‹ Le printemps d'un proscritChapitre 28 sur 32 · SUR LE MONASTERE · texte numérisé non relu

SUR LE MONASTERE

et jamais aucun souvenir du monde ne venait troubler le calme profond de leur solitude.

En 1790, la municipalité de Diou vint en triomphe ouvrir les portes du couvent ; le curé de îa paroisse célébra la messe en si(yne de reconnaissance ; l'église de Sept-Fonts retentit des hymnes de la Hberté ; chacun croyait voir des captifs qu'on allait arracher à leurs 1ers ; et tandis que le peuple chantait les cantiques de la délivrance , les reli- (jieux , l'œil morne et consterné , les regards attachés au parN'is du sanctuaire, répandaient des lannes de désespoir; ils quittèrent leurs cellules en silence ; ils s'éloignèrent lentement de ce cloître où ils n'avaient fait que prier , travailler et souffrir. On aurait cru voir des exilés quittant pour jamais leur patrie. Ils étaient étrangers parmi les hommes, et ce monde, dans lequel ils allaient rentrer , était pour eux comme une terre d'exil. Plusieurs se sont fixés dans le voisinage de Sept-Fonts. On les voyait souvent errer autour du monastère ; ils nourrissaient en secret l'espoir d'être ensevelis dans la tombe qu'ils avaient euxuîèmes creusée ; et , tandis que les riches du monde attendaient la fin de la révolution , les uns pour rentrer dans leurs palais, les autres pour s'environner de l'appareil des honneurs et se livrer en paix a tous les plaisirs , les religieux de Sept-Fonts n'aspiraient qu'au bonheur de rentrer dans leurs humbles cellules ; leur espérance était de coucher encore sur la dure, de se nourrir d'un pain noir, de prier toxite la nuit , et de travailler tout le jour. Un grand nombre d'entre eux n'ont pu s'accoutumer à la vie des autres hommes ; les uns ont été s'établir en Suisse , les

DE SEPT-FONTS. :î3î)

autres dans les Etats-Unis , où ils sont encore ; bien difterens de ceux qui ont parcouru l'Europe , emporlaiit partout les prétentions de l'orj^^ueil et les préjujjës de l'ambition , ces disciples de Rancé ont étonné les étrangers par leur humilité ; ils étaient heureux partout où ils trouvaient un désert à cultiver et une chapelle où ils pouvaient chanter les louanges de Dieu,

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