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LE JEUNE HOMME

Illu.-ioii.s ! roiupaf;iio& des aniuurs.

l'renc?. \0!î lulhs cl parfume/ vos ailrs

^MlILEVOVK.;

pXS^

>• vous a fait tantôt l'histoire de la ro>c ;

? On vous a dit comment sa corolle mi-close S'épanouit déjà de désir et d'amour :

Ainsi que le matin nous ouvrons la paupière Quand sous nos rideaux blancs un rayon de lumière Se glisse, messager du jour.

Gomment elle disperse et prodigue sans cesse. Riche qui ne craint pas d'épui.<cr sa richesse , Le-; parfums échappés de son disque vermeil Au passant qu'elle enivre , aux brises oublieuses; Et déploie au regard ses pétales joyeuses. Comme un éventail, au soleil.

Comment elle aimerait, heureuse et frémissante. Sentir pui.^er l'insecte à sa source odorante. L'insecte aux réseaux d'or, aux ailes de saphir; Et comment dans son sein qu'elle enir'ouvre , naïve .

Kampe en hideux anneaux la chenille furlivc Oui s"accroupil pour y dormir.

Près de la pauvre fleur que la larve velue Par le contact impur de ses baisers pollue , Nous esquissons les trails de l'amour regrellé. Car tout par son pendant se complète et s'éclaire: La laideur par le beau , la nuit par la lumière. L'ombre par la réalité.

Dans les récits sacrés, pages monumentales Que le ciseau gravait au front des cathédrales , On voyait surgir l'ange à côté du démon. Nous avons fait de même , en écrivant ces pages , Que le sculpteur naïf, au temps de ces vieux âges. Si nous avons mal fait : pardon.

11 croît ju,squ'à quinze ans chaste et l'àme candide ; Comme une étoile au ciel l'illusion le guide

Avec son prisme officieux.

L'enfance est un sommeil que jeune homme on achève, Un âge où l'on poursuit incessamment un rêve Avec un bandeau sur les yeux.

C'est un Éliacin : son cœur est un cénacle. C'est un lis parfumé dans un saint tabernacle

Qui réjouit l'œil du Seigneur.

Agneau nourri de lait, né dans la bergerie; Fleur aux tièdes chaleurs de la serre, mûrie

A l'ombre de son précepteur.

On a de saints avis illuminé son âme

Et prémuni son cœur; le .«eul nom d'une femme

Fait rougir son front virginal ; Mais la voyant si belle , en son âme indécise Il hésite et se dit à plus d'une reprise : «Est-ce bien le démon du mal?

«Cette sérénité d'un visage limpide

Où les soucis encor n'ont pas creusé de ride

" Cachent-ils un piège secret?

Faut-il craindre ces yeux ? dois-je être ralouclle Qui , tandis qu'elle pose au miroir et coquette, Laisse .«on pied pris au lacet ?

LE PRISME, «Non, j'en crois mon ardeur devant sa beauté saiulf. Dieu n'eût pas accordé celte céleste empreinte

A qui ne descend pas des cieux.

C'est un ange : à lui seul j'adresse ma prière. Aux bagues de ses doigts j'égrène mon rosaire

Sous mes baisers religieux. »

Et dès lors c'est le temps des rêves séraphiques , Des élans éthérés, des extases mystiques

De Daphnis et de Chérubin ; Concerts où l'on convie et le ciel et les anges , Mais où , malgré le ciel et les saintes phalanges,

Trouve à glaner l'Esprit malin.

Il glane en attendant la moisson productive; 11 rit en écoutant la harangue naïve

De l'amoureux plein de ferveur.

Qui s'en va palpitant de délire et de fièvre Quand Rosine à son front, en appuyant la lèvre, -«^^

Dépose cent ans de bonheur. ^F»*,

Laissez se dévider l'écheveau. Patience ! Caïus, qui débuta par deux ans de clémence .

Ne fut pas Néron tout à coup.

Pour des baisers cueillis aux lèvres des cousines , Le louveteau déjà se lèche les babines :

Le louveteau deviendra loup.

Mais quand, chas.^ant l'erreur où votre âme se fonde. L'instinct qui vous fait loup découvre un nonveau monde

A votre candeur qui s'enfuit ; Avant de dévorer l'agneau qui boit au fleuve , Pauvre loup ! il vous faut subir une aulrc épreuve:

Fermer les yeux quand le jour luit.

