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LE BAYONNAIS

(■araclèie de lous; eii accumulant sur sa léle les qualités ou les défauts di- ses voisins, vous en ferez un homme type, un négociant modèle.

te négociant bayonnais est gros et court , son teint est knimé, sa tête développée , non pas au profil de rimaginalit)n , comme cher toutes les races méridionales, mais au profit de la science mathématique, qu'il porte au plus haut degré, et qu'il sait employer à son plus grand avantage. Actif, plein de finesse, surtout quand il s'agit de ses intérêts, il est d'une patience extrême quand il s'agit des intérêft des autres: il sait à merveille l'art de flaller, de capter, d'exploiter les gens qui lui sont nécessaires, et de les délaisser, comme un meuble inutile, dès qu'il en a tiré tout lè parti possible. Il est très-peu sensible aux nécessités .sociales de notre civilisation, ennemi du monde, aussi difficile à courber à ses usages , qu'un paysan bas-breton aux rigueurs de la discipline militaire, el pa.ssionné surtout pour ce far niente qui permet de vivre . après la journée faite, au milieu d'un cercle, d'un café . .«ans gants, en paletot , le chapeau sur la tête , le cigare ù la bouche. Le progrès , l'industrie , les beaux-arts ne sont pas de .son goi!li : la peinture . il n'en comprend pas la nécessité, entouré qu'il est de jolies femmes et de riches contrées; la musique est quelque chose de trop futile pour la vie positive qu'il s'est faite. Il est un seul plaisir qu'il aime , une seule distraction qu'il recherche . parce quelle lui permet de penser encore spéculations , armements, contrebande, douanes, ou parce qu'elle l'amène quelquefois à ne pas pen.ser du tout: cette distraction est un bon dîner. Mais ce n'est pas le bon dîner en famille ; le négociant bayonnais n'est jamais en famille hors de chez lui: c'est un de ces dîners entre hommes, qu'Alphonse Karr appelle gueiilefon<:, commandé à l'avance à Monthau , le restaurateur célèbre de Biarritz ; à Gras, le traiteur à la mode du Boucan. Il est à Rayonne vingt associations de six ou huit individus chacune , dont le but unique est un joyeux repas. On loue à Biarritz une petite maison, on la meuble, on la décore pour l'ouvrir chaque dimanche et y dîner bruyamment ; on achète un couralin ' pour aller au Boucan, — à l'embouchure de l'Adour. — dîner une bonne fois pour toute la semaine, loin de la parcimonie du ménage quotidien et du tète-à-tête conjugal ; on loue quelques cacolets, ou l'un 'des omnibus' nouvellement implantés à la porte d'Espagne, pour aller à Cambo chercher, non pas quelques verres d'eau thermale, non pas l'air \if de la montagne, mais toujours un bon dîner.

Si le bon dîner est une des affaires importantes de ce monde, s'il est le mobile de bien des actions grandes et petites , je puis certifier qu'à Bayonne , plus qu'en aucune ville de France, il n'est rien , après les affaires commerciales , de plus dignement apprécié ; que l'homme qui traite Iwen, ïin-W Anglais ou Ru.s.se, fiit - il... contrebandier, non pas, c'est UQ métier fort honorable , mais douanier ou inspecteui; de police , .sera le bienvenu parmi la bourgeoisie de la petite ville; on vantera par-dessus tout la bonté de ses vins, l'abondance, sinon le bon goùi, qui règne |ur sa table; el lui seul, mieux que tout autre, aura le difficile talent d'opérer la fusion -entre tous les partis, et de réunir chez lui carlistes et républicains : tant il est vrai que pas une passion , pas un- préjugé ne résistent à wi\K lable bien servie, et qu'à l'axiome «ventre affamé n'a point d'oreilles» on peui ajoutei- cet autre, nou moins vrai, «bon appétit n'a pas d'opinion.»

