‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 68 sur 189 · Ibid., qiuest. 76, art · texte numérisé non relu

Ibid., qiuest. 76, art

ii'i CHAPITRE VIII.

Gomment, dans l'animal et dans l'homme, s'opère cette succession, ce passage d'une forme plus parfaite à une forme plus imparfaite? Les opérations de la vie, se nourrir, croître, sentir, ne peuvent avoir lieu par un principe extrinsèque : Pâme, selon saint Thomas, a donc dû préexister dans l'embryon, d'abord en qualité d'âme purement nutritive, puis dame sensitive. avant de ^'élever dans L'homme à la dignité d'âme raisonnable. Mais comment l'àme franchit-elle ces divers degrés? Suivant les uns, par-dessus l'àme nutritive, serait venue une autre àme, l ame sensitiv: puis, par-dessus Pâme sensitive, une troisième àme. Pâme intellective. ce qui. ferait trois âmes Superposées dans Phomme. Suivant d'autres, ee serait la même àme. d'abord purement végétative, qui, en se développant, deviendrait àme sensitive. puis enfin àme intellective, non pas par la vertu de la semence, mais par la vertu d'un agent supérieur, de Dieu Pilluminant du dehors.

Cette seconde opinion, comme la première, est rejetee par saint Thomas. Pas plus que la superposition de trois âmes, il n'admet cette promotion successif d'une âme, toujours substantiellement la même, à des degrés de perfection si distants les uns des autre-. De même que l'addition d'une unité fait un nombre nouveau, de même un degré supérieur de perfection doit constituer une nouvelle espèce, une nouvelle forme dans les êtres. Voici donc la doctrine qu'il oppose à celles de la superposition des âmes et de I évolution progressive d'une àme unique.

Aucune génération d'une chose quelconque a*a lieu

SAINT THOMAS. ! m

sans la corruption d'une autre. L'avènement (rime forme plus parfaite, dans l'homme comme dans l'animal, a poiir condition la corruption de ta forme précédente ; de telle sorte cependant, que toujours la forme qui suit renferme ce que possédai! celle qui précède, plus un degré supérieur de perfection. Dans fhomiM et dans les animaux, on ne parvient à une dernière forme substantielle, plus parfaite que toutes hs autres, qu'à travers une série de générations e1 de corruptions de toutes tes formes précédentes. Ainsi, lorsque lame intellective, qui contient tout ce qu'il y a dans les âmes purement végétatives ou gensitives, plus une perfection nouvelle, est créée par Dieu, à un. moment donné, l'âme sensitive se corrompt, et s'anéantit tout h coup, pour faire place à cette âme nouvelle 2. Donc, d'après saint Thomas, l'âme intellective qui est actuellement en nous, diffère non-seulement par le degré, mais par la substance, de l'âme végétative qui animait l'embryon, et aussi de l'âme sensitive qui lui a succédé ; c'est une âme toute nouvelle qui n'est apparue qu'à la condition de l'anéanti s-e menl des deux âmes inférieures, lesquelles, chacune à leur tour, ont exclusivement présidé aux premiers développements de l'être humain.

Cette corruption et génération successive- de ces âmes diverses nous semblent très-sensément coin-

l. Anima vegetabilis, qusc primo inest cuni embryo vivit vît|t plantae, corrumpitur, et succedit anima perfectior quœ est nutritive et sensitiva simul. Et tune embryo vivit vita animali. Hac autem corrupta, succedit anima rationalis ab extrinseco immissa, licet précédentes fuerint virtutc semkiis.» [Contra Gentil. y\\b. II, caputLîx.)Voir aussi Summâ theol,, pars prima, qua si. 118, art. ï.

battues par un célèbre docteur contemporain, Vincent de Beauvais. Comment croire, dit-il, que, lorsque l'organisation est complète, au moment même où les fonctions végétatives et sensitives s'exercent avec le plus d'énergie, ces âmes se corrompent et s'anéantissent? Voit-on d'ailleurs, dans leur essence, aucune raison d'une pareille corruption 1 ? A cette même doctrine, reproduite par Cardan, Scaliger, reprochera de faire naître et mourir trois fois l'enfant. Ajoutons qu'une doctrine si meurtrière pour les âmes semble compromettre l'immortalité de l'âme intellective elle-même. Toutefois, pour ne pas juger ici saint Thomas trop sévèrement, il faut ne pas perdre de vue que ces âmes, purement végétatives et sensitives, n'ayant aucune action qui ne leur soit commune avec le corps, ne sont pas pour lui véritablement des âmes 2, quoiqu'il leur en donne le nom, parce qu'elles ne sauraient être quelque chose de subsistant par soi-même. L'âme n'est une vraie substance qu'à la condition d'exercer une action propre, qui n'ait rien de commun avec le corps; voilà, à ce qu'il nous semble, en quoi saint Thomas s'est trompé. Or, suivant nous, elle est substance à ce seul titre, à cette seule condition, qu'elle ne soit pas un effet, une résultante, une

1. « Quidam autem ponunt priores animas corrumpi, rationali adveniente et, tanquam ad tempus commissas, organisatione compléta, deficere. Sed hoc quoque non videtur probabile cum, organisatione compléta, fortius vigeant vegetativa et sensitiva, eo quod fini suo magis simt conjunctae. Denique unde esset illis deficienti ratio et causa, cum animas hujusmodi non habeant deficere, nisi ex aliqua dissolu tione, sive corruptione facta, circa earum subjecta.» {Spéculum naturale, lib. XXIV, cap. xlix.)

2. C'est aussi l'opinion de saint Augustin et d'Albert le Grand.

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