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— J'adore les pieiiiièies lepréseiitalions, repond l'amie ; tout ce qu'il y a de plus distiii- '^ué dans les arts s'empresse de s'y rendre, et avant le lever du rideau, nous demanderons les noms des personnes connues.
— Quel est donc ce monsieur si laid qui vient de paraître au balcon ?
— Ah ! je ne sais pas. Ce doit être un auteur. .Te le vois souvent aux premières, et il a l'air d'avoir ses entrées. Il est malheureux que nous n'ayons pas encore de voisin. Quels sont les acteurs qui jouent ce soir.'
— .le n'ai pas encore regardé le programme; mais on m'a dit que la |)ièce était parfiùtement montée. TN'ous aurons donc l'élite de la troupe.
— Beauvalet joue-t-il?
— • Certainement, puisque c'est un drame.
— Et Menjaud?
— Menjaud ! vous aimez cet acteur-là?
— C'est ma passion. Comme il a bon ton !
— J'aime bien mieux I.ockroi.
— Ah! Lockroi; c'est un joli homme, bien fait pour ses rôles.
— Croiriez-vous que j'ai été folle de lui, et que j'ai payé plusieurs fois rien que pour le voir? Tenez, j'étais précisément placée dans cette loge d'avanl-scène, à droite.
— Moi, j'aurais du penchant pour Menjaud.
— iNFais il est fort vieux.
— Connnent, fort vieux ! il parait tout jeune sur la scène. On ne lui donnerait pas plus de trente ans.
— Combien donnez-vous à mademoiselle Mars?
— FJle doit avoir passé au moins la cinquantaine.
— Cinquante ans! vous n'y êtes pas. L';"igede la duchesse d'Angoulème : soixante-six ans.
— Quelle indignité! qui vous a dit cela?
— C'est mon mari , qui est toujours bien informe.
— Votre mari?
— Assurément. Vous ne savez donc pas qu'il s'occupe de llicàlre entre ses heures de bureau. Il connaît beaucoup M. Saint-Ernest, de l'.Ambigu.
— Ah! je ne savais pas cela. C'est bien différent.
— Tenez, aux secondes loges, Arnal avec une dame.
— La dame de chreur?
— Eh non; une dame que je ne connais pas. Voyez connue il est mieux ;i In ville qu'à la scène?
— Ses lunettes lui donnent une gravité étonnante. On le prendrait pour un diplomnle. C'est une chose bien extraordinaire, l'n homme (pri m'a fait tant rire!
— Vous savez (pi'il fait des vers?
— Connue Lamartine?
— La même chose. Seulement, ce sont des vers plus légers, des poésies badines. L'autre jour je lisais un fragment d'épître qu'il a adressée à Bouffé. Je <Tois même avoir conserve le journal; je vous le prêterai. «
La salle se remplit peu à peu. Vingt conversations du même genre s'engagent à l'orchestre et dans les loges. Un groupe discute sur les pro4;rès et la beauté de mademoiselle l'iessy ; trois amateurs soutiennent chaudement mademoiselle Mars, qu'un de leurs voisins Nient d'appeler ingénuité centenaire ; mademoiselle Doze a aussi ses défenseurs, et le nom de mademoiselle Noblet elle-même est prononcé dans un petit cercle. Chacun étale complaisammenl ses admirations el ses svmpathies Celui-ci n'es! attiré que par mademoiselle
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Racliel, qu'il place nu haut des deux lorsqu'il laisse ses oainarades sur la tene; cet autre S|ieetateur concentre toute sou alïecliou dans le jeu de mademoiselle ÎMars ; ce dernier n'a des yeux que pour sa )eune élève. Au parterre, les affections se rencontrent plus jeunes et plus vives, et quelquefois elles s'élèvent jusqu'à la passion. r est là que connnencent les premières amours sans espoir, les douces liaisons formées par l'imagination ou le caprice. De ces modestes banquettes, se lancent d'audacieuses déclarations, tou- |ours sans réponses , des vers inédits inspirés par l'étude ré- ^ tente de Catulle, des bouquets de collégiens, cacliant une plirase uuoureuse qui n'arrive jamais à son adresse, et que M. Samsou ht 1 haute voix au foyer des acteurs. A côté de ces attractions pissionnelies (style phalanstérien), nous trouvons les curieux et les indifférents, jeunes gens cuirassés d'un profond mépris pour toutes ces adorations de théâtre, Lovelaces en herbe, persuadés qu'il est de bon goiit de médire de toutes les femmes avec l'aplomb que donne une expérience de vingt ans.
« Je ne conçois pas, dit l'un de ces derniers, en s'adressant à son voisin, que l'on .se prenne de belle passion pour toutes ces comédiennes dont le seul mérite dépend du prestige de la scène. Je serais, en vérité, fort malheureux si j'avais le moindre penchant pour ces créatures qui se plaisent à étaler tout ce qu'elles peuvent laisser voir de nudités, et qui adressent des sourires gracieux à tout le monde. I.,e premier cuisti-e possesseur de deux francs a le droit de penser que toutes ces minauderies, toutes ces poses, toutes ces coquetteries, tous ces jeux de piiysionomie, toutes ces œillades, s'adressent à sa ridicule personne. Un de mes amis a eu la faiblesse de tomber dans ce piège affreux. Une petite fille sans talent, que vous avez pu voir sur l'un de nos théâtres secondaires, a excité chez lui une passion si violente, qu'il n'en est pas encore guéri. Croiriez-vous qu'il se ruinait toutes les fois qu'elle était annoncée .' Il dînait à peine pour pouvoir trouver dans sa bourse le prix de son entrée. Ce métier dura trois ans. Chaque soir il était à la même place, suivant tous les gestes et tous les mouvements de son adorée, qui ne soupçonnait pas son existence. Souvent il interprétait à sa guise le geste le plus insignifiant; il se persuadait qu'un regard lui avait été personnellement adressé ; et ces jours-là, il rentrait enchanté de sa soirée. Enfin il reconnut qu'avec de maigres appointements de quinze cents francs par année, il ne pouvait pas Jouer plus longtemps d'une manière brillante le triste rôle de soupirant, et ses belles illusions s'évanouirent. Il aurait eu certainement le droit d'espérer s'il avait pu offrir un léger équipage; mais il fallait de l'argent, le nerf de l'intrigue, dit Beaumarchais! avec de l'argent, on obtient tout ce qu'on désire. A propos, vous savez que c'est encore Déjazet qui possède le plus grand nombre d'amoureux inpartibiisPTous les soirs, la petite salle du Palais-Royal en est encombrée, et vous pourriez les compter par centaines. Pour ma part, elle me plaît beaucoup, et j'aimerais à faire un petit souperrégence avec elle. On la dit bonne enfant et très-spirituelle. Tiens ! la voilà dans une baignoire. Quand on parle du loup... C'est suprenant! »
Le premier acte vient de finir. Deux femmes littéraires, remarqual)les surtout par la désinvolture de leurs toilettes, causent cavalièrement avec deux barbes voisines. « Que pensez-vous de cette introduction? l" barbe. — On ne peut rien dire encore : c'est froid.
— Que dites-vous de Beauvalet ?
'2'' barl)e. — Assez bon ; mais trop caverneux.
— Et de Samson?