MONASTÈRE DE SEPT-FONTS
On va tous les jours en Italie et en Grèce , pour y étudier les restes de l'antiquité ; des voyageurs intrépides traversent les déserts , et vont , à travers des peuplades barbares , chercher ce que le temps nous a laissé des villes et des empires dont les historiens ont célébré la gloire. Les ruines eurent toujours i^n attrait particulier pour l'esprit humain ; mais, puisque nous nous plaisons à interroger des débris, pourquoi irions-nous les chercher sur des terres étrangères? Le sol que nous habitons n'est-il pas couvert de ruines qui ne parlent pas moins à l'imagination que celles de Babylone et de Palmyre? Nous ne pouvons faire un pas sur notre territoire sans trouver les vestiges d'un monument ou d'un édifice qui n'est plus ; quinze années se sont écoulées , et ces quinze années ont été comme vingt siècles. Une révolution terrible a changé la face de la France , et cette révolution est aujourd'hui si loin de nous, que l'é:
m SUR Lf: MONASTERE
poque qui l'a précédée et qui fut le temps de notre enfance, est déjà pour nous comme l'antiquité.
J'ai visité près de la Loire le lieu où fut le célèbre monastère de Scpt-Fonts. C'est là qu'habitaient les disciples de saint Bernard et de Rancé ; c'est là qu'ils vivaient dans l'indigence laborieuse et la piété austère, partageant les jours entre la prière qui nous rapproche du ciel et le travail qui nous rend utiles aux hommes. Les plus touchans souvenirs remplissent cette solitude , et je me suis senti plus ému à l'aspect d'un cloître abandonné , que je ne l'aurais été à l'aspect des ruines de Rome et d'Athènes. Que les savans recherchent dans leurs voyages la ville d'Alexandre, le tombeau d'Achille , le lieu où a passé Annibal , celui où César a vaincu ; pour moi , j'aime mieux chercher sur la terre les traces de l'homme de bien , et visiter l'asile que la vertu sest choisi.
Je n'ai plus retrouvé cette église d'où s'élevait un encens si pur, ni ces cellules dont le vice n'approcha jamais. Le couvent n'est plus ; mais le paysage au milieu duquel il était situé , semble dire encore au voyageur que ce lieu fut l'asile de la religion et de la vertu. Une rivière coule lentement sur un sable noir et stérile , et ses bords ne sont point couronnés d'une verdure riante ; on trouve çà et là quelques prairies où le printemps n'a jamais étalé toute sa parure , et des bosquets où le rossignol n'a jamais chanté ; l'aspect des champs est triste et sauvage , et les échos sont muets depuis qu'ils ne répètent plus le son de l'airain sacré et les accens de la prière.
Ce lieu n'a rien cependant qui blesse les regards ; il ins-