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L'ABONNÉ A UN THEATRE DE PROYINCE

EMANDEz à uu homme comme il faut de province pourquoi la sociélé ne va pas au speclacle ; il vous répondra que c'est parce ([u'il n'y a que de mauvais acteurs. Demandez au directeur pourquoi il n'a que de mauvais acteurs , il vous répondra : c'est parc^; que la société ne va pas au spectacle.

A ces chances si contraires, à ces probabilités de misère si menaçantes, quel remède opposera un directeur intelligent? Une bonne liste d'abonnés, s'il est possible : l'abonné est un tributaire positif; il souscrit et paye d'avance. Si les rangs sont pressés, si le bataillon en est nombreux, le commencement de l'année théâtrale s'ouvre sous les plus heureux auspices. Un bon prospectus, avec des promesses, puis encore des promesses, et toujours des promesses, voilà ce qui importe. Le directeur, manl l'abonnement, montre à tout le monde les lettres par lesquelles les premiers sujets de Paris lui promettent quelques représentations dans le courant de l'année; après l'abonnement, les difficultés sont survenues, les artistes de Paris sont trop exigeants; il est vraiment impossible de s'entendre avec eux.

Le progrès agit enfin sur l'abonné de province : il lui faut des nouveautés; l'ancien orchestre, qui suffisait pour l'opéra de Dalayrac, doit être au moins doublé pour exécuter la musique de iMeyerbecr. L'ancien décorateur n'avait fait qu'un palais romain et un salon de Molière : ou exige une salle gothique ; et comme elle doit coi'iter près de mille cens, la petite ville a bieu voulu, sur la proposition du maire, voter huit cents francs pour cet objet : le directeur n'aura donc à s'endetter envers le peintre que pour deux mille deux eenis franco.

11 y a dans cha(|ue troupe d'abonnés (car dans chaque ville ils forment une corporation d'autant plus compaclc, que la liste est , à quelques noms près, toujours la même), il y a, dis-je, des abonnés de deux sortes : ceux qui font du spectacle leur grande affaire, leur occupation principale, le .souci capital de leur existence, et ceux qui lu' voient dans le théâtre qu'un délassement, une distraction, qu'ils adoptent sans pa.ssiou.ct qui n'est pas pour eux cho.se indispensable. Les prcuiicrs peuvent être nommiis les abonnés actifs : les autres, les Ahunnvs jiassifs. On sent buui que je ne m'occuperai pas de ces derniers. L'abonné actif, le seul qui offre un côté intéressant à l'observateur, se divise lui-même en deux catégories, que l'iigc seul sert à distinguer. Il est vieux, ou il est jeune : vieux . il est i,'«/rt/i/,- jeune, il est tapageur.

Il semble, au premier coup d'oeil, que le jeune abonné devrai! êlre le plus porté à la galanterie: il n'en est rien, pourtant. Pour jouir de loule l'eslimc d'une actrice de province, il faut avoir une position faite, une fortune indépendante, cl des habitudes de

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