XII AVERTISSEMENT
Les amis de la royauté ont entendu avec attendrissement le noble et touchant langage de sa résignation, et nous craindrions d'en altérer par nos paroles l'admirable pureté : « Sans ra'enorgueillir ni m'accuser de » ce que j'ai fait, a dit M. Michaud, je désire que » la disgrâce qui me frappe ne retentisse que dans » les cœurs qui répondent au mien , et que surtout » elle ne serve point de prétexte aux plaintes des » factions qui agitent notre pays. Que nos ministres » sachent qu'un malheur de plus est bien peu de » chose dans ma vie, et que mes sentimens et mes » opinions n'en seront pas changés. Dévoué à la cause » de la royauté et de la littérature , qui est aussi une » gloire de la monarchie,je resterai toujours le même, » et quoi qu'on puisse faire , on ne m'empêchera pas » d'aimer le Roi que j'ai toujours servi et les lettres » qui m'ont toujours consolé. »
C'est au moment où M. Michaud vient d'acquérir ce nouveau droit à l'estime publique, que ses amis l'ont déterminé à faire paraître une huitième édition du Printemps d'un Proscrit. Les lecteurs retrouveront cet ouvrage à peu près tel que l'avaient fait
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les inspirations des temps et de la situation où il a été écrit. L'expérience et la maturité du goût indiquaient peut-être à l'auteur quelques corrections , quelques changemens. Nous l'avons vu résister le plus possible à cette tentation , et se montrer rebelle à la sévérité de sa propre censure. Un sentiment, qui domine même l'amour-propre littéraire , semblait lui faire craindre que les embellissemens du poëme ne diminuassent quelque chose de la foi due au monument historique, au témoignage de la conscience.
Le Printemps d'un Proscrit est accompagné de quelques autres ouvrages, qui sont entrés successivement dans les précédentes éditions. L'enlèvement de Proserpine est une de ces traditions par lesquelles la mythologie s'est perpétuée dans les arts. La fable en est sans doute usée et presque triviale -y mais nous la voyons chaque jour reproduite par les essais du peintre et du statuaire. C'est qu'il s'y trouve une de ces rencontres heureuses que les combinaisons les plus habiles ne parviendraient pas facilement à créer , le contraste le plus parfait qui puisse s'offrir à l'imitation. La force et la beauté, la terreur et rinnocence,