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pas de maîtres • se , Je pas -se mon .temps fort jo - li - meut !
tel est le début de la longue description des perfections d'une corvette digne de la fée Preciosa : la coque en est de bois 'rouge , travaillé fort proprement; la grand' voile est en dentelle , les huniers en satin , les mils d'ivoire , les poulies en diamants, et les cordages en fil de soie. L'équipage, en rapport avec cet Alcazar maritime, est composé de brunes piquantes et de délicieuses blondes, qui , au dire du poète , n'ont pas plus de dix-huit ans.
De s sur le pont de Nantes, se dénoue une intrigue amoureuse entre un sémillant matelot bordelais et une jeune fille; et c'est encore les charmes d'une Nantaise qu'exalte la chanson des Trois marins , qui , naufragés sur les cotes d'Espagne , y rencontrent une meunière, leur compatriote. Ils renouvellent connaissance avec une naïve facilité, si bien que l'un d'eux ne manque pas d'offrir à la belle , sans plus de précautions oratoires, sa main calleuse, son cœur doublé de tendresse, et le retour à Nantes.
La ronde saintongeoise est de nature moins égrillarde que les refrains militaires; mais elle est toujours sur uu air pétillant , original et parfait pour danser en rond; souvent la pointe grivoise à laquelle on doit éclater de rire se fait attendre jusqu'au dernier couplet; souvent même elle est abandonnée à l'inspiration du chanteur, qui, nouvel Odry,
l'improvisera d'un bout 4 r
LK r R I S M E
balbutier. Le* jolie» pensionnaires de Saint-Cyr auraieot pu écouler la «impie narration suivante :
t*nte.
Il é - lait u - ne bar-que A Iren - te ma - te -
lots, Il é - tait u-ne bar-que A . iren - le ma - te
Allegretto
lots, A tren-ie ma - te - lois, Sur le bord de Fi -le,
Qui char-geaient de bou - cauts Sur le
bord de Feau.
Le plus jeune des trente Commence une chanson , Commence une chanson , sur le bord de l'tie , En chargeant de boucauts Sur le bord de l'eau.
La chanson que tu c Je voudrais la savoir.
E ntrez dedans ma barque , Et je vous l'apprendrai.»
Quand la belF fut enlréc . .
EU' se mil à pleurer :
«Qu'avez-vousdonc, la belle.
Qui vous fait tant pleurer?
Pleurez-vous votre père Ou l'un de vos parents?
Pleurez-vous votre mère ?
Pleurez-vous votre enfant ?
LES PÊTE8 A BORD. 31)1
— Je pleure un brig-goelette Parti la voile au vent , Parti la voile au veut, sur le bord de l'Ile. Tout chargé de lingots, Sur le bord de l'eau : *
Doublé de cuivre rouge .
Gréé d'or et d'argent ,
Est parti vent arrière, Les perroquets au vent ,
Est parti pour la traite Avec mon bel amant ! »
Parfois, enfin, malgré ses allures plus qu'enjouées, la ronde des matelots célèbre une grande catastrophe, comme le naufrage de la Méduse, on un fait glorieux, comme le combat du Vengeur, que nous avons entendu entonner à Flafla lui-même; elle peut enfin devenir sentimentale et mélancolique comme celle-ci, la dernière que nous citerons :
Amiante trute
C'est un
jo - li pe -til na - vi-re, C'est
un
jo - H pe -Ui na - vi - rc , H v a sept
ans qu'il est à l'eau, Il y a sept ans qu il est à l'eau - eau.
Tant il a couru vent arriére Avec bonnette et perroquets,
Tant au plus prés, et tant grand'largue , Que le calme l'a genopé * .
Au bout de quatorze semaines .
Le vjn , le pain , leur a manqué ;
1 Genoper, élreindre fortement , au moyen de tour* ire*, serre* , deux cordane* réw.i* par un troisième qui est la genapc
Faut tirer à la courte paille Pour «avoir qui sera mangé.
Celui qui fait tirer les pailles La plus courte lui est restée.
« Mon second , prenez le navire , A Bordeaux le ramènerez. »
Le mousse entend le capitaine , Sitôt il se met a pleurer :
« Laissez-moi monter dans ta hune , Pour vous le sort je subirai. »
Le mousse monte dans la hune.
Ouvre l'œil de tous les cotés.
