‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 88 sur 189 · Harmonice mimdi, lib. IV, cap. vu · texte numérisé non relu

Harmonice mimdi, lib. IV, cap. vu

KÉPLHH. 187

Pasquter, Laurent VaUa, Rorarius, Campanella, Montaigne, Charron, et enfin Gassendi lui-même, s'efforcent de prouver que les animaux sont doués de raison et qu'ils ont même un langage semblable au nôtre \ Nul doute que cette prodigalité de vie, d 'âmes et de facultés intellectuelles n'ait contribué, en outre des principes généraux de sa métaphysique, à incliner Descartes vers l'excès contraire du mécanisme physiologique,- vers la négation absolue de la vie et celle de toutes les âmes, sauf l'âme humaine.

Néanmoins, malgré tous ces systèmes bizarres qui multiplient les âmes dans l'homme et dans la nature, en dépit de toute cette féerie de forces, de puissances et de facultés personnifiées, c'est encore l'animisme qui demeure, jusqu'à Descartes, la doctrine dominante, ou même la doctrine commune, de l'aveu, non-seulement de ceux qui le professent, comme Suarès, mais de ceuxlà mêmes qui le combattent, ou qui assistent, plus ou moins indifférents, à la lutte des opinions et des systèmes, tels que Daniel Sennert, Gassendi et Charron.

Selon Suarès, l'animisme est la doctrine de presque tous les philosophes dans leurs traités sur l'âme ; idem tenent philosophi fere omnes in libro de anima*. Il dit la même chose des théologiens.

Je trouve le même témoignage dans Daniel Sennert, Daniel Sennert, né à Breslau en 1S72, mort en 1637, professeur de médecine à l'Université de Wit-

1. Voir notre Histoire de la philosophie cartésienne, 3eédit., Ier vol. ehap. vu.

2. TradnUis de anima, vol. III de l'édition de 1740, en 23 vol. in-4, lib. I, cap. xiv, p. 330.

temberg, a joui d'une grande réputation pendant une partie du dix-septième siècle. Dans son Epitome scientiœ naturalù\ il pose la question de savoir s'il n'y a qu'une seule âme, ou bien s'il y en a plusieurs : an in quolibet vivente sit unica anima an vero plures ? Voici sa réponse : « etsi vero utraque sententia viros eruditos et claros sectatores habet, prior tamen, qiuc ferè communis est, nobis probabilior videtur.

Selon le témoignage de Charron : « la plus commune opinion est qu'il n'y en a (dame), en chacun homme qu'une en substance, cause de la vie et de toutes les actions, laquelle est toute en tout, et toute en chaque partie, mais elle est garnie et enrichie d'un très-grand nombre de diverses facultés et puissances, merveilleusement différentes, voire contraires les unes aux autres, selon la diversité des vaisseaux ou instruments dans lesquels elle est retenue et les objets qui lui sont proposés. Elle exerce l'âme sensitive et raisonnable au cerveau, la vitale et irascible au cœur, la naturelle végétative et concupiscible au foie, la génitale aux génitoires, ce sont les principales et les capitales ; ni plus ni moins que le soleil, un en son essence, départant ses rayons en divers endroits, échauffe en un lieu, éclaire en un autre, fond la cire, sèche la terre, blanchit la neige2. »

1. In-12, Amst., 1651, ultima editio;lib. VI : « De anima in génère et de vegetalibus. » Il croyait, dit Bayle, que la semence de tons les êtres vivants est animée et que l'âme de cette semence produit l'organisation. (Dictionnaire critique, article Sennert.)

2. Traité de la sagesse, liv. I, chap. xv, De Pâme humaine en général.

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