C, SUR LE MONASTERE
levaient le foin des prairies ; ceux-ci travaillaient à la vigne; ceux-là traçaient des sillons , et confiaient à la terre des semences que le ciel avait bénies. Quand l'hiver était venu, ils se livraient à d'autres travaux ; chacun avait un métier : l'un était forgeron , l'autre charpentier , quelques-uns tissaient des étoffes, d'autres faisaient des habits ; le voyageur, en traversant les longs corridors du monastère , aurait cru traverser une ville renommée par ses ateliers et ses manufactures ; il entendait le bruit de la scie , le bruit du marteau , celui de tous les instrumens qu'emploie l'industrie ; mais il n'entendait pas un accent humain ; les religieux n'élevaient la voix qu'à l'église, et, dans cette cité laborieuse et sainte , on n'entendit jamais un discours profane : on n'y connaissait la parole que pour célébrer les louanges de Dieu.
L'abbaye de Sept-Fonts était riche, et les religieux y vivaient dans la pauvreté ; un peu de farine trempée dans de l'eau , quelques légumes cuits à l'huile , étaient leur nourriture ; une natte de paille et quelques planches formaient leur lit ; la bure la plus grossière était leur vêtement ; les biens qu'ils avaient amassés à la sueur de leur front , étaient pour eux comme un dépôt qui leur était confié ; ils attendaient l'étranger , ils allaient chercher le pauvre , et ils leur disaient : Ceci est à vous.
Le voyageur recevait dans leur asile l'hospitalité la plus généreuse, et leur charité savait le compte des veuves , des orphelins et des malades. Dans le malheureux hiver de 1788, ils nourrirent dix villages; les frères du couvent erraient sans cesse dans les campagnes pour y épier les