PROTESTATION
« Citadelle de Ham, ?? mai 1844.
« Pendant les neuf mois que j'ai passés dans » les mains du gouvernement français, je me » suis patiemment soumis aux indignes traite- » ments de tout genre; je ne veux pas, cependant, » garder un plus long silence qui semblerait une » adhésion aux mesures oppressives dont je suis » l'objet. Ma position doit être considérée sous » deux points de vue, l'un moral et l'autre légal. » Quant au premier , le gouvernement qui a re- » connu la légitimité du chef de ma famille est » forcé de me reconnaître comme prince , et de » me traiter comme tel.
» La politique a des droits que je ne prétends » pas contester; que le gouvernement agisse à » mon égard comme envers un ennemi , qu'il me
Digiti
» prive des moyens de lui nuire, je n'aurai pas » à me plaindre ; mais , en même temps , sa con- » duite sera inconséquente s'il me traite comme » un prisonnier ordinaire, moi, fils d'un roi, ne- » veu d'un empereur , et allié à tous les souve- » rains de l'Europe.
» Quand j'en appelle aux alliances étrangères, » je n'ignore pas qu'elles n'ont jamais protégé » le vaincu, et que le malheur brise tous les » nœuds; mais le gouvernement français devrait » reconnaître le principe qui m'a fait ce que je » suis, car c'est par ce principe qu'il existe lui- » même. La souveraineté du peuple a fait mon » oncle empereur, mon père roi, et m'a fait » prince français par ma naissance. N'ai-je donc » pas droit au respect et aux égards de tous ceux » pour qui la voix d'un grand peuple , la gloire et » l'infortune sont quelque chose?
» Si, pour la première fois de ma vie , je m'ap- » puie sur le hasard qui a présidé à ma nais- » sance , c'est que la fierté convient à ma posi- » tion actuelle, et que j'ai acheté les anciennes » faveurs du sort au prix de vingt-sept ans de » souffrances et de chagrins.
» En ce qui touche ma position légale , la cour