Etre un reuard qui jappe en voyant à la (reille Se balancer gaîment une grappe vermeille

Qui dore au soleil sa couleur; Contraint de caresser avec un œil d'envie Le fruit qu'eut savouré votre bouche ravie,

Vous écrier avec douleur :

LK JEIN1<: HO M. Ml.

"Pouiqiioi (jljrcr ma veivc, ù belles dcdaigiieiisps Par les souris cruels de vos bouches railleuses?

Quand mon cœur ose s'enhardir...

nh! je voudrais franchir cet âge qui me pèsi-! De précoces désirs étouffez la fournaise ,

Ou. mon Dieu! failcs-nioi grandir.»

Enfin elle a sonné l'heure en plaisirs féconde. Où, libre et dégagé des entraves du monde , Il ne voit plus alors qu'il dit ; amour, bonheur! Sur la bouche qu'il aime un sourire moqueur; Où son regard rencontre un regard de tendresse . Une àme qui lui parle, une bouche qu'il presse: Où la pudeur combat contre ses vœux ardents. Kt succombe devant le désordre des sens.

( • paroles d'amoui- ! ô paroles sacrées ! Demeurez dans son cœur saintes et vénérées. Tabernacle discret où nul œil curieux Ne peut en pénétrer l'aKrait mystérieux. Restez comme la vierge au Seigneur consacrée. Qui , belle, n'a pourtant, humble fleur ignorée. Révélé son visage où s'est empreint le ciel Qu'au crucifix de bois qui pare son autel.

l'ne femme est d'abord, dont l'œillade le guette

(Guérillas embusqué qui braque l'cscopette) .

Que le soir assombrit des voiles attristants.

Pour qui le sablier a coulé quarante ans.

C'est à vous, beau printemps, d'effeuiller son aulonini

Les jaunissantes fleurs qui cerclent sa couronne.

A vous ce fruit joyeux d'attirer votre main ,

Qui mùr et dédaigné serait tombé demain.

Ensuite, son amour plane au front des actrices : Il veut les coudoyer dans l'Kden des coulisses; 11 parcourt, enivré d'un désireux regard. Ces visages chargés de cérusc et de faid ; Il suit dans leurs élans les jupes paresseuses; Il suit dans ses contours la jambe des danseuses; Kl les tré.sors secrets à ses \cux obstinés Se blottissent en vain sous les plis .«alinés.

Aux écueils des plaisirs brisant ses ailes d'auge , il marche hardiment les pieds nus dans la fange. 11 va, levant le masque à toute illusion , Cherchant le spectre affreux nommé Déception. Ses souvenirs passés , ses amours diaphanes. Il les livre en risée à quelques courtisanes. Et disperse à tous vents les trésors de pudeur Par sa mère autrefois amassés en son cœur.

Puis, quand le dégoiU vient, il se rappelle un rêve Qu'il avait fait, enfant, plein d'amour et de sève. Mais sous un souffle impur son rêve s'est terni. Pour femme il ne veut plus un ange au nom béni. Et riche de beautés, de grâce et d'innocence : C'est , fils de Bélial , le veau d'or qu'il encense ; Il vend, lâche Ésau! .«ans remords opportun , Cette part d'avenir que Dieu donne à chacun.

Alors, Illusion , noble et sainte déesse. Quitte à ce dernier coup l'ingrat qui le délaisse ! Dis, belle résignée, en ton âme sans fiel , Dans ton règne étoile que le firmament dore : «Encore un apostat qui me renie! encore Une âme de moins dans mon ciel.»

IIkmii Roi. la 1^11.

Cv /Tii.

LES MAITRES CHANTEURS

LES MAITRES CHANTEURS

'■y '-if<(^'^',-\ "^ s philologues des prisons n'ont pas encore établi d'une manière exacte 'tlWy^y^ et positive l'origine du mot cliantcitr, qui est venu enrichir la langue

r\ 'C^' française en prenant depuis quelques années une nouvelle signification. H '1 ^' """* "**"* *" rapportons aux littérateurs de la Force, et aux grani-

.Ùf':) ^ Txl") . mairiens de la police correctionnelle , faire chauler signifie exploiter la d^^J^^^-j crédulité, les vices, et la poltronnerie de certaines gens, et leur soutirer de l'argent à l'aide de promesses ou de menaces. Nous croyons donc rendre hommage aux autorités compétentes, et éclaircirun point obscur des vocabulaires A\tri;ot j en accordant le titre de maître chanteur aux sommités de la profession, aux professeurs habiles qui donnent, à des prix plus ou moins élevés, de savantes leçons aux élèves de leur choix.