Nulle autre part qu'à Bayonne on ne rencontre d'aussi nomhi-eus exemples de fortunes rapides, el, par conséquent, en aucune de nos villes commerçantes on ne trouve autant de <-hefs de maison plus rapidement parvenus. Il n'y a pas peut-èlre, parmi les comptoirs commerciaux, dix mai.sons dont la rari.soQ sociale ne date d'hier. Tous ual commencé étant peu de chose; el , à force d'aplilude, de finesse , de ce génie mercantile qui naîl avec l'individu et ne s'acquiert.pas, sont parvenus à élever leur nom inconnu , leur comptoir

Pdii haieaii plat de.'^liné an\ promenades snr 1

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à peine accrédité , sur les ruines d'une maison commencée comme ils commencent, el tombée comme ils tomberont peut- être... par un malheiirt. Aussi est-ce ici la raison de ce que je disais tout à Theure, du peu de penchant du Rayonnais, en général, pour ce qui est le monde, le progrès el l'art . et pour le?; étrangers, par conséquent, il a commencé avec la dose d'instruction strictement nécessaire pour tenir un grand livre et balancer ses comptes; et, songeant esclusivement'àsa fortune, il s'est peu inquiétç, à mesure qu'elle s'est accrue , de suppléer aux défauts d? l'éducation première; il a pensé même, j'en suis certain, qu'on trouverait dans une belle position financière de suffisantes excuses pour quelques lapsus linguœ ou quelques erreurs chronologiques.

Tel, en effet, a commencé porteballe qui, à l'aide d'une activité immense, de cet esprit .spéculatif qui tire parti de tout, est parvenu en peu de- temps à un rang passablement honorable; tel autre, sachant par cœur les sentiers de la frontière, a fait d'immenses bénéfices en portant lui-même à Mina des armes et des munitions pour combattre les troupes françaises; tel autre encore, il y a peu de temps, faisant abnégation d'opinions et de sympathies politiques devant l'amour du gain, fournissait tour à tour à la reine Christine et A don Carlos des vivres, des munitions et des effets; celui-ci, qui fait en amateur le métier de son père , sourit avec fines.se lor.sque le Phare ou la Sentinelle mnoncenl que six ballots de salpêtre ont été saisis par la douane sur la cime des Pyrénées : vous l'entendez ajouter tout bas qu'au même moment vingt ballots entraient en Espagne. à cent mètre- de là . et que les actifs surveillants de la frontière ont été joués encore une fois.

La contrebande là-bas est un grand mot : nul de ceux dont elle est la ressource ne .se fait un crime de l'avouer bien haut ; mais elle est au nombre de ces petits péchés d'habitude qu'on confesse volontiers, el dont on n'aime pas s'enleudre faire un reproche : alissi est-ce une question fort délicateà traiter.

On concoil, après tout, que Rayonne , placée aussi près de l'Espagne . ail cédé à la Icnlalion el tendu les bras à des malheureux qui ,se battaient , avaient f^im, el étaient nus de l'autre côté des Pyrénées. Le commerce par ni'er est devenu depuis longtemps difficile |)our les comptoirs bayonnais. L'embouchure de l'Adonr, placée sur un ciMé du golfe que ne préservent ni falaise, ni rochers, entourée, interceptée par les sables que la mer amène des Landes et des côtes cantabriques , est difficilement accessible en tout temps : une barre qu'aucuns travaux humains ne pourront détruire, .si même ils parviennent à l'éloigner, en interdii l'entrée aux navires d'un fort tonnage , el ce n'est que dans des conditions atmosphériques qui semblent devenir de plus en plus rares, que les navires caboteurs peuvent entrera Rayon ne. heureux encore s'ils peuvent en repartir après de longues semaines d'attente. 11 fallait donc un autre aliment à l'activité commerciale des Rayonnais: les guerres de la Péninsule donnaient d% grands avantages à la contrebande d'exporlalion; beaucoup s'y sont jetés, quelques-uns s'y sont enrichis, cl du temps qui court une telle fin cxcu.se les -moyens.

