GASSENDI
une âme à tous les métaux sans exception. Mais Ions deux sont encore dépassés, en prodigalité de vie et d'âmes de toutes sortes, par Campanclla qui esl presque un contemporain de Descartes. Campanella, en effet, non content d'admettre, comme Bacon, deux ames dans l'homme, Tune d'un air chaud et mobile, émanée du soleil, l'autre spirituelle et immortelle, émanée directement de Dieu, donne une âme, non pas seulement végétative, mais sensitive à tous les éléments, à l'air, à l'eau, au feu, à la terre, aux pierres. A tous les êtres inorganiques sans exception, il attribue, indépendamment de la vie, un certain degré de sentiment et de connaissance", plus ou moins clair ou confus. Telle est la doctrine qu'il développe dans le De sensu rerum i. Comme il n'y a rien dans les effets qui ne soit dans les causes, il n'y a rien dans les éléments dont les animaux sont formés qui ne doive sentir aussi. C'est par sentiment et par instinct que l'aimant se tourne vers le pôle et que la pierre tombe; l'espace est doué de sentiment, ap~ petitivo sensu, par lequel il attire les corps à lui et ne souffre point de vide dans la nature. Campanella suppose que les montagnes elles-mêmes ont poussé comme des plantes, en vertu d'un principe vital intérieur. Enfin, voici la conclusion de son ouvrage : mundus ergo totus est sensus, vita) anima.
1. Voici le titre complet, qui est comme un résumé de toute la doctrine : « De sensu rerum : pars mirabilis occultai philosophie ubi demonstratur mundu.m vivam esse Dei statuam beneque cognoscentem, omnésque illius partes partiumque particulas sensu donatas esse, alias, clariori , alias obscuriori quantus sufficit ipsarum conservation!'. »
Un bien plus grand esprit, Kepler, qui a découvert les lois fondamentales de l'astronomie, s'égare aussi sous l'influence d'idées néoplatoniciennes et mystiques, dans des bizarreries et des rêves dignes de Cardan et de Campanella. Non-seulement il fait de la terre un être animé, mais il lui donne une âme raisonnable. C'est cette âme qui, à l'aspect de certaines positions des astres, se trouble et s'agite, produit les météores et les tempêtes, tandis qu'elle demeure calme en face d'autres états du ciel. En vertu des analogies les plus bizarres et les plus puériles, Képler croit reconnaître, dans le sein de la terre et à sa surface, des organes et des fonctions qui correspondent exactement aux organes et aux fonctions de notre corps \
La terre elle-même n'est qu'un membre faisant partie d'un immense organisme. Tous les astres sont animés comme elle ; s'ils se meuvent dans l'espace, suivant des courbes savantes, sans se heurter les uns les autres, sans troubler l'harmonie de l'univers, c'est à cause d'âmes intelligentes et directrices, animée motrices qui les animent et les guident, comme des pilotes à travers l'espace. Au centre du système planétaire est le soleil, siège d'une intelligence parfaite.
Non-seulement on mettait des âmes là où il n'y en a pas, mais là où il y en a réellement, dans les animaux par exemple, on avait le tort de les rehausser outre mesure, de les élever presque au niveau de l'âme humaine. Ainsi bon nombre d'écrivains, d'érudits, de philosophes du seizième siècle, tels qu'Étienne