Et cependant, les membres habiles de cette dangereuse corporation n'ont encore rien eu h démêler avec la justice. Bien que leur existence soit liée à tout ce qu'il y a de plus abject dans ce monde d'escrocs , de joueurs , de tripoteurs d'affaires véreuses , d'usuriers . d'industriels sans industrie, qui se répandent chaque matin sur le pavé de Paris, ils ont su conserver de belles relations, de nombreuses connaissances, même des amitiés parmi cette société toute parisienne , composée de gens qui, mettant en première ligne la dissipation , l'agitation et le plaisir, s'inquiètent assez peu de la moralité et des ressources des compagnons de leurs débauches. Grâce à cette indifférence , ils peuvent à leur aise choisir le terrain de leurs exploitations, et se mettre à l'abri d'une surveillance trop active. Et puis, qui songe à s'enquérir de leurs moyens d'existence? N'ont-ils pas toutes les apparences du comfortable et du bien-être? Ne font-ils pas partie de cette jeunesse dorée , dont le crédit s'est fondé sur des espérances imaginaires ou sur une fortune depuis longtemps dissipée? Ne sont-ils pas toujours et partout charmants convives , beaux joueurs, causeurs amusants? N'onl-ils pas ce premier vernis d'instruction qui suffit à la population flollante dont ils s'entourent , et qui attire ces intimités de rencontre si faciles à contracter ? Lorsque, dans leurs jours de fortune , ils ont joué le rôle d'amphitryons , ne l'ont-ils pas fait avec une magnificence digne d'un millionnaire de bon goiU? Si , parfois, dans les moments difficiles, ils usent largement de la bourse de leurs amis, en abusent-ils jamais ? Et si , faute de mémoire , ils oublient ces emprunts forcés, ne les payent-ils pas par leur- obligeance , par un dévouement à toute épreuve , par les offres les plus généreuses? Qu'un de leurs intimes ail besoin d'argent, ils se Iraiisformenl aussitôt en couilieis.el déicrrcnl à ,",i''<n(rpiinç nn de ces ban(iiiicrs iiiivonnalijes (bml la mission sni

12 LE PRISMF,.

cette terre est de faire oublier la parcimonie d'un pèie ou d'un luteui-. tjue l'affaire présente des difficulti's, ils s'euipresseni de devenir ciix-mêmes solidaires des 'Migagemenls exigés , se contentant . par décence , de partager les bénéfices de l'opération. Soyez poursuivi par une lettre de change usuraire, ils viennent à votre secours; et, forts de leur expérience , vous pou^ ez marcher les yeux fermés dans cette voie de jugements , d'oppositions, de règlemenls. d'appels ; privilèges du débiteur, chemins de traverse qui procurenl. en dépit des recors, quelques derniers mois de soleil et de liberté. C'est ainsi qu'ils se foni accepter, c'est en s'initiant à toutes les affaires de leurs amis, qu'ils se rendent indispensables. Et qui oserait mettre en doute leur loyauté et l'honnêteté de leurs expédients? N'out-ils pas donné vingt fois des preuves de susceptibilité et de courage? Ne sait-on pas qu'ils tiennent plus à l'honneur qu'à la vie, et que, pris sur le fait, ils répondraient comme un aventurier célèbre: «11 vous est permis de penser que nous sommes des fripons, mais nous ne souffrons jamais qu'on nous le dise !»

Cette assurance , le maître chanteur sait la conserver dans le cours de ses exploitations. Préparé à tout événement, il calcule avec sang-froid toutes les chances d'une entreprise: il en devine d'avance les écueils , et son audace parvient .souvent à les surmonter. Rarement , il est vrai , il lui est nécessaire de déployer une grande énergie ; la faiblesse, les erreurs , et la timidité de ses adversaires, viennent lui donner de faciles triomphes, et la peur est toujours l'un de ses plus puissants auxiliaires. Et puis, le voit-on jamais s'aventurer sans qu'il soit sûr de réussir? Ne connaît -il pas le côté faible de ses victimes? n'a-t-il pas des coups imprévus à leur porter? Une jeune femme est nonchalamment couchée sur les coussins de son boudoir. Elle a dit le matin qu'elle était souffrante, et que isa porte resterait fermée pour tous : cependant sa femme de chambre vient lui annoncer qu'une personne inconnue demande à lui parler. Après plusieurs refus , l'insistance du visiteur, et surtout quelques mots écrits à la hàle . lui font changer de résolution ; elle consent enfin à recevoir ce personnage mystérieux. Celui que l'on vient d'introduire est un jeune homme aux manières distinguées, à la mise élégante: il .<alue avec grâce . et paraît être façonné aux usages de la bonne comp.ignie.