«Je vois la brise qui se lève , La mer sur les brisants briser.
Terre ! je vois la grande grève , La girouette du clocher ;
Je vois la flèche de l'église, Et les cloches qu'on fait danser;
Je vois les moutons dans la plaine .
Et la bergère à les garder ;
Je vois lafill'du capitaine Et son amant à son côté.
Ces chansons simples , et la plupart du temps composées par quelque pécheur du rivage, transportées du rivage sur les navires de long cours, augmentées et modifiées ■ par les rapsodes du gaillard d'avant , témoignent du sentiment musical et poétique de nos matelots. Elles complètent pour le lecteur l'analyse d'un caractère toujours original, sous quelque aspect qu'on le considère ; elles disent combien d'imagination et de sensibilité réelle se trouve enfoui sous l'ccorce rude et cynique de ces hommes qui se complaisent au récit de leurs propres souffrances. A travers les refrains obscènes, celui qui écoule gravement un certain nombre de ces roudes découvrira comme une veine d'or au milieu de la fange , un mot , une phrase, un couplet pour le dévouement , pour le courage, • pour la reconnaissance, pour la piété filiale surtout, celle > vertu sacrée du marin qui connaît à peine sa vieille mère, et qui l'aime Uni ! Car c'est toujours l'histoire du baleinier mourant qui recommande aux camarades de cacher sa triste fin à sa bonne femme . «Tu lui donneras mon sac, les enfants, en lui disant que j'ai déserté pour l'amour d'une .«auvagesse. » Et les autres comprennent telle généreuse volonté d'un fils qui préfère se
savoir taxé d'ingratitude, maudit peut être , que justement c! maternellement regretté, mais sans espoir de retour.
Le peuple maritime devait se peindre , comme tous les autres , dans sa poésie : pas de fadeurs, pas de grands mots, peu ou point d'épithètes, de rares descriptions, quelques faits, beaucoup de dialogue», du naturel. C'est une vie intime que celle de l'Océan : ainsi , une grande action est représentée par un épisode isolé, tout un combat naval par le détail de ce qui se passsait a la pièce de Lamigeon , l'aide-canonnier : Assis sur un affût, et iuaclif en face d'un sabord abandonné, il est interrogé par l'officier de batterie:
«Tous mes servants sont morts, mon capitaine; J'attends mon tour ! ( Farimdondé .')»
L'impudique muse en vareuse rend hommage à l' hé roi «me entre deux farira-dondé dont eussent rougi les bacchantes ; un alliage impur est obligatoire dans les détails , une idée grande et noble a souvent dicté les strophes du narrateur; mais, avant tout , il faut rire, et rire a gorge déployée, quand revient la ritournelle.
Eu traçant- la monographie des fêtes i bord , il nous a semblé qu'une place importante appartenait de droit aux rondes, ces compagnes fidèles de l'orgie des gens de mer. On les chante stfr les rives de France , et au sein de l'exil ; on les chante sous les tropiques lorsque la chaleur énerve le corps , et elles réveillent Pénergie. Dans les latitudes glacées , lorsque les marins piétinent en groupes serrés entre le grand mat et le mit de misaine, on les chante encore pour se réchauffer et aller au pas tous ensemble. A bord des bâtiments de commerce , où le sifflet n'est pas usité, elles se substituent souvent au cri : HissA-o-Bi'BissE-BissouÈ ! et Ton travaille avec plus d'ardeur. C'est animé par leurs joyeux refrains que le corsaire de la Manche établissait pendant la guerre ses grandes voiles latines, qu'il chargeait ses pistolets , et qu'il bordait ses avirons. C'est en Ni répétant en chœur, que les équipages incorporés dans les armées impériales faisaient leurs longues étapes terrestres , et qu'ils se préparaient au combat. Bien des fois elles ont eu le don d'adoucir, pour nos marins prisonniers, les rigueurs des pontons anglais , et l'on se rappelle qu'à Alger, les naufragés captifs des bricks le Silène et l'Aventure faisaient trêve à leurs angoisses en les dansant dans leur prison. Aussi ces farandoles dévergondées méritent-elles à plus d'un titre le nom pieux de consolatrices : que la brise de mer, dont elles ont l'ipretéjes emporte sous son aile , et qu'elles montent légères , car elles ont séché bieu des pleurs !
G. Du Là Landillk.