DANTE
Si nous citons des conciles, ce n'esl pas assurément (|iic nous ayons l'intention de nous abriter derrière l'autorité théologique, ni de fermer la bouche à nos adversaires au nom de l'orthodoxie, ni de faire pour notre compte un article de foi de l'animisme, cornme le P. Ventura. Il semble inutile de dire de nouveau que nous ne faisons intervenir ici les décisions de J'Iïglise que comme des documents curieux qui ont leur place dans l'histoire rie ce grand débat philosophique.
Bien avant saint Thomas, un concile œcuménique, le quatrième concile de Constantinople, avait, en 809, nnathématisé la doctrine de deux âmes dans l'homme. H est vrai qu'il avait surtout en vue l'hérésie manichéenne de deux âmes intelligentes, Tune tournée au bien, l'autre tournée au mal, l'une venant du l)on et l'autre du mauvais principe ; le onzième canon n'en déclare pas moins, d'une manière absolue, sans faire aucune exception en faveur d'une âme vitale, qu'il n'y a qu'une seule âme, l'âme raisonnable dans l'homme i.
Quant au concile œcuménique de Vienne, en 1311, il n'est point douteux qu'il ait voulu faire de l'animisme un article de foi. Voici en effet la définition de Terreur, condamnée par Clément V, au nom de ce concile : poï'ro doctrinam omnem seu positionem
1. Voici Ja traduction latine du xie canon : « Oportet anathematizare omnem qui impie ac laesis sensibiis, habere honlinem dtiâg animas opinetur j Veteri et Novo Testamento imam animam rationabilem et iiitellectualem habere hominem docente, et omnibus Deiloquis patribus et magistrls Ëccleslae eamdem opinionem asseverantîbusj ete. »
temere asserentem, aut vertentem in dubium quod substantia animœ rationalis aut intellectivae, vere ac per se humani corporis non sit forma; velut erroneam ac veritati fidei catholicse inimicam, sacro approbante concilio, reprobamus : definientes, ut si quisdam deinceps asserere, defendere, seu tenere pertinaciter prsesumpserit, quod anima rationalis seu intellectiva non sit forma corporis humani per se et essentialiter, tanquam hœreticus sit censendus.
Peu importe quelle soit l'hérésie contre laquelle cette condamnation est particulièrement dirigée, que ce soit contre les bégards ou les partisans de l'intellect d'Averrhoës, le concile n'enjoint pas moins à tous de croire que l'âme rationnelle, véritablement et par elle-même, est la forme du corps.
Le concile de Latran de 1513, qui est aussi un concile œcuménique, rappelle et consacre de nouveau la doctrine du concile de Vienne. Léon X y parle comme Clément V : Cum diebus nostris zizaniae seminator, antiquus humani generis hostis, nonnullos perniciosissimos errores, a fidelibus semper explosos, in agro Domini superseminare et augere sit ausus, de natura prœsertim animœ rationalis hoc sacro approbante concilio, damnamus et reprobamus omnes asserentes animam intellectivam mortalem esse et unicam in cunctis hominibus, aut hoc in dubium vertentes : cum illa non solum vere, per se et essentialiter humani corporis forma exstat, sicut in canone felicis recordationis démentis papae Y, prœdecessoris nostri, in generali Yiennensi concilio edito, continetur; verum et immortalis, et pro cor-