‹ Le printemps d'un proscritChapitre 27 sur 32 · DE SEPT-FONTS · texte numérisé non relu

DE SEPT-FONTS

besoins des familles ; les chemins étaient couverts de voitures qui portaient du blé et des provisions de toute espèce à ceux qui avaient faim. Aussi le souvenir de leurs bienfaits n'est pas encore effacé de la mémoire des hommes ; mais leurs cellules sont détruites , et les larmes du pauvre sont le seul monument qui reste sur la terre , de leur charité; bientôt il n'en restera plus rien : leurs vertus sont écrites dans le ciel , et c'est pour le ciel qu'ils ont travaillé.

Toutes leurs cérémonies , toutes les pratiques de leur ordre , leur rappelaient sans cesse qu'ils n'étaient dans ce monde que comme des étrangers et des voyageurs. Un religieux ne couchait jamais deux nuits de suite dans la même cellule , comme pour se rappeler que cette vie était un lieu de passage ; lorsqu'ils se rencontraient, dans les longs corridors , ils se saluaient par ces mots : Frère , il faut mourir! Ils ne se reposaient jamais, et, après avoir rempli la tâche de la journée , ils creusaient leur tombeau , et ils préparaient leur cercueil , comme les autres hommes préparent la couche où ils doivent se délasser de leurs travaux.

Qui croirait que cette règle austère n'a jamais trouvé de religieux infidèles ! O prodige du cœur humain ! les plaisirs l'effleurent à peine , et les austérités d'une morale pieuse le remplissent tout entier. Plus la vertu exige de privations et de sacrifices, plus elle a de liens pour enchaîner les hommes. Avant la révolution on avait remarqué que les monastères où la discipline se relâchait, étaient déserts , et l'al^baye de Sept-Fonts comptait, en 1789 , cent soixante religieux ; ils étaient tous attachés à leur ordre ,

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