SAINT THOMAS
On voit qu'une opération de l'âme trop étendue en empêche une autre ; en serait-il ainsi si le principe de toutes ces opérations n'était pas le même 1 ?
11 ne peut donc y avoir qu'une âme unique dans l'homme, l'âme intellective, unie au corps, non par le moyen d'un corps quelconque, mais immédiatement, comme la forme à la matière. Il reste à savoir comment, à elle seule, cette âme remplit tous ces offices divers que d'autres philosophes ont attribués à différentes âmes ; comment elle est à la fois intellective, sensitive et nutritive. En considérant le rapport qu'ont entre elles les formes diverses qu'embrasse la nature, il n'est pas impossible de s'en faire une idée. Ces formes diffèrent les unes des autres par le plus ou le moins de perfection ; les choses animées sont plus parfaites que les choses inanimées, les animaux plus parfaits que les plantes, l'homme que les animaux. Comme Àristote, saint Thomas compare ces formes des choses aux nombres qui diffèrent en espèce, les uns des autres, uniquement par addition ou par soustraction de l'unité, ou encore à des polygones dont l'un contient l'autre, comme le pentagone le tétragone, et le tétragone le triangle2. Ainsi les formes supérieures contiennent et résument, en le dépassant, tout ce qui est dans les formes inférieures ; ainsi l'âme intellective contient, dans sa virtualité, tout ce qu'enferment l'âme sensitive des brutes et l'âme végétative des plantes, en ajoutant aux fonctions de ces deux sortes d'âmes les fonctions supérieures qui lui sont propres.