«Madame , dit-il , après avoir accepté un siège i cAté de la jeune femme . j'ai d'abord à m'cxcuser de venir ainsi troubler votre solitude. Je me serais empressé de respecter la consigne que vous avez donnée à votre femme de chambre, si l'affaire qui m'amène n'intéressait pas et votre avenir et votre repos.

— Mais, monsieur, de quoi s'agit-il donc? Les quelques lignes que vous venez de me faire remettre m'ont effrayée ! Qui vous envoie? que désirez- vous? et. surtout , qui êtes- vous ?

-Je suis un peu des amis de M. Alfred P...

— Eh bien! qu'y a-t-il de commun entre M. Alfred el moi? Je le c(Minais à peine... Je l'ai rencontré quelquefois dans des réunions, dans des bals , comme on renconire toui le monde; mais ce jeune homme n'a jamais été admis chez moi.

— Il est heureux pour lui , madame , qu'il n'ait pas le nirine reproche h se faire. Il j eu le bonheur de vous recevoir plusieurs fois.

- Monsieur !

— Eh ! je ne viens pas ici , madame, vous demander compte de vos actions, el vous faire subir un interrogatoire. Je ne me reconnais pas le droit de contrôler vos démarches , el je vous prie simplement de m'accorder quelques minutes d'altenlinn.

— Parlez. , monsieur, parlez ; je vous écoule.

— Voilà le but de ma visite. Comme vous devez le savoir. M. Alfred D... est parli depuis quelques jours, laissaiil le soin de ses aff^iires el la clef de s(M1 apparlemeiil à l'un

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de ses amis. Poussé par un instinci de euiiosilc fort blâmable, cel iiidisfrel ami a découvert une correspondance qui vous intéresse, je crois, au dernier point.

— Et que prétend-il Faire de celte correspondance? Où donc voulez vous en venir?

— Ne craignez rien , madame. Ces lettres sont aujourd'hui entre les mains d'une personne qui en connaît tout le prix , et qui les garde précieusement.

— Mais c'est un vol, une infamie, un abus de confiance !

— Veuillez vous calmer, madame. 11 est un moyen de réparer la négligence de M. Alfred; grâce à la cupidité du nouveau dépositaire de ces lettres , il est facile de se les faiie restituer.

— Je vous comprends , enfin , monsieur. Je suis tombée dans un guet-apens ; je suis victime d'une horrible machination ! Vous êtes donc un voleur, monsieur? Sortez , sortez d'ici , ou je vais vous faire cha.s.scr.

— La colère , madame , est une mauvaise conseillère , dit le chanteur sans se déconcerter. Vous n'appellerez pas, vous ne me ferez pas chasser, et je suis même certain que plus tard vous vous montrerez reconnaissante du service que je vous rends aujourd'hui. » Puis, reprenant après un instant de silence: «Vous devez savoir, madame, qu'il existe unr personne qui payerait ces lettres bien cher.

— El qui donc, monsieur?

— Votre mari. Il paraît que, victime d'un déplorable aveuglement, monsieur votre mari s'obstine à méconnaître le trésor qu'il possède ; et , s'il avait entre les mains des preuves suffisantes , il serait tout disposé à vous intenter un procès eu !;éparalion.

— Et vous avez eu la pensée...

— Non, madame : nous avons cru prendre le parti du plus faible en nous adressant d'abord à vous.

— Ainsi , c'est de l'argent qu'il vous faut ! Que demandez-\ous? Vous faites là. mon sieur, un bien misérable métier.

— Je ne fais que remplir avec conscience la mission dont je me suis chargé.

— Abrégeons, monsieur, abrégeons ce triste débat. Qu'exigez-vous de moi ?

