‹ Le PrismeChapitre 4 sur 106 · I.E PRIS M K · texte numérisé non relu

I.E PRIS M K

— // parle par le nez bien plus que par la bouche.

— Comme vous connaissez vos auteurs !

— Victor ! je le sais entièrement par cœur.

— Avez-vous va Balzac?

— Balzac!... où donc est-il.'

— Là-bas, près du balcon, avec une canne.

— Mais ce n'est pas Balzac, c'est Francis Cornu, .le le connais bien; il a été sur le point de devenir mon collaborateur. . . L'auteur du Festin de lialt/iazar.

— Vous ni'étonnez ! on m'a toujours désigné ce monsieur conune étant M. de Balzac.

— Voulez-vous voir Hugo, si vous ne le connaissez pas.'

— Je l'ai vu vingt fois, et le premier jour je l'ai deviné à son front.

— Vraiment ! vous avez donc quelques notions de phrénologie?

— Non, mais bien de pliysiognomonie.

— Alors, quel est ce monsieur qui vient de se placer sur le devant de cette troisième loge, à gauclie?

— Ce doit être un bomme célèbre.'

— .Te le crois certes bien! c'est Balzac lui-même... le vrai Balzac, le seul autorise a porter ce nom.

— J'en suis toute suprise; je le croyais blond. Je dois vous l'avouer, je l'aimerais mieux blond.

— Oui; mais quels yeux !

— C'est vrai. Prêtez-moi donc votre lorgnette pour que je l'examine à mon aise. .\li ! il se retire. Quel fàcbeux contre-temps!... je suis toute émue.

— Dumas vient d'entrer dans la loge voisine du balcon. Vous savez qu'il se marie?

— L'auteur d'Antony! .\li ! Dieu, comme c'est prosaïque.

— L'Académie a exigé ce nouveau titre.

— Il en avait déjà bien assez. Plus d'un de ces messieurs n'a pas le quart de son talent Quelle belle popularité! A la place de sa femme, je serais bien lière.

— Madame Dorval est derrière nous.

— Ali! je ne l'avais pas encore aperçue. L'aimez-vous?

— Si je l'aime ! je l'adore. P^lle a des moments magiques. C'est le drame incarné : les Français ne pouvaient pas s'en passer. Comme elle était belle dans .Intony! Quel succès pyramidal !

— Alors vous ne devez pas aimer Noblet?

— A côté de Dorval, ÎSoblet est une bavaroise glacée. «

Après le quatrième acte, une dissertation de baute critique est mise sur le tapis tians la loge de la Rerue fashinnable des apothicaires unis. ■' Kli bien ! qu'en pensez-vous, vous autres ? dit l'un des rédacteurs iiillueuts.

— Exécrable, détestable, nauséabond !

— PLst-ceune pièce?

— Infâme rapsodie!

— Pourriez-vous me dire dans quelle langue cela est écrit ?

— Ce n'est pas une langue, c'est un patois.

— Voyez comme le public est indulgent ! il écoute sans rien dire.

— Il ne dit rien parce (pi'il dort; et poison nesiflle plus aujourd'bui.

— Tout à riieurc, au foyer, ce farceur de .laiiin pnlcndail cpi'il a\.iit vu plus mauvais que cela.

— Quel lioiiiiiH' paradoxal !

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— En parlerous-nous?

— Certainement non. Vart n"a rien à voir dans ces compositions hàlarties. -Nous ne devons pas nous avilir à ce point. Notre mission est plus sainte et plus belle.

— Il faudrait envoyer l'auteur à l'école. Avez-vous remarqué le malgré que du troisième acte.'

— Charmant, en vérité! le malgré que m'avait échappé.

— Et dans le quatrième, la jeune fille parle d'un monsieur qui a les cheveux rouges. On ne dit jamais cheveux rouges; la grammaire s'y oppose : on dit cheveux roux.

— Cependant l'usage le permet !

— L'usage de ceux qui parlent mal.

— .le me suis quelquefois surpris à me servir de cette expression.

— On peut la tolérer dans la conversation ; mais on ne doit jamais se permettre de l'écrire. Et ce père stupide qui débarque à Florence.

— Pardonnez-moi; mais je crois que c'est une métaphore.

— Point du tout : l'acteur a hien d'à j'ai débarqué à Florence, comme si Florence était un port de mer.

— C'est tout à fait prendre le l'irée pour un homme.

— Vous l'avez dit, et je partage entièrement votre opinion. Et ces acteurs!

— Ouels saltimbanques !

— Si je parviens à être directeur, comme je renverrai tout cela au boulevard !

— Ce sera le plus bel acte de votre administration.

— Ces actrices, quel ton ! En vérité, les bonnes traditions se perdent de jour en jour. INï goût, ni manières, ni tenue. Il n'y a plus moyen de travailler pour le théâtre, à moins de consentir à faire du commun. Croiriez-vous que tout à l'heure, au moment de la reconnaissance, trois fennnes pleuraient comme des IMadeleines!

— Ce sont des femmes hydrauliques.

— loli ! je retiens le mot |)Our ma prochaine chronique, si je me décide à en faire une.

— Nous ne restons pas jusqu'à la fin ; nous mourrions d'ennui. Vous savez le dénouement. Après une scène larmoyante, le père consent a lui laisser épouser celui qu'elle aime.

— Que cela ! et on appelle une plaisanterie pareille, ouvrage dramatique ! .le prédis quinze représentations.

— Je suis sûr que cette pièce sera jouée cinquante fois au moins ; on aime le mauvais.

— Notre ami V... se fera-t-il nommer?

— Il en est bien capable. Tîne chute de plus ou de moins, qu'importe!

— Dieu les bénisse! voici la fin. C'est le moment que je préfère. Quel four! Décidément ce garçon n'a pas le moindre talent.

— îl y a au coin de l'orchestre un malheureux qui applaudit comme un forcené.

— .Te le crois bien; c'est un créancier. Partons, messieurs. Allons fumer un cigare et boire un peu de l)ière pour faire passer cela. » t. C>.

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