CHAPITRE QUATRIÈME
C'est toujours une triste tâche que de donner le récit des longs jours et des nuits sans sommeil d'un prisonnier au secret. Les heures se succèdent avec une glaciale uniformité, entre deux gardiens, et la nuit même n'apporte que les pénibles rêves de la solitude. Affreuse réalité qui varie dans ses formes, mais dont les effets sont constants. Hier, c'était le colonel de la garde municipale qui, en escortant le prince, le menaçait de lui brûler la cervelle s'il faisait le moindre mouvement, et en même
temps se vantait d'avoir été embrassé par l'Empereur à Montereau. Aujourd'hui, ce sont de vieux soldats, fiers d'avoir fait partie des bataillons héroïques d'Austerlitz, Montmirail et Champ-Aubert, qui deviennent les geôliers du neveu de Napoléon.
Aux amères réflexions que durent lui inspirer ces contrastes, son âme opposait le souvenir des jours heureux et faisait flotter autour d'elle les mirages d'Arenenberg. Son énergie, son noble orgueil lui interdisaient le désespoir. Il envisagea, sans trouble, sa position véritable, et son parti fut bientôt pris avec la ferme résolution d'y persévérer. C'est à cette époque que Louis-Napoléon traduisit une ode de Schiller, où se trouvent exprimés, dans la langue de la poésie, les sentiments qui remplissaient son cœur.
Nous donnons ici cette traduction textuelle , et le lecteur verra si de tels délassements, dans d'aussi cruelles circonstances, témoignent d'une ûme vulgaire ou abattue.