CHAPITRE HUITIÈME
temps commission à un Français d'étudier cette question gigantesque sous le rapport du parti possible à tirer des grands lacs répandus dans le voisinage de F isthme. Par une remarquable coïncidence, les mêmes recherches étaient, au même moment, prescrites à l'ingénieur Garella par le ministre des affaires étrangères.
Dans Tannée 1844, les États de Guatimala, San-Salvador et Honduras, envoyèrent M. Gastellan , comme ministre plénipotentiaire près le roi Louis-Philippe, avec mission de réclamer la protection du gouvernement français, moyennant l'octroi de conditions commerciales avantageuses pour la France.
Ces ouvertures ne furent pas accueillies. On accorda la permission à M. Castellan de visiter le prisonnier de Ham, qui eut avec lui une longue conversation, dans laquelle il lui fut offert de se mettre à la téte de l'entreprise du canal, après en avoir discuté les bases.
M. Castellan fut très-surpris de rencontrer dans le prince un homme tout à fait versé dans la connaissance du travail colossal dont il s'agissait; et, pénétré de l'importance que l'Amérique centrale est destinée à avoir un jour, il le pria de
vouloir bien exposer ses idées dans un mémoire qui fut rédigé peu de temps après , et où se trouve une claire démonstration de la possibilité d'ouvrir le canal, sans trop de frais, à l'aide des lacs de Léon et de Nicaragua, au milieu d'une riche contrée , et avec l'avantage de vastes bassins favorables au commerce intérieur, sans compter d'excellents ports aux deux embouchures.
Dès que les habitants du pays eurent connaissance de ces pourparlers et de ces documents émanés du prince, un grand nombre d'entre eux s'adressèrent il leur gouvernement pour obtenir que la direction des travaux du canal projeté lui fût exclusivement confiée. C'est alors qu'il reçut de M. Castellan la lettre suivante :
« Léon de Nicaragua, G décembre 1845.
» Prince ,
» J'ai reçu avec le plus vif plaisir la lettre de » Votre Altesse, en date du 12 août, qui m'ap- » porte l'expression des sentiments d'amitié et » d'estime dont je me sens si fort honoré. Vous y » joignez le développement de vos idées relatives
CH APITRE HUITIÈME. ; ;
» au canal de Nicaragua, dirigées dans le sens y qui me paraît le mieux calculé pour la prospérité » de l'Amérique centrale. Vous m'annoncez, en » même temps, que vous êtes beaucoup plus » disposé maintenant à vous rendre dans ce pays » pour y activer, par votre présence et votre con- » cours, l'exécution de cette grande œuvre qui » sufOrait à l'ambition la plus noble , et que vous » êtes prêt à en accepter la direction , sans autre » vue que d'accomplir une tâche digne du grand » nom que vous portez. Avant d'aborder ce sujet » qui intéresse à un si haut point ma patrie , je » demande à Votre Altesse la permission de lui » dire , en retour des termes flatteurs dont Elle se » sert vis-à-vis de mon peu de mérite, que rien » ne prouve mieux la magnanime et bienveillante » disposition de votre cœur.
» Lorsque je vins en France en qualité de » ministre plénipotentiaire, j'étais fort désireux, » avant mon départ d'Europe, de vous faire une » visite à Ham. J'aspirais à l'honneur de vous » voir, non pas seulement à cause de la popularité » qui entoure votre nom dans le monde, mais aussi » parce que j'avais pu juger par moi-même, dans » votre pays natal, de la haute estime qui s 1 al-
» tache à votre caractère et de la sympathie » qu'inspirent vos malheurs.
» J'admirai, Prince, votre résignation et votre » amour pour cette France où vous viviez empri- » sonné; mais j'eus une secrète joie en voyant » votre esprit s'exalter à la peinture de l'immense » travail dont mon pays se préoccupe et qui pour- » rait si vivement agir sur les progrès de la civili- » sation.
» Les dispositions que vous m'annoncez et les » notes qui sont jointes à votre lettre ont excité » ici le plus réel enthousiasme, auquel se mêle » une profonde gratitude.
>' Je suis heureux de faire savoir à Votre Al- » tesse que le gouvernement de cet État, pleine- » ment convaincu que le vrai moyen de réaliser le » capital nécessaire à cette entreprise est de » la placer sous le patronage d'un nom indépen- » dant comme le vôtre , par la fortune et la posi- » tion, et qui, en attirant la confiance des deux » Mondes , éloigne ici toute crainte de domination » étrangère ; que ce gouvernement , dis je , s'ar- » rête à Votre Altesse comme à la seule personne » qui puisse remplir ces diverses conditions. Élevé » dans une république, Votre Altesse a montré