SCENES DE MOEURS
( Les jeunes élèves entrent en classe.
Li siKVRS VOIX. — Ohé, les autres, oht'! Filipot . oli(*!
Fiui'OT, passant la têlc ti la porte. — Qu'esl-ce qui veut voir défiler la parade? Viens-tu voir la parade, Vinet?
ViNET. — Et rmaître?
Filipot. — On y dit zut... y a personne chez nous... Viens-tu.'
VixET. — Ah bail , non ! tant pire.
Filipot. — Ah! que t'es couenne... J'y vas, moi. Vinet. — C'est bon , ça va être dit au maître. Filipot. — Oh ! y dis pas , c'est bête. Vinet. — Eh ben , donne-moi quêque oliose. Filh'ot. — Tiens, v'ià mon couteau.
Vi.NET, //' >•""'■ — Je le dirai tout d'même... Attrape! Filipot. — Oh!... ( il cric ) méchant galopin !... ( // disparatt.) ViNKT. — C'est moi qu'a un beau couteau. Anatole. — C'est moi qu'a un hanneton.
Vinet. — Fait-il son fier avec son hanneton... (l'est ça que c'est beau un hanneton ! Anatole. — Tu dis ça parce que t'en as pas... Et ton couteau , donc! V'ià-t-il pas, parce qu'il a un couteau...
VixET. - - Veux-tu changer ?
Anatole. -J't'en fiiiiiiiichc... El toi, veuv-iu changer'.'
ALIîLM DES FRANÇAIS. 13:,
ViNET. — Ah, quin ! j'en ai plein chez nous dcz'hannelons.
Anatole. — Et ton couteau donc, (u peux bien le garder.
ViNET. — Eh bien , changeons.
Anatole. — Ça y est.
ViNET. — Ohé, Zidore! vlà Toniicliiei- (|u",i un chapeau de paille, flh e'chapcaul oh r'te tête !
ZiriORE , bourrant TonncUicr. — flh e'hapeau ! oh c'coloquel ! ohé, Bocquel, vois-y donc son chapeau !
BocQiET, repoussant TonncUicr. — Oh c' capet! oh ( clt pij ! nous allons l'y nous amuser.
ToNNELLiER, grognant. — Lais-se-moi-donc-tran-quille , toi.
ZiDORE , revenant à la charge. — Oh c'nez qui vous fait ! Ohé, Mayeux !
TONNELLIER. M'sicU !
BocQUET. — Ah! t'es capon , toi... Mayeux! Mayeux! ToNHELLiER. — M'sicu ! m'sieu !
ZiDORE lui fjfondrc son chapeau d'un coup île poing. — Vlà pour ton m'sieu.
ToxNELLiER. — Hi hi hi ! Qu'est-ce qu'on va dire chez nous? hi hi hi !
ZiriORE. — Ahbennon, tais-toi, ça ne sera rien... Ne le dis pas , hein ?
ToNNELLiER. — Jc vcux le dire , moi. Hi hi hi ! mon chapeau qui n'a plus de fond !
Zidore. — Nous somm' amis, tu sais, ne pleure pas... Tiens, je t'vas donner quéque chose pour la peine... Vlà un crayon rouge.
Tonnellier. — J'en veux pas de ton crayon , j'veux un chapeau. Hi hi hi ! Zidore. — Tiens , v'ià encore un bouton... Tu vois , c'est gentil , c'est en vrai or. ToN.NELLiER , Calmé. — Nous serons amis , pas vrai ? Vi.^ET. — Qu'est-ce que t'as dans ton panier? ToNNELLiER. — J'ai du raisiné.
ViNET. — Donne-moi z'en un peu.
ToNNELLiER. - Est - il gUBuIard donc , celui-là ! Vlà pour Zidore ; toi , t'auras rien , t'es trop gueulard ; v'ià ce qu' c'est de demander.
ViNET. — Vlà ce que t'auras , toi ( // lui donne un soufflet bruyant ).