— Si nous estimions, madame, votre correspondance à sa juste valeur, nous vous m demanderions un prix fort élevé; mais, dans l'espoir de vous être agréable, le dépositaire consent à s'en dessaisir contre une indemnité de cinq mille francs.

— Cinq mille francs, grands dieux ! Mais, où voulez-vous que je trou\e cette somme .'

— Je sais, madame , qu'il est as.sez rare de trouver chez une jolie femme cinq mille francs d'économies; aussi n'ai-je pas entièrement compté sur cette ressource. Mais vous possédez des bijoux, des diamants sur lesquels il est facile d'emprunter, et je vous dirai comme le bandit espagnol Jo.se Maria : Vous êtes assez belle, madame, pour pouvoir vous passer pendant quelque temps de ces parures inutiles.

— Je vois , monsieur, que vous possédez à fond les ressources de votre métier. Kl quand vous faut-il cette somme ?

— Si je ne craignais pas d'être imporlun. je reviendrais ce soir: ou s'il vous eiinvienl mieux de la faire remettre chez moi .j'attendrai à l'heure que vous voudrez bien mindiquer la personne qui en sera chargée.

•—Revenez, monsieur, revenez ce soir ! Après mavoir humiliée connue \ous l'avez fait , serai-je encore forcée à mettre des étrangers dans la confidence de cette sale affaire .' Du reste, monsieur, je ne crois pas avoir besoin de réclamer votre discrélion;et , s'il vous reste encore un peu d'honneur, je ne pense pas que vous so\iez lenlé de divulguer un secret dont vous lirez d'aussi beaux avantages !

— Je mels toujours la plus grande nMiscience dans ce.> sorles de llansaclion^ . H |i

H LE PlUSME,

\(ii\ \oiisoii iloniier une preuve, ajoute le cliaiileur, eu remcUant à sa \icliiiR' uu pelil paquet cacheté : Voiei voire coi respondauce. Vous aurez le temps de l'examiner avant ma seconde visite. Si par hasard il manque quelques lettres , j'aurai l'honneur de vous les remettre ce soir. »

C'est ainsi que le maître chanteur se constitue à son profit le vengeur de la morale et des maris, et lorsqu'il n'a plus rien à demander à ce terrain fertile , il se met à la piste d'une nouvelle affaire, et souvent son choix s'arrête sur l'un des commensaux de .«on cercle habituel. Un jeune di.ssipateur est sur le point de réparer, à l'aide d'un brillant mariage, les nombreux échecs de son patrimoine. Déjà les bans sont publiés : quelques jours encore, et les erreurs de jeunesse seront tout à fait effacées, lorsque un matin, un obligeant ami vient brusquement interrompre ses rêves dorés, et prendre une large |)arl à son bonheur.

Il Tu dors, malheureux, tu dors, et la foudre gronde sur ta tète! Klisa, cette créature angélique, n'est plus la femme que nous avons connue autrefois si douce, si timide, si réservée. En apprenant que lu allais contracter un riche mariage, sa jalousie ,s'cst réveillée, et elle ne parle de rien moins que de déposer .son enfant SLir l'autel nuptial ! Évitons un pareil scandale! appliquons A l'instant la recette de Figaro. Cette recrudescence de passion n'est autre qu'un caprice de mille êcus ; à ce prix seulement , la malheureuse consent à se taire. Pour prévenir tout danger, j'ai promis cette somme, persuadé que tu ferais honneur à un engagement pris en ton nom.»

