‹ Le printemps d'un proscritChapitre 9 sur 32 · DEUXIÈME NOTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME NOTE

Loin du champ paternel cultivé par ses mains , De Mélibée errant je suivTai les destins.

La première églogue de Virgile renferme des images trop touchantes et trop conformes à la situation où nous nous sommes trouvés, pour que je n'aie pas cherché à la rappeler ici ; tous les Français proscrits n'ont-ils pas eu le sort de Mélibée ? ils ont tous perdu leurs vergers , leurs jardins , leurs richesses ,

leur repos; eomme Mclibée, ils avaient été souvent avertis de leur sort , non point par le ehant du eorbeau , et par le Lruit du tonnerre, mais par les eris de la révolte et les menaces de l'impiété. Je n'ai l'ait qu'indiquer les idées de Virgile, et je suis bien loin d'avoir rendu ses beautés comme je les sens. C'est à M. de Langeac ({u'il appartenait de traduire les églogues du poëte latin. Je ne puis me refuser au plaisir de citer ici sa traduction du beau morceau Fortunate scnex :

Heureux vieillard! ainsi ton aatii[ue héritage, Le champ de tes aïeux , restera ton partage ! Nos malheurs désormais n'eu sauraient approcher. Que t'importe alentour ce long unir de rocher, Que chai'gé de roseaux un noir marais l'inonde ? Ce champ qui te sufiit sera pour toi le monde. Tes agneaux, à ta voix prompts à s'y rassembler, A des troupeaux impurs n'iront point se mêler! Heureux vieillard! ici, dans ces tranquilles plaines. Entre des flots connus et les dieux des fontaines. Tu vivras entomé d'ombrage et de fraîcheur! Là , de son dard aigu picotant chacpie fleur, Pour assoupir tes sens, la diligente abeille D'un sourd bourdouuemeut flattera ton oreille ; Là , d'un roc allongé tes bûcherons couverts , De leurs joyeux refi-ains ébranleront les airs ; Et, sous l'antique ormeau, tes colombes heureuses Roucouleront autour leurs plaintes langoureuses.

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