CHAPITRE DIXIÈME
» core auprès de lui au déclin de ses jours. Mon » devoir filial a ébranlé ma résignation et m'a » poussé à une démarche dont j'étais loin d'entre- » voir la gravité , et à laquelle j'ai mis toute la « franchise et la droiture que je désire montrer » sans cesse.
» J'ai écrit au chef de l'État, parce que lui » seul avait le droit de changer ma position ; je » lui ai demandé l'autorisation de me rendre près >' de mon père ; je lui ai parlé d'honneur , d'hu- » manité , de générosité , parce que je n'hésite » pas à appeler les choses par leurs noms. Le roi » a paru satisfait , et a dit au digne fils du maré- » chai Ney que la garantie offerte par moi était » suffisante , mais il n'a pas fait connaître sa déci- » sion. Ses ministres, au contraire, basant la leur » sur une copie de ma lettre que je leur avais » envoyée par déférence , ont pris avantage de ma » position et de la leur , et m'ont fait parvenir une y insulte pour réponse. Sous le coup d'un tel re- » fus , et dans l'ignorance de la résolution per- » sonnelle du roi , mon devoir est de m'abstenir » de toute nouvelle démarche, et surtout de ne » pas signer une demande de pardon cachée à v l'abri du devoir filial.
» Je maintiens encore tout ce que j'ai dit dans » ma lettre au roi , parce que les sentiments que » j'y exprime sont profondément vrais, et qu'ils » conviennent à ma position ; mais je ne puis faire » un pas de plus. Dans le sentier de l'honneur, la » voie est étroite : l'épaisseur de la main nous y y sépare de l'abîme.
* Il est certain, d'ailleurs, Monsieur, que, si je » consentais à signer cette lettre, de nouvelles » exigences se produiraient. Le 25 décembre j'é- » crivis une lettre presque sèche au ministre de » l'intérieur pour lui demander la permission de » visiter mon père. La réponse fut polie. Le i i » janvier , je m'avançai plus loin , en écrivant au » roi, près de qui j'espérais un meilleur succès; la » réponse fut impertinente.
» Ma position est nette : je suis prisonnier ; mais » c'est une consolation pour moi de respirer l'air » de ma patrie.
» J'attends , sans autre démarche , la décision » du roi, qui, comme moi, a connu le malheur, » et l'a subi pendant trente années.
. » Je me repose sur la sympathie des hommes " généreux et indépendants tels que vous , et m'en