Quelquefois le chanteur, exalté par le succès de plusieurs affaires de ce genre, se décide à abandonner les sphères secondaires, pour essayer ses forces sur un théâtre plus élevé. Arrivé alors à l'apogée de la profession, sa perspicacité .se développe, ses investigations deviennent plus actives, ses plans sont mieux combinés. Il ne s'agit plus désormais de ces misérables produits dont il a bien voulu se contenter pour .se faire la main ; il faut maintenant que les bénéfices probables de son industrie prennent des proportions gigantesques, et lui donnent au besoin quelques années de repos. Cette scène nouvelle n'est pas abordable pour tous, et, si quelques-uns parviennent à s'y faire accepter, le plus grand nombre ne vient s'y essayer que pour subir des chutes éclatantes. C'est dans celle troupe privilégiée que se retrouvent ces individus dont l'existence est un problème, et qui , sans avoir' une position avouée , jouissent cependant de quelque crédit dans certains bureaux de ministères. La vie qu'ils mènent depuis des années laisse supposer que les services qu'ils peuvent rendre sont as.sez largement rétribués; mais leurs actions et leurs démarches sont entourées d'un voile tellement épais, qu'il est impossible de définir le caractère de leurs attributions. Sous le couvert d'une occulte proteclion, leur di.scrétion obligée résiste rarement à l'appàl d'une gratification brillante , et , grâce au mystère dont ils s'entourent, ils abusent plus aisément de la confiance qui leur est accordée. Vers la fin delà restauration, une lettre compromettante tomba ainsi entre les mains de trois maîtres chanteurs. Le signataiie de ce précieux autographe était l'un des personnages les plus émineuts de l'époque , cl l'on .savait qu'il était a.s.scz riche pour le racheter à un prix très-élcvé. L'occasion était belle! La lettre est lue , commentée, appréciée. Chaque ligne est une fortune , chaque nuH est un trésor. Les prétentions des intéressés montent en un instant jusqu'à soixante, quatre- vingt, cent, cent vingt mille francs! Une audience est demandée : le plus expérimenté de la bande sera le plénipotentiaire. An jour indiqué le maître chanteur .se présente avec son assurance ordinaire dans les .salons du duc *". Une fois introduit dans le cabiiiel du ministre, il lire gravement une lettre de son porleleuille, et en la lui présentant il lui dit :

(I Monsieur le dur , l'original de celte lelhr •■.>i| ciilic les mains dune persiinni- qui

Ll'S MAITKES CHANTELRS. 15

pourrait en faire iiii mauvais usage. C'est dans le but de vous en prévenir que j'ai eu l'honneur de vous demander une audience.

— Et quel usage pensez-vous qu'on puisse faire de cette lettre? réplique froidement le ministre, après avoir parcouru le papier.

• — Il me semble, monsieur le duc, que si cette lettre tombait entre les mains de vos ennemis, ce serait une arme dangereuse dont ils pourraient abuser.

— Et c'est sansdoute dans mon intérêt que vous êtes venu m'en indiquer le détenteur?

— Votre Excellence a trop la connaissance des hommes pour croire à un semblable dévouement.

— Quel prix demande-t-ou ?

— Le possesseur croit l'estimer au-dessous de sa valeur en réclamant une indemnité de cent vingt mille francs.

— Je vois que vous traitez les choses fort grandement. Mais ces prétentions sont Irè.scxagérées , et puis celte pièce a peu d'importance pour moi ; et , si on s'avisait de la publier, les personnes intéressées mériteraient tout au plus un reproche de négligence. Cependant je ne veux pas que votre démarche soit infructueuse... Ètes-vous bien sur que celte lettre soit écrite par moi ?

— Dans une heure, je puis présenter l'original à Votre Excellence.

— Eh bien ! revenez. Nous pourrons nous entendre... Vous me sembicz avoir assez d'adresse, du sang-froid... Il .serait peut-être possible de vous utiliser. Précisément, nous aurions quelqu'un à envoyer aux colonies... un homme st'ir, éprouvé...

— Je suis aux ordres de monsieur le ministre.

— Revenez donc dans une heure.))

Le maître chanteur est enchanté, ravi ! La nianiére dont il a été reçu lui donne une haute idée de lui-même. Déjà il se croit un personnage politique, et , dans .ses rêves ambitieux , il songe au moyen de profiter seul de sa bonne fortune et de sacrifier ses affidés. Dans ce but, le récit de son entrevue est arrangé à sa guise : à l'entendre, les bénéfices de l'entreprise seront au-dessus de toute prévision. Enfin la lettre lui est remise, et, pour la seconde fois, il est introduit dans le cabinet ministériel.

A peine le duc "" a-t-il la lettre entre les mains, qu'il s'écrie d'un ton indigné : «Monsieur! il paraît qu'à toutes les belles qualités que j'ai reconnues chez vous, vous pouvez ajouter celle de faussaire! Ceci est un faux , et je garde celte pièce pour la remettre à la justice !

— Mais, monsieur le ministre, balbutie le chanteur, anéanti sous ce coup inattendu , je puis vous affirmer...

