‹ Le Prisme encyclopédie morale du dixneuvième siècleChapitre 90 sur 120 · LE ROULIER · texte numérisé non relu

LE ROULIER

Aie son chapeau avec une iutenlion évidente , mais sans aucune affectation , et sa coiffure se fait soudain remarquer par des détails qui , assurément /ont occupé le perruquier toute une matinée. Ce b'est point le demi-toupet du postillon, bizarre et imparfiitr copie de la perruque de l'ancien gentilhomme. Le roulier est parfaitement tondu sur le sommet de la téte et sur les tempes , et la poudre seule orne celte partie exactement taillée en brosse. Une ligne qui tombe du front sur les joues, et qui est parallèle avec, l'ovale do la figure , indique la séparation que le peigne de l'artiste a su faire entre ce qui devait tomber sous le ciseau et ce que le bon goût devait respecter. De cette ligne partent des deux côtés plusieurs papilloles,qu'une pommade odoriférante maintient en crochets cl colle à la figure , semblables à celles que certaines coquettes ontappelées àesaccroche-ca-ur. Le derrière de la tête seulement a- été respecté ; car, destinée à former le catogan court, mais copieux , la végétation capillaire a toujours commandé le respect aux ciseaux du coiffeur, comme , chez les anciens , le bois sacré défiait la hache impitoyable. Peigné , collé , poudré , et serré par un ruban de velours noir étroit , mais vingt fois replié sur lui-même, le catogan , pour dernier degré d'élégance, est terminé par une petite agrafe d'argent , se détachant avec éclat sur le noir du ruban , sur le blanc mat de la poudre, et annonçant évidemment que le porteur d'une téte si proprement cultivée n'est sûrement pas un homme ordinaire. Qui ue devinerait a ces détails le magnifique attelage de Gaspard, et' ses beaux harnais , et ses cuivres, où l'on se mire, et ses housses bleues et rouges , et ses sonnettes retentissantes , et ses plumets ébouriffés ?

Tel est , en effet , le roulier... hélas ! tel il était du moins ; et, dût le lecteur en éprouver quelque chagrin , il faut bien lui apprendre quel ravage font le temps et le prétendu progrès. Ami du roulier dès mon enfance* j'ai voulu, depuis là révolution de juillet , revoir ces hommes qui me séduisaient tant autrefois. J'ai cherché Gaspard a Marseille , et l'ai enfin trouvé sur la grande route , qui n'a pas cessé d'être son domicile. La voiture qu'il conduisait m'a paru modeste ; mais enfin les légumes qui la remplissaient étaient ceux de son jardin, et la propriété est une belle chose. Cocotte, assez bien conservée, avait encore quelque chose de coquet et de gracieux, comme ces femmes d'un certain âge dont FonteneUe disait : «On voit que l'amour a passé par là.» Dans toute cette simplicité respirait un air d'aisance et de bonheur qui plaisait d'abord à la vue ; mais il fallait finir par regarder en face mon roulier. ce type idéal du genre, ce Gaspard, si imposant autrefois. Le croi riez-vous? ce même Gaspard, ce même homme, je J'ai vu , en pantalon large , en blouse grise, sans poudre . et coiffé à la Titus! Il n'y a donc plus de rouliers

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