ToNOTLLiER. — Hi hi hi ! M'sieu !
ViNET Cl les autres éloujfcnl ses cris. — Ohé , le capon ! Tu pleures , tu rages , tu manges ton fromage {ils entourent TonncUicr en lui faisant les cornes).
Zidore, monté sur une table — VxéM prêcha , la chemise entre mes bras, le bonne! sur mes cheveux...
Une voix. — M'eg'à vous , v'ià m'sieu qui vient.
Zidore tombe du haut de la table en bas. — Holà !
Les autres. — Bien fait.
Zidore.— Ça m'est égal, je ne m'ai pas fait de mal \ il pleure).
Le MAITRE. — Gare là-bas, si j'y vas!(// pnrait à la porlc ; scnsalion marquée '
To?i]\F.LLiER. — Hi hi hi , m'sieu !
Le MAITRE. — Attends,attends,chenapan... Je vasvousenfairedii train, moWJl rentre.
ToNSELLiER. — M'sieu , hi hi , Vinel m"a bat...
Le MAITRE. — C'est donc toi , savoyard! ( // lui dclachc une claque à tour de bras. ^ Et à genoux tout le temps de la classe !
To>>ELLiER. — C'est pas moi qui... hi hi hi? hu hu !
Le MAITRE. — A genoux!... obstiné! Silence par là , où j'en vais faire autant... Ah! lu as une mauvaise tête! et moi aussi... ISous allons faire la prière... Tumulte, bruit de bancs et de vaisselle dans les paniers.) Javais déjà dit qu'on devait déposer la mangeaille derrière la porte... Dorénavant je la confisque... pour Azor... A genoux ! yllfait le signedc la croix.) In nomine patris... .Jfec un regard furieux à droite et à gauche.^ Je t'vas aller cingler toi là-bas... In nomine jmlris...
ToN.XELLiER, d'une voix étouf/cc. — Hi hi hi !
Le MAITRE. — Qu"e.<t-ce que j'entends? Silence !/« nomine patris. ..[Il lève la main pour un nouveau signe et la rabat violemment sur la nuque de l'clcve le plus proche.) Mais fais donc le signe de la croix, animal !... de la main droite... In nomine patris...
L'élève, à demi voix. — Chameau .'
Le MAITRE. — Qu'est-ce que tu as dit?
L'élève, levant les coudes. — Pas moi, je ne dis rien.
V'nET. — M'sieu , il vous appelle chameau.
Le MAITRE, avec impétuosité. — On ne te demande rien, toi.... enfant de rien du tout , ver de terre ( // le secoue par les oreilles ).
VixET. — Holà! holà, c' n'est pas moi qui l'ai dit. c'est lui qui vous appelle chameau, cha-a-a-a-a-meau , cha-a-a-meau , oh ! oh !
Le MAITRE. — Ah, les vermines !... Vous voulez donc m'épuiser, vous voulez donc m'assa.ss\ner? ÇIl parait hors d'haleine.) In nomine patris c/... R'ousque lu viens à cette heure , toi ?
Gallochat, entrant. — M'sieu, maman a dit comme ça que je \ons dise (|u'elle avaii dit que... que... elle n'avait pas fait cuire à déjeuner... et qu'il était trop tard.
Le MAITRE. — Ketournes-y et tout de suite. 11 est neuf heures.
Gallochat. — .Mais m'sieu... [Le maître s' élance après lui; il s'enfuit en criant .)}ii)\i, holà !
Le MAITRE. — In nomine patris et filii et spiritus... (Gallochat rentre à quatre pattes ; le maître s'élance de nouveau. Gallochat disparait. Le maître reprend.) In nomine patris et filii , et spiritut sancti...
Les élèves, sur tous les tons du miaulement. — Amen!
ZiDORE , après tes autres. Note aigué, exagérée — ylmen .'