— Vous voudriez peut-être me faire croire que vous avez agi de bonne foi? Vous êtes bien heureux que je ne vous fasse pas arrêter sur-le-champ! Dès ce jour, votre conduite sera activement surveillée.» Puis, après avoir .sonné: «Hui.ssier. reconduisez monsieur ! »

Revenu de son émotion .l'habile chanteur s'aperçut un peu lard qu'il venait d'avoir affaire à plus fort que lui ; et il eut besoin de tout son courage pour supporter les malédictions de ses deuxas.sociés, qui s'attendaient à tout autre dividende.

Dans ces derniers temps, les mêmes chanteurs furent plus heureux, et pourtant ils s'adressèrent à un personnage vieilli dans la diplomatie. De prétendues pièces officielles, habilement fabriquées, et soustraites , disait-on , aux affaires étrangères, furent présentées à un ministre résident. Il s'agissait d'une convention secrète , qui , au mépris des engagements contractés , sacrifiait les intérêts de la nation si bien représentée par le vieux diplomate. Des enlrcviies eurenl lieu , des rendez-vous mystérieuv riuciii donnés.

Mni\ vous en donuer une preuve, ajoute le chaiileur, eu remettant à sa victime un pelil pa<iucl cacheté : Voici votre correspondance. Vous aurez le temps de l'examiner avaut ma seconde visite. Si par hasard il manque quelques lettres , j'aurai l'honneur de vous les 1 émettre ce soir. »

C'est ainsi que le maître chanteur se constitue à son profit le vengeur de la morale et des maris, et lorsqu'il n'a plus rien à demander à ce terrain fertile, il se met à la piste d'une nouvelle affaire . et souvent son choix s'arrête sur l'un des commensaux de son cercle habituel. Un jeune dissipateur est sur le point de réparer, à l'aide d'un brillant mariage, les nombreux échecs de son patrimoine. Di"jà les bans sont publiés : quelques jours encore, et les erreurs de jeunesse seront tout à fait effacées, lorsque un matin, un obligeant ami vient brusquement interrompre ses rêves dorés, et prendre une large part à son bonheur.

<iTu dors, malheureux, tu dors, et la foudre gronde sur ta tête! Élisa , cette créature angélique, n'est plus la femme que nous avons connue autrefois si douce, si timide, si réservée. En apprenant que tu allais contracter un riche mariage, sa jalousie s'est réveillée, et elle ne parle de rien moins que de déposer son enfant sur l'autel nuptial ! Evitons un pareil scandale! appliquons à l'instant la recette de Figaro. Cette recrudescence de passion n'est autre qu'un caprice de mille écus ; à ce prix seulement , la malheureuse consent à se taire. Pour prévenir tout danger, j'ai promis celte somme , persuadé que lu ferais honneur à un engagement pris en ton nom. «

Quelquefois le chanteur, exalté parle succès de plusieurs affaires de ce genre, se décide à abandonner les sphères secondaires, pour essayer ses forces sur un théâtre plus élevé.. arrivé alorsà l'apogée de la profession, sa perspicacité se développe, ses investigations deviennent plus actives, ses plans sont mieux combinés. Il ne s'agit plus dé.^ormais de ces misérables produits dont il a bien voulu î^e contenter pour ,se faire la main ; il faut maintenant que les béiiéfices probables de son industrie prennent des proportions gigantesques , et lui donnent au besoin quelques années de repos. Celle scène nouvelle n'est pas abordable pour tous, et, si quelques-uns parviennent à s'y faire accepter, le plus grand nombre ne vient s'y essayer que pour subir des chutes éclatantes. C'est dans eetle troupe privilégiée que se retrouvent ces individus dont l'existence est un problè;nc, et qui , sans avoiiune position avouée , jouissent cependant de quelque crédit dans certains bureaux de ministères. La vie qu'ils mènent depuis des années laisse supposer que les services qu'ils peuvent rendre sont assez largement rétribués; mais leurs actions et leurs démarches sont entourées d'un voile tellement épais , qu'il est impossible de définir le caractère de leurs attributions. Sous le couvert d'une occulte protection , leur discrétion obligée résiste rarement à l'appât d'une gratification brillante, et, gràee au mystère dont ils s'entourent, ils abusent plus aisément de la confiance qui leur est accordée. Vers la fin delà restauration, une lettre compromettante tomba ainsi entre les mains de trois maîtres chanteurs. Le signataire de ce précieux autographe était l'un des personnages les plus éminents de l'époque , et l'on .savait qu'il était assez riche pour le racheter à un prix très-élevé. L'occasion était belle! La lettre est lue , commentée, appréciée. Chaque ligne est une fortune , chaque mot est un trésor. Les prétentions des intéressés montent en un instant jusqu'à soixante, quatre- vingt, cent, cent vingt mille francs! L'ne audience est demandée : le plus expérimenté de la bande sera le plénipotentiaire. Au jour indiqué le maître chanteur se présente avec .son assurance ordinaire dans les .salons du duc "■. Ijif fois introduit dans le cabinet du minisire, il tire gravement une lettre de son porleleuille, et en la lui pré>entant il lui dit :