Il en est d'autres dont la fortune ne repose pas sur des hases aussi périlleu.ses el n'en marche pas moins avec rapidité. Deux ou trois maisons metlenl chaque année sur l'Océan nue douzaine de navires destinés à la grande pèche: celles-là .soni les .seules fidèles à la \ieille réputation du pays basque; seules elles continuent ces hardies pérégrinations qui

' Ou Mioiilre, dans la principale rue de Rayonne, un-cuuimerrani qui a Hf aFtIiné de (rois malheurs dans un (((iiil espace de temps. Au premier, il a aclielé la niai.son qu'il li.diiiail . an second, il l'a (levée d'un rla|;e;au troiMcriie . il iM deieiiu piopiiiiaircd'uu liieii de rampaciie. On espère qiir si la forliine le mallraile nue (pialriénie luis , il pcuirr.i devrinr l'un des contrl liiial)lesrli(;il)les de l'arriindlssimciil .

LK RAYONNAIS. 3fi?,

(iiil ('(iiniiieiici; la iDitiino du Saint-Jean-de-Luz et de Bayoniic. Autrefois chasseurs à Li haleine , les Bayonnais sont devenus pêcheurs de morue : ils ont fondé les meilleures maisons de Terre-Neuve, et les meilleurs équipages qui parcourent le grand banc sont ceux que recrutent la Soûle et le Labourd.

Après les morues, dont on ne devine que trop la présence dans une grande partie des l'ues de Rayonne, viennent les balles de laine, qui jouent un grand rôle dans l'économie sociale de l'endroit; les résines, la térébenthine que produisent les piguaclas des landes, et enfin la construction des- navires. Leur solidité , leur légèreté , l'élégance de leurs formes, sont appréciées au loin, et pendant longtemps le gouvernement a entretenu dans le port des chantiers dont les cales , maintenant abandonnées, ont donné à la marine militaire bon nombre de bâtiments légers.

Bayonne, à bien prendre, a plutôt l'aspect d'une colonie que d'une ville française. Le Bayonnais pur sang ne forme qu'une très-petite partie de sa population, qui , pendant les six années qui viennent de s'écouler, s'était accrue du double par une multitude de réfugiés espagnols appartenant aux premières familles du (Juipuscoa et de la Navarre. Bayonne, la seule ville commerçante dans une grande étendue de ce coin de la France, a été de tout lempS le but vers lequel a tendu quiconque s'est trouvé un caractère entreprenant , une tête dressée aux quatre règles, et une fortune à faire. Basques et Béarnais y sont en grande majorité; on y rencontre quelques Bordelais, des Landais, des Espagnols naturalisés , et peu de Toulousains. Chacun s'y fait reconnaître au caractère dominant de ,sa caste, et au milieu d'pux, le Bayonnais pur .sang à un langage particulier qui exagère encore l'accentuation originale de l'idiome gascon.

Aussi la physionomie de la ville est-elle des plus animées; ri chaque pas on y rencontre des types que nulle part ailleurs on ne trouve réunis. Sur la place Grammont , sous les aiceaux du Port-Neuf, des groupes d'Espagnols engloutis dans un ample manteau qui ne laisse apercevoir que la tète, la main droite et un cigare, discutent à haute voix sur les intérêts de leur malheureux pays, et conspirent peut-être à qui mieux mieux.

I.rs l'iiiiorfiiiiiis (If ISayniiiii' , iiidmis l'élénaiirc , iiiiinis le lii\c , niiilii> 1rs jolies Ii'iiimk".

3fii LE PRISME,

Dans la rue principale de la ville, entre un vieux pont de bois qui menace ruine, et la Bourse en plein vent du commerce bayonnais', le paysan et le portefaix basques marchent la tète haute sans se déranger d'une semelle pour faire place à qui que ce soit ; le bouvier excite ses bètes d'une voix glapissante , et, ne pouvant modérer son activité au gré de leur lente démarche, court en avant jusqu'à trente pas , revient à eux , les pique de l'aiguillon , s'éloigne de nouveau , les appelle , et revient encore; le courtier marron va de comptoir en comptoir recueillant des commissions et des escomptes; la marchande de poisson, venue au pas de course de Saint-Jean-de-Luz , à six lieues de là , apporte sur sa lê(e les produits de la pêche du matin dans le golfe, s'annonce par des cris comme elle seule au monde en profère, et qui déchirent les oreilles à vingt mètres à la ronde, parcourt la ville sans prendre de repos, et repart aussi lestement qu'elle était venue; le commis marchand, placé sur la porte de son magasin en attendant le chaland , apostrophe chaque pas.sant, chaque servante, chaque grisetle, de plaisanteries gros-,sel qui font rire tout le voisinage; des caméristes biscayennes, aux longues tresses flottantes, traînent ou portent vers la place d'armes une multitude d'enfanis ornés de plumes.