Le MAITRE, avec colère et les dents serrées. — f'eni, sancte spiritus... lci,BocqMel, ici, scélérat, que je le casse un bras ou den\... Je te ferai suivre, moi !
BocuiET. — Si, m'sieu, je suis... Sancte spiritus, sancte...
Le MAITRE, avec un mouvement passionné.- Je vais t'en donner sur les reins des sancte spiritus... Apporle-moi ce que Ui caches dans la eulolle.
BoceiET. — M'sieu , c'est mon déjeuner.
Le MAITRE. — Veux-tu?... (Bocquet lui mel dans la main un cornet de mélasse.) Vilain dégoûtant, lu ne l'auras pas ton déjeuner, sauvage !... La brute , la brute elle-mêiiie vaut mieux que vous, car au moins la brute... Mercenaires !... yeni, sancte spirilus-bsbs-bs-bs, incende.
ALBUiM DES FRANÇAIS. J37
Les lil.KVKS. — Av-/;t-/;t-/AV-/<.«-»MEJi I
l.a fiasse ((iiimieiicf;. )
Le maître. — Les leçnn.<.
Tox^iEUiER. — Ne pousse donc pas , loi... M'.sieu ! Amatoie. — Tiens , capoii , va dire à m'sieii. ToOTiELiiEii. — M'sieu !
Ahatole. — Oh c'ileéehinade après la rlasse, tu verras, va ! flapr>n , rapoii , filou ! Le MAITRE. — Nalole , l'Ëvanjfile?
To>>-ELLiER. — Bien fait.
Anatole. — Grand voleur, tu verra.s. (^n«/.) En ce Iemps-lâ...lt1.. à .. en ce lemnsld..d... en ce lemps-là à à... Jésus ka lut hu...
Le MAITRE. — Sait pas; quinze fois l'flvangile à eopier. Anatole. — Si m'sieu, si m'sieu... En ce temps-là à à... ToNNELLiER, bas. — Bien fait, bien fait.
Anatole. — En ce lemps-là à à... (Jms). Filou , filou... \haul). En ce lemps-là à à... Le maître. — Copiez trente fois.
Anatole. — Mais, m'sieu...
Le maître. — Quarante fois.
Anatole. — Une injustice , nà !
Le Maître. — Cinquante fois.
Ah atole. — Ferai pas , nà !
Le maître. — Tu raisonnes (// .se lève).
Anatole. — Si m'sieu, si m'sieu (plus bas ); injustice, nà! filou . nà ! Le MAITRE. — Zidore, l'Évangile?
ZiDORE se lève avec empressement et parlant JorI vile. — En ce temps-là , en re lemps-là, en ce lemps-là... M'sieu, papa a été malade, j'ai pas pu apprendre tout.
Le maître. — Une atte.station de vos parents.
ZiDORE. — M'sieu , papa était malade.
Le MAITRE. — Quinze fois à copier.
ZiDORE éclate en sanglots. — M'sieu , m'sieu , papa est malade... c'est pas moi... c'eM papa qui est malade.
Le MAITRE. — Je n'entre pas là-dedans... Bocquei . l'Kvangile?
BocQCET. — M'sieu, ça n'est pas dedans le mien.
Le maître. — Quatrième dimanche après la Passion.
BocQiET. — C'est Filipot qu'en a fait des cocolles.
Le maître, avec une irrilalion concentrée. — Vous les copierez quinze fois, ces cocottes.
BocQiET. — Mais, m'sieu...
Le maître. — Silence, el obéis,scz... Vinel , ta leçon ?( f^inet cherche sa casquette, ramasse une plume, et demeure longtemps sous son banc). Vinet, je t'attends.
ViNET , sous le banc. — M'.sieu , je ne trouve pas le coton de mon encrier.
Le MAITRE. — Tu n'as que faire de colon dans celle circonstance, il me semble. Récilez.
ViNET, très-haut. — En ce temps-là à à...
Le MAITRE. — Plus bas, nous avons le temps.
