CHAPITRE SIXIÈME
la surveillance du prince était plus spécialement confiée.
Dans le premier temps de son séjour , le prisonnier occupait l'ancienne chambre de M. de Polignac, qu'on lui fit ensuite abandonner pour l'appartement de M. de Peyronnet. Tout y était dans un affreux délabrement; les plafonds troués, les papiers de tenture en lambeaux, le carrelage du sol inégal et brisé, les portes et les fenêtres laissant pénétrer l'air avec des sifflements sinistres. Hâtons -nous cependant de dire cpie, sur les réclamations faites au nom de la santé du captif, M. de Rémusat, ministre de l'intérieur et fils d'un ancien chambellan de Napoléon, mit à la disposition du commandant , pour les réparations et acquisitions nécessaires, la somme de... 600 francs! Nous aimons mieux voir, dans ce chiflre, une distraction qu'une insulte.
On ne s'était pas mis en frais d'intelligence dans le choix des moyens appliqués à la garde de Napoléon- Louis. Il retrouvait, dans la garnison, ces même soldats du 46 e régiment de ligne qui l'avaient connu à Strasbourg en 1836 , et ceux 42 e qui étaient à Boulogne en 1840. Il leur arrivait souvent de s'approcher des fenôlrcs et de crier
Vive l'empereur! lorsque le prisonnier faisait sa promenade habituelle sur les remparts. On se résolut, dès lors, à murer les fenêtres de ce côté.
Quant aux arrangements intérieurs , tout était mis sur le pied le plus modeste. Les dépenses de table avaient été réglées par M. de Lardenois, lieutenant-colonel de la gendarmerie, qui avait eu l'honneur d'être embrassé par Napoléon à Montereau... Le chiffre était de 7 francs par jour. On s'était montré plus prodigue envers les ministres de Charles X, à chacun desquels 10 francs étaient alloués pour le même usage.
Au dehors, la lutte était incessante entre l'expression des sentiments que le prince inspirait et la police qui cherchait à les contraindre. Il y avait un service organisé pour effacer chaque matin les inscriptions dont les murs se couvraient pendant la nuit, et qui toutes traduisaient In pitié la plus sympathique. On alla jusqu'à employer les hauts fonctionnaires de l'Université à la répression de ces tendances alarmantes. Le recteur de l'Académie d'Amiens arriva un jour en poste pour une expédition de ce genre , dont le plaisant récit mérite d'être conservé. L'un des instituteurs de la ville de Ham avait pensé que quelques marques d'inté-