' La Bourse de Rayonne osl tin c.inefoiii' foiini' par ciiiii mes an cciiirc <W la i ilii' . ei appelé 'c'v Cinq-Ciiiiloits.

LE BAYONNAIS Ad:»

De pauvres pelil.s Aragonais demi-nus, chaussés i'alpargatas , armés d'un long

bâlon et se drapant dans un débris de couverture rayée , demandent l'aumône de

|)l)llc CM piMlC.

Knfin aux Cinq-Canions , l'élite des commerçants élabore les nouvelles d'Kspagne. fume un cigare de compagnie, et cause du prochain ; car là comme ailleurs, à Bayonne comme dans la petite ville de Picard, le prochain est souvent enjeu.

Après le bon dîner dont je vous parlais tout à l'heure, vient la griselte, qui tieal une grande place dans la seconde vie du Bayonnais : c'est une des charmantes créations de ce monde. Elle est femme d'abord , c'est sou premier et son plus grand mérite ; elle est jolie ensuite , et nulle n'a plus de droits qu'elle au nom patronymique de Gracieuse, si prodigué dans le pays basque. Elle a l'oeil vif, la bouche toujours souriante, le cœur bon et facile , le visage d'un ovale parfait , la tète bien posée , la taille fine , quelque chose, enfiu,de cet indéfinissable caractère, de ce donajre qui distingue la Navarraise et la Castillanne, et qui prouve qu'il y a plus de l'Espagne que de la France dans tout le pays enclavé entre la Bidassoa et l'Adour. Enfin rien n'approche de la coquetterie de sa mise, de la grâce de ses manières ; et ce mouchoir qui couvre le sommet de sa tête, ce nœud inimitable, ces pointes si originalement placées, semblent un défi lance au bon goût et à l'art toujours heureux des modistes parisiennes.

Il semble au Parisien tombé de France au milieu de Bayonne que la première .cl la plus importante partie de la population de la ville , la classe commerçante , soit issue de quelque bon, lent et lourd habitant des villes anséatiques ; l'autre partie, seule, n'a jamais songé à renier .son origine , et si , aux Cinq - Cantons, vous, cherchez en vain la couleur locale , chez Janin, au Petit f^ersailles ', hors barrière, eu un m it , vous retrouvez la joyeuseté béarnaise et la folie basque , les mauvaises tètes des environs de l'an, elles beaux sauteurs du Labourd. C'est hors la ville qu'on reconnaît le pays.

' La Chaumière ci le l'railo de Bayonne

3fi(i LE PRISME,

On remarque chez la jeunesse bayonnaise une tendance prononcée vers le progrès. Son instruction est de beaucoup supérieure à celle de ses pères. Ce n'est pas qu'elle soit passionnée pour le travail, ce n'est pas qu'elle ne soit fort aise de répandre joyeusement ce qu'ils ont péniblement amassé; mais, soumise de bcmne heure aux travaux bureaucratiques, elle s'y est peu à peu courbée, et s'en est fait une douce habilude. Les jeunes gens des classes moyennes , c'esi-à-dire de celles qui n'ont pas eu d'aussi heureuses chances au gros jeu qui se joue sur les rives de l'Adour, forment le ban et l'arrière-ban des commis et élèves négociants ; la jeunesse dorée , issue de l'aristocratie financière, en ■prend un peu plus à son aise , flâne du matin au soir, et sait sur le bout du doigt toutes les aventures galantes et tous les scandales locaux.

Il est, certes, parmi cette génération nouvelle, quelques jeunes hommes d'intelligence et d'avenir, et j'en citerais au besoin , il en est jusqu'à... deus..., qui se sont occupés de recherches sur l'histoire de leur pays et de travaux littéraires. Ceux-là , il est vrai , et quelques autres encore parmi leurs proches , sont venus chercher au milieu de Paris ce vernis de bonne éducation , cet usage du monde qu'on ne prend nulle part en province ; il leur en restera certes quelque cho.se : mais il en est de ces qualités comme de toutes les sciences de ce monde, il faut , pour ne pas les oublier, de fréquentes occasions de les mettre à profit, et ces occasions manquent.

