Ibid., t. X, p
2. Œuvres inédites de Descartes, Ire partie, Introduction, p. xcvn, in-8. Paris, 1859. Descartes, d'ailleurs, se sert aussi de cette expression de principe corporel pour une montre et un automate : « Une montre, lorsqu'elle est montée et qu'elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, etc. » Traite despam sions, art. 0.
M. Foucher de Careil, en s 'appuyant sur ce passage, a soutenu contre nous que Descartes admet une dualité de principes dans l'homme, un principe pour la vie du c< i rps , et un principe pour la vie de l'âme. Mais on voit, par les expressions mômes de Descartes, que ce prétendu principe de la vie du corps n'est que l'action des lois générales du mouvement, action qui ne peut être considérée comme un principe particulier dans l'homme, ni faire une dualité avec l'âme raisonnable. Si, d'ailleurs, Descartes n'a pas complètement supprimé la vie, qu'on nous dise ce qu'il en a laissé et, à défaut de l'âme, ou d'un principe vital quelconque, quelle propriété parculière et spéciale il a attribuée à la matière organisée 1 .
Il est donc certain que Descartes supprime absolument la vie, en la réduisant à un pur mécanisme, et que dans l'homme, à côté de l'âme raisonnable, il n'admet d'autre principe vital que l'action des lois générales du mouvement 2.
Cette physiologie, qui réduit à de simples machines tous les êtres organisés et vivants, a dominé dans plusieurs écoles médicales du dix-septième siècle. Si? comme on l'a dit, une école de médecine représente, en général, plus ou moins la philosophie régnante d'une époque, cela est surtout vrai de Descartes et de la médecine de son temps. C'est de Descartes que dé-
L « Jamais on ne nia, dit Malebranche, qu'il n'y eût dans les animaux quelque chose de corporel, qui fût le principe de leur vie ou de leur mouvement, puisqu'on ne peut même le nier des montres. » (Rech. de la vérité, liv. VI, IIe part ,cbap. vu.)
2. Voir la 3e édition de mon Histoire de la philosophie cartésien ne, Delagrave, Paris, tome Ier, chap. vu. C'est ainsi que tous les parti sans et tous les adversaires de Descartes ont interprété sa doctrine. Il est vraiment trop tard pour refaire le cartésianisme.
rivent les écoles iatromécaniques ou iatrochimiques qui eurent alors d'illustres représentants en France et en Europe, tels que Borelli, François Hoffmann, l'adversaire de Stahl, Pierre Chirac, Boerhaave, Sylvius et Willis. Quelques médecins matérialistes' ont emprunté à Descartes son mécanisme physiologique, en mettant de côté cette âme spirituelle dont il faisait l'essence même de l'homme.
Cependant, comme il est un certain nombre de cartésiens qui ont reculé devant l'automatisme des bêtes? il en est aussi qui n'ont pas admis sans quelque restriction et quelque réserve, l'explication mécanique des fonctions vitales et surtout de la formation du fœtus. Ainsi Malebranche, grand partisan du mécanisme et de l'automatisme, n'ose cependant en étendre la vertu jusqu'à la formation du germe et fait la même restriction que Leibniz et M. Claude Bernard du sujet de la première formation des êtres organisés. Voici, en effet, ce qu'il dit sur le Traité de la formation du fœtus : a L'ébauche de ce philosophe peut nous aider à comprendre comment les lois du mouvement suffisent pour faire croître peu à peu toutes les parties d'un animal, mais que ces lois puissent les former ou les lier toutes ensemble, c'est ce que personne ne prouvera jamais. Apparemment M. Descartes l'a bien reconnu lui même, car il n'a pas poussé fort avant ses conjectures ingénieuses l. »
Le résumé de physiologie qu'a donné Bossuet dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même.