VIII AVERTISSEMENT
» le premier jour, j'en fis autant dans la séance sui- » vante ; comme j'avais pris pour sujet de mes vers la » position où je me trouvais, la campagne où j'avais » reçu riiospitalité , ce sujet s'empara de mon ima- » gination. Chaque jour, je faisais une description, » un tableau -, je cherchais à exprimer tout ce que je » sentais, tout ce que je voyais : au bout de quelques » mois j'avais fait plus de deux mille vers , mais j'étais » loin de croire que j'eusse fait un poëme ; j'écrivais » pour me distraire : je cédais au besoin d'exprimer » les sentimens que j'éprouvais , au plaisir d'arrêter » mes pensées sur les images du printemps , sans » songer à montrer mes vers au public et sans espérer » des lecteurs. »
Ce récit simple et naïf, qui avait pour brt la justification modeste de quelque désordre que la critique avait remarqué dans la marche du poëme , fait assez connaître le genre d'intérêt qu'il présente et les prétentions qui lui manquent. En réunissant dans un cadre naturel les agréables consolations de son exil et les réminiscences pacifiques de ses malheurs , l'auteur n'a pu toujours donner à ses tableaux cet enchaîne-
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ment habile qui résulte d'un plan combiné à loisir, développé par le travail. Déjà, lorsque M. Michaud, cédant aux instances de ses amis , publia pour la première fois ce journal poétique de ses sentimens et de ses émotions , un grand écrivain , qui éleva souvent la critique littéraire à la hauteur de son génie , avait signalé le caractère de cette production : « Ce n'est » pas, disait M. de Chateaubriand, un poêle quicher- » che seulement la pompe et la perfection de l'art; » c'est un infortuné qui s'entretient avec lui-même , » et qui touche la lyre pour rendre l'expression de sa » douleur plus harmonieuse. »
Sept éditions de ce poëme, rapidement enlevées , ont pu rassurer M. Michaud sur le jugement des lecteurs, et celui qui écrit ces lignes doit regretter que les sévères convenances et les scrupules de la modestie ne lui permettent pas de rendre au talent du poëte la part qui lui revient dans ce succès. Mais l'auteur ne veut y voir et nous défend d'y trouver autre chose qu'un témoignage de l'approbation pour les sentimens qu'il exprime , et pour l'honorable conduite dont les preuves sont écrites dans toutes les