Quand vient le dimanche, Bayoune ces.sc d'être une ville demi-française, pour revêtir toutes les apparences d'une cité espagnole. Les magasins, les comptoirs, sont clos dès la veille, la griseKemet ses habits de fêle, la noblesse iiavarraise reprend pour un instant son costume national , la cloche tinte, et Basques, Béarnais et Bi.scayens, marchands et courtiers, négociants de tout âge, de toute classe , de toute importance, se pres.sent sur le parvis de l'église. Là aussi se fait voir le jeune lion bayonnais'; mais, de même que le don Vicenle de certaine comédie de Morelo -, « il entend la messe à la hâte avec quelque voisin babillard qui l'amuse. Dès que Vite missa csi le relève de l'obligation qui l'a amené, il se réunit à deux ou trois amis , s'empare de la porte, et la conversation s'engage : chacune est .soumi.se à un tribut, à un droit de péage; les médisants qu'ils sont ne laissent ignorer à personne si doua Inès est ennuyeu.se, si doua Julia est coquette, si dona Helena se farde , si celle-ci est bien mise , .si celle-là est blanche ou noire... »

Après la messe , la population tout entière .se porle sur les glacis de la place , la garnison parade et défile; puis p:^u à peu un incroyable flot de voitures de toutes formes , des omnibus , des chars à bancs, des charrettes, des coucous, des calèches, des cabriolets, des fiacres et des cacoiels, s'élancent hors des remparts sur la route d'Kspagne;en un instant la ville est déserte, pas un habitant n'y reste, hors les vieillards, les cnfanis à la niamellc et les nourrices; topl ce qui est jeune, tout ce qui est ingambe, tout ce qui ainu' le plaisiiet la bonne chère est en route pour Biarritz.

Biarrilz ! Il n'est rien dans toutes les joies parisiennes que l'habilant de Rayonne veuille comparer à ce pelil village, il n'est pas un plaisir qui vaille ce plaisir, pas un iiomqui soit digne de ce iKun. Kt c'est presque \rai !.. Il n'est pas, sur tontes les cfties de France, un seul iioinl mi la mer .soil plus belle, pins grande, pins majestueuse; il n'est pas, depuis Brest jusqu'à la Bidassoa , de rochers pins beaux, plus hardis, plus menaeanls; nulle part, quand vient l'équinoxe, les flols wv déferlent avec plus de furie.

Réunisse/, ces trois noms si chers aux bons bourgeois de Paris: Vineennes, Moiilmo icncy, Saint-Cloud, et vous n'aurez pas une somme de félicité équivalente à celle (\iw

' l'onnica-lco.

' ht (!ifi\i<)n liKCC <il hiilron ,']mnM\i\ iiiineia.

LE lîAYONNAlS. 3(17

représente ce seul mnl : Biarritz ! Là seulement le négociant s'avoue heureux: on y din<à merveille; là, plus qu'en aucun autre lieu des environs de Bayonne, la çrisette rit, saute et babille; là , sur une place étroite el poudreuse , les beautés de la ville étaient leurs plus belles toilettes; là afflue le peuple tout entier : il court tumultueusement au rivage , se déshabille à la hâte , nage et barbote tant que dure le jour.

C'est que nulle part aussi on ne trouverait une population plus bruyante, plus vive, plus joyeuse, pour animer un semblable tableau; et Biarritz serait à Dieppe . qu'il ne serait plus qu'un bain à l'eau de rose, et une succursale du cercle Montmartre ou du café de Paris.

Et le soir arrive : les équipages de toute espèce qui depuis le matin courent de Bayonne à Biarritz, et de Biarritz à Bayonne , ne suffisent plus pour reconduire à la ville cette foule qui se presse tumultueusement sur la route.

