CHAPITRE SEPTIÈME
» vérité que je vous adresse la mienne. L'opinion » publique, cette reine de l'univers, jugera qui » de nous deux a saisi sous son véritable aspect » l'époque du Consulat et de l'Empire, »
Nous ne chercherons pas à nous étendre sur l'analyse de tous les travaux variés qui animèrent la solitude de Ham , et qui furent successivement livrés au public. A des réflexions sur le mode de recrutement de V armée 9 pleines d'idées neuves et pratiques, succéda une petite brochure sur l'extinction du paupérisme , et nous ne citons cet opuscule que pour pouvoir donner dans toute son étendue la charmante lettre qu'il valut à son auteur de la part du poète illustre qui a élevé la chanson française à la hauteur de l'ode. Voici ce que , du fond de sa retraite de Passy , l'aimable Béranger écrivait au prince :
« L'idée que vous avez développée dans votre » brochure, qui n'a d'autre défaut que sa brièveté, » est une des mieux conçues pour arriver à l'amé- » lioration du sort des classes laborieuses. Ce n'est » pas dans ma retraite que je puis juger du mé- » rite des calculs dont vous appuyez yos plans ; >' mais des rêves de même sorte ont souvent tra • » versé mon cerveau, et m'ont mis à même d'ap-
» précief tout ce qu'il y a de généreux dans ce » projet. Par une coïncidence dont je m'enor- » gueillis , les utopies de mon coin de feu res- » semblent de tous points , à ce que vous avez si » clairement exposé , en l'appuyant d'arguments » si irrésistibles.
» Je vous parle ici , prince , de mes médita- » tions sur ce sujet, beaucoup moins pour en tirer » vanité que pour vous faire juger du plaisir que » m'a causé la lecture de votre ouvrage.
« 11 y a de la grandeur à savoir songer comme » vous le faites , au milieu des soucis et des souf- » frances de la captivité, aux misères d'une si » grande partie de vos concitoyens. C'est la plus » noble manière d'occuper vos instants , et c'est » aussi la plus digne du grand nom que vous por- » tez. Vous ferez ainsi sentir à nos hommes d'État » qu'il est odieux de tarder si longtemps à vous » rendre à la liberté et à votre pays. »