ViMBT, plus haut. — Enre temps-là., à .. .lésus...
Le jiAiTRE. — J'ai dit plus bas... Parlé-je allemand? Un grillon. — Cri-cri-cri.
Le MAITRE. — Qu'est-ce qui souffle par là? Je vas le souffler, moi. ViNET. — M'sieu , c'est chose qui m'empêche de nViter, avec son cri-cri... Il me l'iiiet dans le dos... Fclisque, nà !
Le MAITRE. — Qu'on m'apporte cet animal. Félix. — M'sieu , c'est pas moi , c'est lui. Le MAITRE. — Apportez-moi cet animal , vous dis-je. Félix, en pleurs. — M'sieu...
Le MAITRE, impatienté. — Faut-il que j'aille le chercher ?( F^/j'a; se cache sous son banc. Vinet vient df poser le grillon sur la table du maître.) Pauvre bête... Bourreaux , sans cœurs... Qui est-ce qui lui a introduit ce papier dans le corps?.. Barbares... {à Félix) Serais-tu content si l'on t'en fai.sait autant?.. Si vous profitiez, savoyards, de ce que je vous montre... si vous écoutiez , cancres {en appuyant): Jamais faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît... ça dit tout, ça... au lieu qu'ils ne savent qu'imaginer, ces renégats... il faut que je le dise , pour tourmenter, là , pour tourmenter à plaisir... Souffre, souffre si tu veux... Mercenaires que vous êtes... L'n maître qui consacre sa vie à leur donner des soins , une bête innocente qui ne leur a jamais fait de mal... Tout leur est bon... ça leur est égal... Mais si petit que soit un animal, il souffre comme vous. Ce papier, qui vous semble peu de chose, c'est comme une bûche pour vous... Parce que ça ne se plaint pas, n'est-ce pas ?.. vauriens... ça n'en souffre pas moins... ça se plaint, ça crie , ça pleure, ça hurle comme vous... C'est vous qui n'entendez pas, bourreaux... Pauvre bête... ils lui ont coupé la tète... les chenapaus... Rendezlui la liberté... tout de suite... [On jette l'insecte par la fenèlre.) TopiNELLiER. — M'sieu , Zidore m'appelle voyou.
Le MAITRE. — Silence!... Vous avez vu par l'évangile de ce jour combien il est difficile...
ToMELLiER. — M'sieu , Zidore me donne des taloches. Le MAITRE. — Silence!.. Vous venez de voir par l'évangile de ce jour... ToNfiELLiER , à Zidore. — Ah ben ! finis , toi , je n'joue plus... M'sieu ! Le MAITRE. — ... Combien il est difficile...
ToNNELLiER, allant à lui. — M'sieu, Zidore ne finit pas de me donner des grandes pichenettes sur le nez.
Le MAITRE lui allonge un soufflet. — ( En appuyant sur ces mots ) De par-don ner-le.s-of-fen-ses... Tiens, \erniine, et à genoux ! ToNPiELLiER. — Hi hi hi !
Le MAITRE. — Vous avez vu par l'évangile de ce jour combien... ^lais ils ne .saveni rien , les cancres..., cl je m'Opui.se ( // tousse ) hum ! hum ! hum ! (violent accès). Vous voulez donc ni'avoir les poumons, misérables... Ils veulent m'assassiiier... Ah! mon Dieu! (// essuie quelques larmes). Viuis apprendrez l'évangile suivant... Niuis de\(iiis avoir fini à la Fête-Dieu... Un par jour , comme ça... Passons à la dictée (// /'/th^/ un livre''. Le vieux Nestor répond... en ces termes aux envoyés... Je le vas frollcr les épaules , loi, là-bas, va-nu-pieds.
Un élève , écrivant. — Frot-ler-les-é-pau-les.
