BLUETTE
Par la fièvre mis aux abois Dès les premiers jours de décembre, Durant d'interminables mois, Il me fallut garder la chambre.
D'avril aux précoces chaleurs, Grâce à Dieu, revient le cortège; L'ardent printemps jonche de rieurs Le sol qu'avait transi la neige.
22 Œuvres poétiques
Chère santé, tu me souris Et, pour jouir du paysage, De mes membres endoloris Tu daignes me rendre l'usage .
Si longtemps je fus harassé Par une pénible souffrance, J'en suis enfin débarrassé, Et dehors joyeux je m'élance.
Toi, ma gentille et douce enfant, Qui fus ma fidèle compagne, Devance et d'un air triomphant Mes pas craintifs dans la campagne.
Je suis touché de tout le soin Que tu pris du pauvre malade, Et je veux que tu sois témoin De ma première promenade.
Chassant l'épaisse obscurité Qui d'un crêpe voilait le monde.
De sa flamboyante clarté Le soleil prismatise l'onde.
du Mh Eugène de Lonlay 2 3
Du ciel, où son foyer s'étend.
Il fait éclipser les planètes, Et sur le sable de l'étang Sautillent les bergeronnettes,
La brise errante du matin, Qu'avec tant de plaisir j'accueille, Mêle aux exhalaisons du thym Le frais parfum du chèvrefeuille.
L'abeille suit le ruisseau clair, Et de la touffe reposée Chaque brin d'herbe égrène à l'air Ses blondes gouttes de rosée.
Sur les bois, les prés, les sillons De la closerie émeraude, Une neige de papillons Dans l'azur s'éparpille et rôde.
Libre de prendre son essor Autour de l'attrayante tige, Ainsi qu'une poussière d'or, Un essaim d'insectes voltige.
24 Œuvres poétiques
Ce n'est que gazouillements Charmant mon oreille ravie, Que chansons et rayonnements Qui partout révèlent la vie.
Enfant, errons par les sentiers Où luit la source qui s'épanche, Où des flexibles églantiers Commence à poindre la fleur blanche.
Beau chérubin, que Dieu bénit, Court près de la grotte jaseuse Et montre-moi vite le nid Qui te rendit hier joyeuse.
Je sais que l'amour maternel Est un bonheur trop éphémère Pour que j'ôte, en chasseur cruel, Les gais oisillons à leur mère.
Avec quels soins tendres, adroits, Quand s'offrent des pentes rapides, A travers les ravins étroits, Mon petit ange, tu me guides.
du Mis Eugène de Lonlay 2 5
De même qu'après les frimas L'arbre dépouillé rebourgeonne, Pour auréole de mes pas Dieu te fit naître, ma mignonne.
Chère fille, quand devant moi L'ombre de mes maux se redresse, Soudain s'éclipse mon émoi Aux doux rayons de ta tendresse. . .
Et sans qu'en père trop flatteur A la vérité je déroge, Moins. des lèvres que du cœur, Je puis faire ton juste éloge.
26 Œuvres poétiques