CHAPITRE DEUXIÈME
c'était ma personne qui devenait une garantie. Dans le cas contraire, je ne pouvais être appelé que par une fraction du peuple , et j'avais pour ennemis, non un gouvernement débile, mais une foule d'autres partis, eux aussi, peut-être, nationaux.
» D'ailleurs , empêcher l'anarchie est plus facile que de la réprimer; diriger les masses est plus facile que de suivre leurs passions. Arrivant comme ressource , je n'étais qu'un drapeau de plus jeté dans la mêlée, dont l'influence, immense dans l'agression, eût peut-être été impuissante pour rallier. Enfin, dans le premier cas, j'étais au gouvernail sur un vaisseau qui n'a qu'une seule résistance à vaincre; dans le second cas, au contraire, j'étais sur un navire battu par tous les vents , et qui , au milieu de l'orage , ne sait quelle route il doit suivre. 11 est vrai qu'autant la réussite de ce premier plan m'offrait d'avantages , autant le non-succès prêtait au blâme. Mais en entrant en France, je n'ai pas pensé au rôle que me ferait un échec; je comptais, en cas de malheur, sur mes proclamations comme testament , et sur ma mort comme un bienfait. Telle était ma manière de voir... »
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Napoléon Louis se préparait à un Yoyage dans I intérieur du nouveau monde, lorsqu'il apprit Pétât alarmant de la santé de sa mère. 11 recevait d'elle cette lettre touchante :
« Mon cher fils ,
>' On doit me faire une opération absolument » nécessaire. Si elle ne réussissait pas, je t'envoie, » par cette lettre, ma bénédiction. Nous nous ru- » trouverons, n'est-ce pas? dans un meilleur monde » où tu ne viendras me rejoindre que le plus tard » possible ; et tu penseras qu'en quittant celui-ci » je ne regrette que toi , que ta bonne tendresse » qui seule m'y a fait trouver quelque charme. » Cela sera une consolation pour toi , mon cher » ami, de penser que, par tes soins, tu as rendu » ta mère heureuse autant qu'elle pouvait l'être ; » tu penseras à toute ma tendresse pour toi et tu » auras du courage. Pense qu'on a toujours un » œil bienveillant et clairvoyant sur ce qu'on laisse » ici-bas; mais bien sûr on se retrouve. Crois à » cette douce idée : elle est trop nécessaire pour no »» pas être vraie. Ce bon Arèse, je lui donne aussi » ma bénédiction comme h un fils. Je te presse sur y mon cœur, mon cher ami. Je suis bien calme,
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« bien résignéo, et j'espère encore que nous nous « reverrons dans ce monde- ci. Que la volonté de » Dieu soit faite !
» Ta tendre mère,
» Signé : Hortense.
« Ce 3 avril 1837. »
Il partit aussitôt de New- York et fut aussi surpris qu'indigné, en arrivant à Londres, lorsqu'il apprit les bruits injurieux que le gouvernement français avait accrédités sur son compte, 11 répétait à tous: u Comment peut-on supposer que j'aie admis des » conditions , moi qui n'ai cessé de réclamer un » jugement et qu'on a fait embarquer de force ! »
Il parvint , non sans peine , à gagner le chemin de la Suisse, et put arriver à temps encore pour recevoir les derniers baisers et la bénédiction de son illustre mère.
Ce suprême moment ne pourrait se peindre , mais nous devons h la mémoire si populaire de la bonne reine Hortense de conserver quelques douloureux détails de sa dernière heure. Elle était si douce , si gracieuse et si aimée ! Jamais, môme après la chute du trône qu'elle honorait , personne n'eut la pensée de lui refuser son titre
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de reine, dont elle avait soutenu l'éclat avec tant de charmes et de royales qualités.
Quelques moments avant sa mort , elle tendit la main à toutes les personnes de sa maison qui entouraient son lit , le visage baigné de larmes ; son (ils était agenouillé près du docteur Conneau , dont les soins avaient prolongé l'existence de la reine et adouci ses souffrances avec le zèle le plus assidu.
Elle se tourna vers son fils et vers le docteur, et leur dit d'une voix faible : « Vous êtes bien mal- » heureux, mes amis! Adieu, Louis, adieu! »
Son fils se jeta dans ses bras ; elle le pressa sur son cœur avec une force surnaturelle et dit encore avec véhémence et précipitation, un dernier adieu, quelle répéta deux fois en tombant épuisée. Sa noble figure prit une expression d'angélique sérénité, et ses yeux se fermèrent pour toujours. Les vœux de la reine Hortense ont été remplis. La mort lui a donné un tombeau dans cette terre de France qu'elle aussi avait tant aimée *.
* On se souvient que Napoléon à son lit de mort avait ardemment manifesté le désir d'être inhumé sur les bords de la Seine, au milieu des Français, qu'il avait tant aimés.
CHAPÏTRK DKI XIÈMK. 21
Ses restes furent déposés dans l'église du village de Rueil, à côté de ceux de l'impératrice Joséphine.
A peine ses cendres étaient refroidies, que le fils désolé eut à subir de nouvelles tristesses. Son deuil fut tourmenté par des persécutions politiques. M. de Montebello, ambassadeur du roi des Français près la confédération suisse, prit les premières mesures pour obtenir l'éloignement du prince. Le président du Directoire fédéral répondit qu'il n'existait aucun motif légal qui pût autoriser une telle mesure.
C'est à cette époque qu'un ami du prince, le lieutenant Laity, publia une brochure qu'un arrêt de la cour des pairs a rendu célèbre et qui valut à son courageux auteur cinq années d'emprisonnement.
La diplomatie française ne se tint pas pour battue , malgré son premier échec près du gouvernement helvétique. Une seconde note, cette fois menaçante, fut adressée à la diète par M. de Montebello, pour exiger l'expulsion de Napoléon Louis. Le refus qui s'ensuivit amena presque une rupture politique , et des deux parts on alla jusqu'à faire des armements sérieux. Le prince, ne
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voulant pas que la généreuse hospitalité des cantons devint pour eux une source de troubles et peut-être une cause d'invasion , se résolut à un éloignement volontaire. « Le gouvernement français , écrivit-il » au landananm Auderwert , ayant déclaré que te » refus de la diète d'obtempérer à sa demande » serait le signal d'une conflagration dont la » Suisse pourrait élre la victime , il ne me reste » plus qu'à quitter un pays où ma présence est le » sujet d'aussi injustes prétentions, où elle serait » le préteste de si grands malheurs ! »