Lé MAITRE. — Tu écris ça, loi , ignare !... Tu me confonds avec Kéiicloii {souriant), ('.a n'est pas mauvais... pauvre Fénclon!(// dicte.) Dans le climat de l'heureuse liétiqne... Je ne sais plus où j'en suis... Le vieux Nestor... Anatole. -- M'sieu , voulez vous me tailler ma plume?
ALBUiM DES FRANÇAIS. 139
Le mutre, avec intenllon. — Monsieur, je ne suis pas un tailleur, (/{ires bruyants. Le maître, avec un sourire de satisfaction à demi réprimé, reste quelques secondes sans parler. i{eu,heu.heuli II reprend.] Dans le climat de l'heureuse... Non,re n"esl point cela... le vieux ^l'estor répond..., virgule, aux envoyés, virgule , du roi d' Ithaque, deux points: Jmis! point d'admiration... ( Finet donne sans motif un violent soufflet à Tonnellier, penché sur son papier. Stupéfaction.)
Vl\et. — MVieu , Tonnellier!... y me donne des calottes.
Le MAITRE. — Ici, Tonnellier.
To«ELLiER, oppressé. — M'sieu , c'est lui.
Le MAITRE. — Ici , brigand... faut que tu sois bien féroce , toi... [Ili emporte par une oreille.)
ToxNELLiER. — HoIà ! holà !... hfwoolà ! ( Furieux ) Grande béte , nà !
Le MAITRE. — Je t'anéantis, misérable... Tu es donc un fléau... Tu es donc né pour le tourment des humains... On aurait dû l'étouffer en naissant... Si j'étais ton père... mais les parents... c'est si indulgent... Je ne sais plus où j'en suis... Dans le climat de l'heureuse Bétique... Savoyards !... Madame Gallochat entre avec son fils.)
W" Gallochat. — Mande bien pardon, mosieu Desvergettes , sans vous déranger.
Le MAITRE. — Comment, madame? Je suis enchanté de l'occasion qui me procure...
M"" Gallochat. — L' petit est revenu chez nous qui dit: Le mosieu m'a grondé; attends, que j' dis, j' vas voir, ça n' .sera rien; il n'osait pas revenir comme ça tout seul.
Le MAITRE. — Oh ! madame , quel enfantillage !... Vous avez eu tort , Gallochat ; pourquoi n'osiez-vous pas , mon petit ami?
M"" Gallochat. — Tu vois, petit, mosieu est bon... Vous savez , quet fois i sont pas fâchés d'aller comme ça courir... Oh! mais, que j' dis,j' vas t'y ramener, j' vas y parler au mosieu...
Le MAITRE. — Madame, je suis enchanté de l'occasion...
W"" Gallochat. — Y a pas de quoi , mosieu Desvergettes... Allons, petit, ôte ta casquette; v'Ià ton panier, va avec tes petits camarades , et profite... C"est-il .sage, cest-il savant tous ces petits messieurs ?
Le MAITRE. — Mais, Dieu merci, je n'ai point à me plaindre, ça va , ça va.
M""' Gallochat. — (Ih, dame! c'est pas tout des roses; seigneur Dieu , qu'on doit avoir quel fois du mal dans vot' étal...
Le MAITRE. — Mais , comme ça... Il faut des soins.
M°" Gallochat. — Allons, à revoir, mosieu Desvergettes; excusez bien.
Le MAITRE. — Comment , madame , c'est moi qui... {Elle sort. A Gallochat, d'un Ion dur.) Veu\-tu m'ouvrir ton livre tout de suite , garnement ! ^ Gallochat fait un mouvement pour rejoindre sa mère.) Veux- tu rester là , drôle !(// /e repousse sur son liane d'un coup de poing.) Hum, hum, hum! ouf... Dans te climat de l'heureuse flélique... Bon , bon , couliiiuez là-bas, c'est fort bien. Rcii.iii.ET , frappant '/.idore. — A loi le dernier.