Et pendant une partie de la nuit, toute la campagne d'Anglet retentit du bruit des chevaux, des jurons des cochers, des joyeux éclats des grisettes, des jeunes gens rentrant à pied à travers les sables, et de ce cri perçant des Basques qui traverse les airs. et que l'écho de la falaise répète à une lieue de là. Puis tout se tait et tous dorment, chrétiens et juifs.

Juifs!... c'est vrai : ce mot annonce encore une partie importante de la population bayonnaise , et l'omettre dans l'esquisse que j'ai entrepris de tracer serait une faute grave. Suivez-moi donc: pour la connaître, il faut lavoir chez elle; et là-bas, de l'autre côté de l'Adour, elle posera devant nous tout entière. Traversons cet immen.se pont de bateaux qui joint les deux rives : le terrain que nous foulons appartient au département des Landes , mais il est encore faubourg de Bayonne ; sur la hauteur qui nous domine est assise la citadelle, qui protège la ville; autour de nous est le Saint-Esprit, petite ville sale et pauvre , mal bâtie , mal pavée , suant la misère et la vermine par toutes ses crevasses. Là vit, là se traîne cette race originale, toujours poursuivie . toujours malheureuse, cl qui. parle travail, par l'astuce, par la ténacité, s'est fait peu à peu un nom, a

pris , comme toute autre , sa place au soleil , et a fini par ri^clamer , faire valoir et faire

accepter un droit de bourgeoisie que nul aujourd'hui ne lui conteste.

Elle est peut-être la seule et la dernière en France qui , il y a vingt ans encore , frti proscrite et poursuivie. Il y a vingt ans , une ligne infranchissable de démarcation séparait les deux villes; Bayonne, fière à l'excès du pré,<omptueux nunquam pollula, inscrit sur ses armes , n'eût jamais voulu se laisser souiller par la présence d'un enfant d'Israël, et un juif rencontré dans ses murs après le coucher du soleil eût été poursuivi 'à coups de pierres et traqué comme une bête fauve.

Aujourd'hui ce préjugé , cette antipathie de voisinage, commencent à disparaître ; mais ils étaient trop profondément, et depuis trop longtemps enracinés, pour ne pas résister encore. Le progrès était parvenu à combatttre une haine religieuse; il est resté presque impuissant quand il a eu à lutter contre l'esprit financier. Quand vint 1830, ne remontons pas au delà, le peuple juif de Saint-Esprit .se sentit plus libre, il eut confiance en ses forces, il marcha uni et serré , prit place au delà de l'Adour, au milieu de ces remparts dont l'approche lui avait été interdite , et peu à peu ses comptoirs furent riches et estimés à l'égal des comptoirs bayonnais. Voilà pourquoi , bien que confondues aujourd'hui en apparence, les deux populations seront encore longtemps divisées. Et d'ailleurs il est entre elles des différences remarquables: la race, d'abord, et ce type de figure Israélite , qui est le même partout; l'accent ensuite, car l'enfant de Saint -Esprit conserve un jargon tout particulier qui n'est ni basque , ni gascon ; puis enfin l'éducation des femmes : la beauté , l'amabilité , l'instruction sont choses aussi communes chez les dames Israélites que rares chez les dames bayonnaises; et l'on conçoit aisément après cela que le Bayonnais soit rancunier et jaloux à l'endroit du juif, qui peut-être se montre un peu trop vain du terrain qu'il a gagné.

Voilà Bayonne. Je vous ai décrit , autant que mes souvenirs m'ont été fidèles , la physionomie originale de cette ville et les principaux caractères de ses habitants ; maintenant il me resterait bien une question à résoudre : il me resterait à prononcer sur l'homme que j'ai tenté d'analyser ce jugement /jo.v/ mortem qu'on prononce sur chacun de nous avant l'heure de l'oubli ; mais j'hésite devant l'accomplissement de ce dernier devoir, et je laisse :

Aux lionceaux dont il fait la fortune ,

Aux contrôles absents d'une garde nationale problématique.

Aux dames bayonnaises toujours délaissées , toujours exclues des plaisirs de ce monde , dévotes à l'excès , par désoeuvrement autant que par conviction ,

Le soin dédire, quand il ne sera plus, s'il fut

Bon citoyen , bon père et bon t'poux.

G B H M ON II ne LtviUNt.

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