l'âme qui donne l'unité au corps que le corps à l'âme. Socrate est animal, il est homme, en un mot, il est tout ce qu'il est, par une seule et même âme, et non par plusieurs.
Otez cette âme unique, le corps n'est plus en acte d'aucune manière; plus d'intelligence, plus de sensibilité et même de végétalité, tout s'évanouit. Nulle chose, d'ailleurs, n'est un être qu'en tant qu'elle est une ; s'il y avait deux âmes dans l'homme, l'homme ne serait pas un être véritable, mais seulement un être par accident 1 .