'liuoKt, frappant Bocquet. — C'est loi qui l'as. BocQiET. — C'est toi , et :k^ cl ~ut !
ZinouB. — Kl ziit^ et zut !
Le MAITRE. — Allendez, ]e vais me mettre de la partie. {Bocqiicl et Zldore passent SOKS le bfinc, et se frappent allernathemeni en fuyant. Le maître les poursuite lei!
ZiDORE . à Bocquet. — C'e.'it toi qui las le dernier.
BocQiET. — Zut, e'cst toi. Le maître les saisit au collet. Ils continuent de se frapper l'un l'autre.)
Le MAITRE. — Ah ! déchaînés ! [Il les secoue par les cheveux.) ZiiiORE. — C'est toi qui l'as.
BocQiET. — C'est toi , zut !
Le MAITRE , hors de lui. — A genoux , et au pain sec tous les deux ! (Ils se mettent A genoux.) Les savoyards! (// reprend son livre.) Dans le climat de... iZidore, rampant sur les pieds et les mains, frappe Bocquet et lui dit .-C'est lo\ ! Bocquet, de mente: C'est loi! Ils se rapprochent et se frappent de nouveau, le maître s'élance. ) Ce ne sont pas des enfants, ce sont des bêtes féroces... Viens ici. toi {il les sépare); cl vous me le payerez bien tous les deux.
BocniET bas, et tirant la langue. — Ohé! Zidore, pst , pst,
c'est toi qui l'as.
Zidore. — M' sieu !... j' vas y dire ce que tu sais bien [ Bocquet lui fait les cornes ).
M' sieu ! vous ne savez pas ce que Bocquet a dit ?... Il a dit comme ça que sa grande sœur
s'en va sur le carré avec le voisin qui joue de la fliite.... et même qu'elle y a donné quatre
sous pour qu'il ne le dise pas.
BocQiET. — M'sieu. l'écoutez pas . c'est pas vrai... Eh ben . moi . j'vas y dire ce que t'as dit aussi.
Le MAITRE. — Silence, vipères!... Vous portez le trouble et le déshonneur jusque dans vos familles.
BocQiET. — M'sieu , c'est pour vous ce qu'il a dit... Il a dit comme ra que madame \a dans le jardin avec le professeur de dessin... Le MAITRE. — Silence, vous di.s-je...
BocQiBT. — J'vas vous le dire à l'oreille... Il a dit coinme ça que madame... ( Le reste plus bas. Le maître laisse tomber sa tète ilans ses mains. Silence. Il se relève.)
Le MAITRE, à Bocquet. — Mon Dieu! quelle épreuve! Je n'y survivrai pu. [Explosion. ) Sortez d'ici , allez retrouver les parents coupables qui vous ont donné le jour. [Il pousse Bocquet jusqu'à la porte. Sensation. Il revient à sa table. Les élèves sont dans la stupeur. Quelques-uns sourient et font-des grimaces.) Messieurs, npr<"s ce qui vient de se passer, je me vois forcé d'inlerronipre la classe ; vous pcmvez vous retirer.
Voix nombreuses. — Merci , m'sieu... bien bon , m'sieu.
M'"'" Desvergettes , entrant avec Bocquet. Pourquoi donc que lu chasses cpelil . Desvergettes? il se désole , c' pauvre enfant.
Le MAITRE. — Il vous appailifiil bien de prendre sa cause en main ! M""' De.sver(,ettes. — Tiens, qu'esl-ce qu'il v a doncPqn'esl-ce que l'as donc, minii .'... Il a donc été bien méchant , Bocquet ?
Lk MAITRE. — Sors d'ici , malheureuse... Tu me le fais dire devant ces eiifanis.
M"" DEsvERiiETTBs. — Ah Ça, dis donc , loi , lu m'ennuies pas mal.
Le maitrb. — Vous n'avez pas de honte devant ces innocents; faut-il que je m'explique."
M""" Desvkroettes. — Explique-toi , qu'est-ce que ça me fait? c'est que lu va à la Hu !