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pourrait en faire un mauvais iisafjc. fi'esl dans le bul de vniis en prévenir que j'ai en l'honneur de vous demander une audience.

— Et quel usage pensez-vous qu'on puisse faire de celte lellr( i" réplique froidement le ministre, après avoir parcouru le papier.

— Il me semble, monsieur le duc, que si cette lettre tombait entre les mains de vos ennemis , ce serait une arme dangereuse dont ils pourraient abuser.

— Et c'est sansdoule dans mon intérêt que vous êtes venu m'en indiquer le détenteur?

— Votre Excellence a trop la connaissance des hommes pour croire à un .semblable dévouement.

— Quel prix demande-t on ?

— Le possesseur croit l'estimer au-dessous de sa valeur en réclamant une indemnité de cent vingt mille francs.

— Je vois que vous traitez les choses fort grandement. Mais ces prétentions sont Irèscxagérées, et puis cette pièce a peu d'importance pour moi; et, si on s'avisait de la publier, les personnes intéressées mériteraient tout au plus un reproche de négligence. Cependant je ne veux pas que votre démarche soit infructueuse... Êtes-vous bien srtrquo cette lettre soit écrite par moi ?

— Dans une heure , je puis présente)' l'original à Votre E.xcellence.

— Eh bien ! revenez. Nous pourrons nous entendre... Vous me sembicz avoir assez d'adresse, du sang -froid... H serait peut-être possible de vous utiliser. Précisément, nous aurions quelqu'un à envoyer aux colonies... un homme si'ir, éprouvé...

— Je suis aux ordres de monsieur le ministre.

— Revenez donc dans une heure. «

Le maître chanteur est enchanté , ravi ! La manière dont il a été reçu lui donne une haute idée de lui-même. Déjà il se croit un personnage politique, et, dans ses rêves ambi lieux, il songe au moyen de profiter seul de sa bonne fortune et de sacrifier ses affidés. Dans ce but, le récit de son entrevue est arrangé à sa guise : à l'entendre , les bénéfices de l'entreprise seront au-dessus de toute prévision. Enfin la letlie lui est remise, et, pour la seconde fois, il est introduit dans le cabinet ministériel.

A peine le duc **" a-t-il la lettre entre les mains, qu'il s'écrie d'un ton indigné : «Monsieur! il paraît qu'à toutes les belles qualités que j'ai reconnues chez vous, vous pouvez ajouter celle de faussaire ! Ceci est un faux , et je garde cette pièce pour la remettre à la justice !

— Mais, monsieur le ministre, balbutie le chanteur, anéauii sous ce coup inattendu , je puis vous affirmer...

— Vous voudriez peut-être me faire croire que vous avez agi de bonne foi? Vous êtes bien heureux que je ne vous fasse pas arrêter sur-le-champ! Dès ce jour, votre conduite sera activement surveillée.» Puis , après avoir sonné: «Huissier , reconduisez monsieur ! »

Revenu de son émotion , l'habile chanteur s'aperçut un peu lard qu'il venait d'avoir affaire à plus fort que lui ; et il eut besoin de tout son com'age pour supporter les malédictions de ses deux associés, qui s'attendaient à tout autre dividende.

Dans ces derniers temps, les mêmes chanteurs furent plus heureux , et pourtant ils s'adressèrent à un personnage vieilli dans la diplomatie. De prétendues pièces officielles , habilement fabriquées, et soustraites , disait-on , aux affaires étrangères, furent présentées à un ministre résident. Il .s'agissait d'une convention secrète , qui , au mépris des engagements coniraelés , sacrifiait les intérêts de la nation si bien représenlée par le vieux (liploinalc. Fies entrevues curent lieu , des rendez-vous mystérieux lurent donnés.

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