CHAPITRE NEUVIÈME
» le rang des condamnés , aucune grâce ne peut » émaner que de la clémence royale. *>
Peu de jours après, M. Poggioli se rendit à Hara pour rendre compte au prince de tout ce qui s'était passé; par suite de son rapport, et conformément à de nombreux conseils , le prisonnier se résolut à écrire directement au roi, et le ii janvier il accomplit, en signant la lettre suivante, le plus grand sacrifice que pouvait exiger de lui la piété filiale.
« Sire ,
» Ce n'est pas sans une vive émotion que je *» viens m'adresser h Votre Majesté pour lui deman- » der, comme une faveur, la permission de quitter » la France, même pour un temps très -court.
» Depuis cinq ans, le bonheur de respirer l'air de » ma patrie a compensé, pour moi, les tourments » de la captivité; mais l'âge et les infirmités de » mon père réclament impérieusement mes soins. » H a fait appel au concours de personnes bien con- » nues par leur attachement à Votre Majesté , et » il est de mon devoir de joindre mes efforts aux » siens.
» Le conseil des ministres n'a pas pensé que la
» question fût de sa compétence. Je m'adresse donc » à Votre Majesté, plein de confiance dans l'hu- » manité de ses sentiments , et je soumets ma re- » quête à sa haute et généreuse appréciation,
» Votre Majesté, j'en suis convaincu, compren- » dra une démarche qui, d'avance, engage ma gra- » titude, et touchée de l'isolement d'un proscrit qui » a su gagner sur le trône l'estime de toute l'Eu- » rope, elle exaucera les vœux de mon père et les » miens.
» Je prie Votre Majesté d'agréer l'expression » de mon profond respect.
» Napoléon-Louis Bonaparte. »
En recevant cette lettre , le roi parut satisfait et dit, sans la décacheter, que la garantie offerte par le prisonnier de Ham lui semblait suffisante. Ce qui n'empêcha pas le prince d'essuyer un nouveau refus, dont les termes furent encore plus durs que la première fois. La copie de sa lettre au roi ayant été transmise aux ministres par le commandant du fort, M. Duchâtel répondit, le 25 janvier, « que le conseil avait délibéré sur cette » copte, que ce serait une grâce indirecte, et que, » pour maintenir l'exercice propre et spontané de