Le MAITRE. — Viens donc, malheureuse, viens par ici. ( // rcnlraiiic dans la pièrc voisine. Bocquet s esquive; on entend des cris, une dispute, des sanglots étoujfes. Pendant ce temps-là relâche et tapage sans frein dans l'école. On danse sur les tables, on escalade les bancs, on décroche les cadres.)
\\yr.T, sur un banc. — Promenons-nous dans le bois, tandis que le loup y est pas... Loup, y es-lu? ( On entend pleurer madame Descergetles.)
ZuiOBE. — Çay est-il de s'en aller?... le maître l'a dit.
Choeur de iunses et de chants. — Trou la la, le postillon de l.ongiuineau, trou la la la la, te postillon de Long ( Irés-haut ) jumeau!
Le maître, rentrant, échevelé. — J'enétaissùr... Ils profitent des affreuses circonstances...
voir, toi .
(Madame Bocquet entre avec son tils.)
M""" BocQL'ET. — Bien le bonjour, monsieur Desvergettes ; il me paraît que ces petits jeunes gens ne sont pas gentils. Le maître. — Ah, dame ! on a de la peine, il faut des soins. M'"' Bocquet. — Je vous ramène l'petit, qu'est ben fâché...
Le maître. — Madame Bocquet, vous savez ce qu'il m'en coûte ; mais votre fils s'est conduit...
M""' Bocquet. — Je n'sais pas ce qu'il a fait, mais l'pauv' petit, il en est ben fâché; il en avait encore les yeux tout rouges , quoi !
Le MAITRE. — Madame Bocquet, il m'est impossible... Ma tranquillité , le repos de ma maison en dépendent.
M""" Bocquet. — Eh ben , c'est bon ; si vous le prenez comme ça , j'ie retirerai , v'ià tout. C'est dix francs d'économisé. Mais, mon Dieu, qu'est-ce qui vous a donc fait? Le MAITRE. — Ce qu'il a fait? (// lui parle longtemps à l'oreille. Madame Desvergettes s'approche. )
M""' Bocquet. — Ah , ah... dame ! Après ça , vous savez ce que c'est que les enfants. Il aura dit ça sans penser. Faut pas y en vouloir. Je crois bien que vous avez trop de raison tous les deusse pour faire attention à une cho.se que dit un enfant.
M""' Desvergettes, les jeux rouges. — Mon Dieu si, v'iâ pourtant comme monsieur est.
M"" Bocquet. — Les enfants, ça jacasse, et v'ià tout. Au surplus, je puis vous répondre que Bocquet ne le dira plus, il me l'a promis, il en connaît la conséquence... \llons, petit, c'est arrangé; demande pardon à M. et M"" Desvergettes, et dis-y que lu ne le diras plus. (Ilocquct roule sa casquette entre ses doigts.) Pauv' petit ! vous voyez, pas plus de méchanceté (lu'un mouton ; allons , petit , M. Desvergettes te pardonne... N'esl-ce pas, M. Dcsvcrgcllcs?
M"" Desvergettes ,yc'<fln/ ses liras au cou de son mari. — Allons , niiuii , pardoiiiif !
Le MAITRE. — Puisque vous le voulez... Va t'asseoir, mon petit ami.
M°" BocQCBT. — Ah! v'ià qu'est bien! il sera sage, j'en réponds... Vous ne diriez ps, monsieur, madame, ça me fait toujours d' l'effet les raccommodages... Nous somm' enfants comme eusse... Bien obligé, iM. Desvergetles.
Le maître. — De rien , madame Bocquet.
M"" BocQiET. — A revoir, monsieur, madame. [Elle sori.j
Le MAITRE. — Mes enfants, je suis indisposé , je vous donne congé.
Les enfa>ts. — ^ Merci , monsieur, merci. ( Sortie cinpressi'c cl hruyanie de l'école.)
El). 0.